Tribunal Khmers rouges : les cojuges d'instruction en visite à Païlin
23-01-2008. http://www.cambodgesoir.info/content.php?itemid=22144&p=
D'anciens Khmers rouges ont accueilli, dans la « ville des pierres précieuses », les magistrats des Chambres extraordinaires. Ils ont mené une opération inédite de sensibilisation au sujet de leur mission.
Marcel Lemonde et You Bunleng, les deux juges d'instruction du tribunal Khmers rouges, se sont déplacés, mardi 15 et mercredi 16 janvier, à Païlin. Durant ces deux jours, ils se sont entretenus avec les membres de l'administration de la municipalité dont la plupart sont d'anciens Khmers rouges, et avec les habitants. Leur but, expliquer le fonctionnement de l'instance, sa mission et tenter d'apaiser les craintes en rappelant que seuls étaient visés les hauts responsables du régime de Pol Pot.
La première session de travail, le 15 janvier, a réuni 150 policiers, gendarmes et fonctionnaires civils. Avant le début de la séance, l'assistance s'est levée et a entonné l'hymne cambodgien. Dans son discours inaugural, le vice-gouverneur de la ville, Keut Sothea, a appelé « tout le personnel présent à écouter attentivement. Tous les habitants doivent ensuite être sensibilisés ». Avant que les participants n'entrent dans le vif du sujet, les journalistes ont été invités à sortir. « Nous avons choisi cette ville car c'est ici que vivaient la plupart des suspects que nous avons arrêtés », a expliqué You Bunleng. Païlin, située à près de 400 km au nord-ouest de Phnom Penh, était un bastion des Khmers rouges jusqu'à sa reddition en 1996. Noun Chea, ancien président de l'Assemblée sous le régime polpotiste, Ieng Sary, ex-vice-Premier ministre, et son épouse Ieng Thirit, ainsi que l'ancien chef d'État, Khieu Samphan, résidaient tous, avant leur arrestation, dans cette municipalité voisine de la Thaïlande. Certains jugent que la visite des juges d'instruction est motivée par le mécontentement d'anciens proches de ces suspects.
Mercredi, le premier forum public s'est déroulé dans la pagode de Kong Kang. Une centaine de personnes, des habitants pour la plupart, était présente. Beaucoup de questions ont été soulevées : « Pourquoi ce sont ces cinq personnes qui ont été arrêtées ? », « pourquoi seuls les anciens hauts responsables seront jugés ? », « est-ce que les Chambres extraordinaires tiennent compte de l'ingérence des pays étrangers, notamment des États-Unis et du Viêtnam, dans la guerre au Cambodge ? »...
La question juridique a également été abordée. Les juges d'instructions sont donc revenus sur les accords entre Phnom Penh et les Nations unies qui ont définit la mission du tribunal. Ils ont notamment déterminé que les Chambres ne jugeraient que les crimes commis entre 1975 et 1979.
Visiblement, les habitants de Païlin n'ont pas été convaincus. Certains ont jugé les explications peu claires. D'anciens cadres khmers rouges ont ensuite demandé au tribunal de « bien enquêter sur les dossiers des suspects afin de rendre une véritable justice ».
You Buneng a réitéré, à plusieurs reprises, son souhait de voir les habitants coopérer avec le tribunal. Dans l'assistance, personne n'a réagit. La veille, le magistrat avait déjà insisté sur ce point. « Nous pensons que les Chambres extraordinaires ne pourront poursuivre leur travail que si les habitants comprennent clairement la procédure et s'il y a une coopération de la part des autorités locales. »
A ce sujet, l'absence durant ces deux jours du gouverneur de la ville n'est pas passé inaperçue. Y Chhean est un des anciens proches de Pol Pot. « Il est occupé », a répondu son entourage. En réponse aux questions de journalistes, Y Chhean a tenu à montrer son soutien au tribunal d'un sobre : « C'est bien que les juges d'instruction soient venus. » Il a ajouté qu'il respectait la procédure légale du tribunal.
Kong Sothanarith