Faux prétexte? Ieng Sary ne s'est pas présenté à l'audience dappel contre le maintien de sa détention provisoire.
Ieng Sary, malade et absent du box
Combodgesoir, Adrien LeGal 26-02-2009
Lex-chef de la diplomatie khmère rouge nétait pas présent à son audience dappel contre le maintien de sa détention provisoire. Laudience a été reportée au 2 avril.
Le box de Ieng Sary est resté vide. ©DR
Laudience de Ieng Sary concernant lappel contre la prolongation de sa détention provisoire a été ajournée, ont décidé les juges de la Chambre préliminaire à lissue de débats qui ont néanmoins duré plus de trois heures.
Alors que Ieng Sary avait été admis à lhôpital Calmette du lundi 23 au mercredi 25 février après avoir découvert du sang dans ses urines, il était attendu dans le box des accusés jeudi 26. Absent du Tribunal, la Cour a fait savoir quaprès un examen médical effectué le matin même, Ieng Sary nétait pas en mesure de comparaître.
Ieng Sary ayant indiqué quil ne souhaitait pas que les débats sur la détention provisoire se déroulent en son absence, toutes les parties se sont prononcées pour un report de laudience, à lexception de lavocate des parties civiles Silke Studzinsky qui sest prononcée pour son maintien, assorti dune liaison vidéo entre le Tribunal et la cellule de Ieng Sary.
Un débat de plusieurs heures sest néanmoins engagé sur létat de santé de Ieng Sary, son avocat international Michael G. Karnavas demandant laudition du Dr Paulus Falke, médecin en chef de la Cour pénale internationale et du Tribunal pénal international pour lex-Yougoslavie, capable selon lui dapporter un éclairage neutre sur la compatibilité entre létat de laccusé et sa comparution.
Un avocat des parties civiles, David Blackman (1), qui faisait sa première apparition aux Chambres extraordinaires ce jour-là, sest indigné que la défense nait pas produit de certificat médical justifiant labsence de Ieng Sary. Michael G. Karnavas lui a répondu que le certificat médical, comme cétait lusage, avait été remis à la Cour, ce que les juges de la Chambre préliminaire ont confirmé.
David Blackman a ensuite estimé que lavocat international de la défense se servait de létat de santé de son client comme dun « masque » pour reporter toute confrontation aux faits.
Réfutant ces propos, Michael G. Karnavas a protesté contre le fait quil ne puisse pas entrer eu contact avec son client lorsque celui-ci était hospitalisé. « Même si les juges dinstruction lordonnent, lavocat nest pas admis dans la chambre de Ieng Sary. Cest un comité médical de fonctionnaires de lhôpital Calmette qui décide », a-t-il indiqué. Il a ensuite demandé aux juges la poursuite de laudience, non sur le fond, mais pour expliquer pourquoi la question de la santé de son client était cruciale. Les juges lont interrompu et ont suspendu laudience pour délibérer.
Ceux-ci ont décidé de refuser dentendre le Dr Paulus Falke en tant que témoin, son lien avec laffaire étant trop éloigné, puis ont reporté laudience au 2 avril, ajoutant que la question de la santé de Ieng Sary serait abordée ce jour-là.
A lissue de la séance, Michael G. Karnavas sen est pris au Tribunal, estimant que la prise dune décision lui demandait entre six et sept mois. Il a ensuite affirmé que le Tribunal faisait peser une forte présomption de culpabilité sur son client : « Sil nest pas en bonne santé, sil ne peut pas se concentrer, il ne peut pas être jugé, a-t-il estimé. Selon les standards internationaux, il ne suffit pas que laccusé soit physiquement présent à laudience, mais aussi mentalement. Ce Tribunal semble surtout concerné par sa présence physique, et estime que de toute façon, laccusé est coupable, et quil faut le juger rapidement. »
Il a ajouté quil demanderait au Tribunal de « reconsidérer » sa décision concernant laudition du Dr Paulus Falke.
1- David Blackman, avocat californien à la retraite, est à linitiative du Cambodia Future Fund, ONG investie dans léducation.