Trente ans après leur chute, les Khmers rouges [ET LEURS COMPLICES] sont toujours impunis
Janvier 1979, des troupes vietnamiennes envahissent le "Kampuchea démocratique", l'état des génocideurs communistes khmers. Le gouvernement de la République du Vietnam a évidemment reçu le feu vert de Moscou pour cette opération qui va courroucer la Chine populaire, soutien des Khmers rouges. En représailles, des troupes chinoises vont attaquer le nord-est du Vietnam, mais le but de cette opération pour le gouvernement de Pékin est de ne pas mettre la face. L'action vietnamienne est un succès, les khmers rouges quittent Phnom Penh et retournent à la guerilla dans l'ouest du Cambodge. Dans ses bagages, les Vietnamiens ont apportés un gouvernement fantôche composés d'anciens khmers rouges dont Hun Sen.
30 ans après, les khmers rouges survivants demeurents toujours impunis. Parmi les membres du Frunk, le front uni national cambodgien, Norodom Sihanouk dont le soutien aux khmers rouges a été déterminant dans leur prise du pouvoir, l'ancien roi, toujours vivant, n'est pas inculpé. Quant aux membres des gouvernements chinois et américains, qui ont soutenu les khmers rouges après janvier 1979, non plus. En résumé, ce procès, même s'il avait enfin lieu, serait une totale imposture.
C'est le mérite de l'article de Véronique Kiesel (Le Temps, 8 janvier 2009) d'empêcher que la négation des crimes communistes continue à protéger des meurtriers de masse.
Trente ans après leur chute, les Khmers rouges sont toujours impunis
CAMBODGE. Le parti au pouvoir a célébré l'anniversaire du départ des génocidaires chassés par le Vietnam. Mais aucun responsable n'a été jugé.
Le Temps, Véronique Kiesel Jeudi 8 janvier 2009
Il y a trente ans, les forces armées du Vietnam communiste chassaient de Phnom Penh le régime des Khmers rouges, qui avait, en trois ans et neuf mois, mené à la mort quelque 2 millions de Cambodgiens, soit un quart de la population. Le parti du premier ministre Hun Sen a donc organisé mercredi une cérémonie dans le stade olympique de Phnom Penh où étaient rassemblées 40'000 personnes.
Au menu, drapeaux cambodgiens, lâchers de colombes et de ballons, et un discours de Chea Sim, président du Parti du peuple cambodgien (PPC), jadis communiste, qui domine toujours la vie politique cambodgienne après avoir été installé au pouvoir par le régime vietnamien. «La victoire du 7 janvier a sauvé la patrie et le peuple du Cambodge au moment opportun», a proclamé Chea Sim avant de remercier le Vietnam d'avoir «sauvé le pays du génocide».
«Culture de l'impunité»
Chea Sim a ensuite fait l'éloge du gouvernement de Hun Sen, qui est au pouvoir depuis 1985. Il n'a en revanche pas évoqué le premier procès de cinq responsables khmers rouges qui devrait enfin s'ouvrir cette année. Rien d'étonnant à cela, selon l'organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW), qui vient de publier un rapport très critique envers le gouvernement de Hun Sen.
«Trente ans après la chute des Khmers rouges, la culture de l'impunité reste plus forte que jamais au Cambodge, affirme HRW. Sous le premier ministre Hun Sen, le gouvernement cambodgien continue à faire obstruction au tribunal parrainé par l'ONU et mis en place pour juger les principaux leaders khmers rouges.»
«Trente ans plus tard, personne n'a été jugé, reconnu coupable ni condamné pour les crimes de ce qui fut un des régimes les plus sanglants du XXe siècle, détaille Brad Adams, directeur pour l'Asie de HRW. Ce n'est pas un accident. Pendant plus d'une décennie, la Chine et les Etats-Unis ont bloqué les efforts pour organiser un procès des responsables (ndlr: ces deux pays ont pendant des années appuyé les Khmers rouges, parce qu'ils étaient opposés au Vietnam communiste) et, durant la dernière décennie, Hun Sen a fait le maximum pour contrecarrer la justice.»
Un tribunal spécial a finalement été mis en place en 2006: suite aux pressions de Hun Sen, il compte une majorité de juges cambodgiens, avec une participation internationale. Or l'ONU avait conclu que la justice cambodgienne manquait d'indépendance et de professionnalisme. Mardi, le tribunal spécial a publié un communiqué dans lequel le procureur cambodgien, Chea Leang, annonce qu'il refuse de nouvelles investigations sur d'autres suspects au nom de la «stabilité» et de la «réconciliation nationale», tandis que le procureur international, le Canadien Robert Petit, souhaite mener de nouvelles enquêtes.
«Aucun observateur sérieux, commente Brad Adams, ne peut croire qu'il y aurait la moindre menace contre la stabilité du Cambodge si d'autres dossiers concernant de présumés assassins khmers rouges étaient ouverts. Le gouvernement cambodgien joue à un petit jeu. Il s'agit clairement d'une tentative politique d'empêcher le tribunal de faire son travail.»
Hun Sen, ex-Khmer rouge
Hun Sen fut lui-même un haut responsable khmer rouge, avant de rejoindre le Vietnam. Il revint au Cambodge avec les forces vietnamiennes qui renversèrent le régime de ses anciens camarades. Qui restent jusqu'ici impunis.