Sur le site de Michel COLLON, pro-communiste et pro-castriste, en janvier 2008, un texte qui prétend faire des révélations sur la tragédie du Cambodge.
Cela commence par une question judicieuse: «Pourquoi ne parle-t-on jamais des crimes de Nixon contre le Cambodge? ». Si, ces crimes de guerre sont mentionnés à sur ce site à l'occasion de "Chroniques d'un génocide", exposition au Musée Internationale de la Croix-Rouge.
En citant la déclaration de Walter Veltroni: «Les crimes de Pol Pot sont semblables à ceux pratiqués par le Troisième Reich à Auschwitz, et communisme et nazisme sont les deux faces de lhorreur du 20ème siècle», cela devrait réjouir, selon Domenico Losurdo, «« grande » presse dinformation».
L'auteur de l'article, et ce n'est pas un hasard s'il est diffusé par Michel Collon, doit constater que: «Lidéologie dominante est aujourdhui plus que jamais affairée à traiter comme des assassins purs et simples, voire comme des assassins de masse, les grandes personnalités du mouvement communiste, quil sagisse de Lénine, Staline, Mao Tsé Tong ou Tito. Et, naturellement, de Pol Pot.»
Ne pouvant pas réhabiliter Pol Pot, notre communiste de service fustige les «procès qui caractérisent, idéalement, le Nuremberg anticommuniste qui a cours de nos jours.» Il y aurait donc un "Nuremberg anticommuniste" en ce moment, où? Il faut poser la question à Michel Collon?
Losurdo, bien didactique, commence par une question: «quand et comment a débuté la tragédie qui a culminé dans lhorreur du régime de Pol Pot ?» Réponse: « Aux débuts des années 70, le président Richard Nixon et son conseiller Henry Kissinger ordonnèrent de lancer sur les zones rurales du Cambodge plus de bombes qu'il n'en fut lancé sur le Japon pendant la deuxième guerre mondiale, tuant au moins 750.000 paysans cambodgiens ». Ne chipotons pas la contradiction avec le chiffre de 500'000 cité au début de l'article. L'important réside dans l'oubli de l'objectif de ces vagues de bombardements, à savoir la piste Ho Chi Minh, usant du Cambodge, un pays hors du conflit vietnamien. Puisqu'on veut être précis, il faut rappeler que le Vietnam du Nord avait créé des bases où un effectif militaire permanent était supérieur à l'armée cambdogienne. Sous prétexte de faire exister la piste Ho Chi Minh, le "frère" vietnamien tentait de placer des forces pour prendre le contrôle du Cambodge, but du Parti communiste Indochinois fondé par le même Ho Chi Minh au début des années 1930.
Nixon et son acolyte, le Dr Kissinger, se moquait du Cambodge et de ses habitants, mais le droit de la guerre n'empêchait pas ses bombardements. Non, le caractère criminel de ces bombardements réside dans le fait qu'ils ont été fait presque à l'aveugle, touchant principalement des populations civiles. Il est par contre indéniable que pour sauver leur vies, ce fut la fuite des campagnes (réduites à un « paysage lunaire ») vers les villes restées aux mains des troupes gouvernementales et donc épargnées de cet enfer.
La falsification de l'histoire se poursuit par le fumeux "coup d'état de Lon Nol" alors que ce général avait été nommé premier ministre de manière tout à fait légale, mais a dû faire face à une vacance du pouvoir, Norodom Sihanouk, après un long séjour à Paris, se rendit à Moscou puis à Pékin, abandonnant son royaume.
Pas plus de coup d'état que de massacres, par contre, ce fut le début d'une guerre, celle du Cambodge défendant son intégrité territoriale contre les troupes nord-vietnamiennes occupant le nort-est du pays et soutenant les maigres effectifs des Khmers rouges. Mais l'appui de la République populaire de chine permit aux communistes cambodgiens de se renforcer considérablement et de se libérer de la tutelle des Nord-Vietnamiens. Rappelons que le Nord-Vietnam était soutenu par l'URSS et les Khmers rouges par la RPC, et que la rivalité entre les deux états communistes jouait un rôle très important.
En fait, tout à son projet d'excuser Pol Pot, notre communiste oublie que les massacres des Vietnamiens fut l'oeuvre des Khmers rouges, ainsi que celui des autres minorités, ce programme homicide fut de la responsablité pleine et entière des communistes cambodgiens, et vouloir mettre la responsablité de ces génocides sur Nixon, c'est du frelatage historique. Il n'en demeure pas moins que l'abandon du Sud-Vietnam par les Etats-Unis, contrepartie à l'ouverture des relations entre ce pays et la Chine communiste fut un trahison majeur du peuple sud-vietnamien, petit David contre le méga-Giolath (Nord-Vietnam + URSS et ses satellites + RPC). Et cette politique fut la cause de la défaite de l'armée des Etats-Unis, en fait des maigres effectifs qui y sont restés, alors que les troupes chinoises étaient en lus grand nombre.
Pourquoi cette nécessité constante des communistes de falsifier l'Histoire? Pour couvrir l'horreur de leurs si nombreux crimes!
Julien Fonjallaz, 23 janvier 2008.
