L'impossible procès des leaders khmers rouges
CAMBODGE. Des juges internationaux et locaux réunis à Phnom Penh pour sauver le tribunal.
Le Temps P. Bc Jeudi 8 mars 2007
Huit mois après sa mise en place, le tribunal parrainé par les Nations unies chargé de juger d'anciens responsables khmers rouges n'est toujours pas opérationnel et risque de tourner court avant même d'avoir ouvert sa première audience. Des magistrats étrangers et cambodgiens sont rassemblés, depuis mercredi et jusqu'au 16 mars, afin de sauver le tribunal. Le régime du sinistre Pol Pot est responsable de la mort de deux millions de Cambodgiens, soit un quart de la population, entre avril 1975 et janvier 1979.
C'est la troisième fois depuis novembre que des juges se réunissent à Phnom Penh, la capitale, pour essayer d'adopter le projet de règlement intérieur des chambres extraordinaires, sans lequel aucun procès ne peut avoir lieu. Depuis sa mise en place en juillet 2006, les désaccords entre juges internationaux et cambodgiens n'ont cessé de retarder le processus pénal du tribunal. En effet, la tâche n'est pas facile: il s'agit de marier le système judiciaire défaillant du Cambodge avec les normes internationales.
Si un accord se dégage d'ici au 16 mars, une assemblée plénière de 29 magistrats (15 Cambodgiens et 14 internationaux) sera convoquée en avril. Les procédures d'instruction pourraient être lancées en mai avec un objectif de première audience publique prévue début 2008. «Si on avait un nouvel échec, ce serait probablement la fin du tribunal», a déclaré le juge d'instruction français Marcel Lemonde, cité par l'AFP.
Les désaccords entre les différents juges portent sur l'indépendance des juges cambodgiens et les modalités de participation d'avocats étrangers. Les ONG dénoncent les ingérences du régime du premier ministre Hun Sen qui compte d'anciens commandants khmers rouges au sein de son gouvernement.
Outre les désaccords, le tribunal serait gangrené par la corruption. Selon de récentes allégations, les quelque 180 Cambodgiens membres du personnel des chambres sont contraints de reverser entre 20% et 30% de leur salaire pour pouvoir garder leur emploi. Affirmant que les juges sont eux-mêmes impliqués, une organisation juridique, l'Open Society Justice Initiative, réclamait à la mi-février une enquête urgente sur ces pratiques. Cela remettrait en cause la légitimité, la crédibilité et l'indépendance du tribunal. Face à ces accusations, des représentants du tribunal ont confirmé qu'un audit régulier était en cours.
Pour l'heure, on ne sait toujours pas qui sera jugé pour le génocide commis il y a une trentaine d'années. Le temps presse. Les anciens membres du régime de Pol Pot se font vieux et risquent de mourir sans avoir été jugés. Aujourd'hui, seul un ancien cadre, Kang Kek Ieu, alias «Douch», est détenu en prison.