Ce qu'on ne dit pas sur la tragédie du Cambodge
Domenico Losurdo
Pourquoi ne parle-t-on jamais des crimes de Nixon contre le Cambodge? Un demi-million, au moins, de victimes, une terreur sans nom, un pays volontairement désorganisé et plongé dans le chaos. Parce qu'alors, on devrait répondre à cette question embarrassante : y a-t-il un lien entre le premier acte de la tragédie cambodgienne et les suivants ?
Les crimes de Pol Pot sont semblables à ceux pratiqués par le Troisième Reich à Auschwitz, et communisme et nazisme sont les deux faces de lhorreur du 20ème siècle: ces déclarations de Walter Veltroni (maire de Rome et président du tout « nouveau » Partito Democratico, ndt) ne pouvaient pas ne pas susciter les applaudissements de la « grande » presse dinformation.
Lidéologie dominante est aujourdhui plus que jamais affairée à traiter comme des assassins purs et simples, voire comme des assassins de masse, les grandes personnalités du mouvement communiste, quil sagisse de Lénine, Staline, Mao Tsé Tong ou Tito. Et, naturellement, de Pol Pot. Et cest sur ce dernier justement (explicitement cité par le secrétaire tant acclamé du Partito Democratico) que jentends marrêter, non pas certes pour le réhabiliter, mais pour mettre en relief le caractère farces que des procès qui caractérisent, idéalement, le Nuremberg anticommuniste qui a cours de nos jours. Pour ce faire, je me servirai presque exclusivement de la monographie écrite par un journaliste qui a travaillé pour le Times, l Economist et la BBC.
Commençons donc par nous poser une question: quand et comment a débuté la tragédie qui a culminé dans lhorreur du régime de Pol Pot ? Voici une première réponse :
« Aux débuts des années 70, le président Richard Nixon et son conseiller Henry Kissinger ordonnèrent de lancer sur les zones rurales du Cambodge plus de bombes qu'il n'en fut lancé sur le Japon pendant la deuxième guerre mondiale, tuant au moins 750.000 paysans cambodgiens » (Johnson 2001, p.31).
Le calcul du livre auquel jai fait référence est plus prudent : les victime se monteraient à « un demi million ». Il reste certain cependant que « les bombes tombèrent en masse et surtout sur la population civile », qui en sortit décimée, avec des survivants horriblement marqués dans leur corps et en tout cas traumatisés par lexpérience quotidienne des bombardements terroristes ; et par la fuite des campagnes (réduites à un « paysage lunaire ») vers les villes restées aux mains des troupes gouvernementales et donc épargnées de cet enfer. Mais, ces villes, toujours en proie au chaos à la suite de lafflux croissant de réfugiés, contraints à mener « une existence précaire aux limites de la mort de faim » ; à la fin de la guerre, dans la seule capitale, il y avait deux millions de cambodgiens déracinés par la guerre et amassés dans des « taudis » et « bidonvilles », les malades et blessés hospitalisés mais « avec peu despoir de survie » (Short 2005, p. 351, 287, 289-90, 334 et 361-62). Il faut ajouter à tout cela les « massacres à grande échelle » perpétrés par les troupes de Lon Nol, arrivé au pouvoir en 1970 par un coup dEtat préparé à Washington. Voilà de quelle manière le régime, alimenté par « des centaines de millions de dollars » venant des Etats-Unis, affronte le problème que représentent les minorités ethniques : « Dans les villages vietnamiens des faubourgs au nord de Pnom Penh, au moins trois mille habitants, tous des hommes au dessus de 15 ans, furent raflés, amenés le long du fleuve et fusillés. Les femmes qui restaient furent violées ». Ou bien : «Dans la zone dite du Bec de Perroquet, les détenus (vietnamiens) dun camp furent prévenus dune attaque vietcong imminente, et reçurent lordre de senfuir. Tandis quils couraient, les gardes cambodgiens (alliés ou asservis par les Usa) ouvrirent le feu avec leurs mitrailleuses ». Ce ne sont que deux exemples. Des témoignages de journalistes autorisés parlent de limpression quon retirait immédiatement de la visite de tel ou tel lieu analogue à ceux quils venaient de voir: « On aurait dit une boucherie et ça en avait lodeur » (Short 2005, p.18 et 277-78).
Il est clair que la fureur des troupes de Lon Nol ne sabat pas que sur les Vietnamiens : « les communistes faits prisonniers étaient vite supprimés » ; de plus les responsables de tels assassinats aimaient se faire photographier alors quils exhibaient, fiers et souriants, les têtes coupées des guérilleros (Short 2005, p.331 ; voir aussi la photo des pages 376 et 377). Il serait dautre part faux de mettre au compte exclusif des asiatiques les atrocités quon a pu voir au Cambodge et, plus généralement, en Indochine. On reste pensif au récit du témoignage dun enseignant américain dans une revue américaine, à propos dun agent de la Cia, qui vécut au Laos, « dune maison décorée avec une couronne doreilles arrachées aux têtes de communistes (indochinois) morts » (cf. Losurdo 2007, p.24).
A ce point, une nouvelle question simpose: y a-t-il un lien entre le premier acte de la tragédie cambodgienne et les suivants ? Dans son engagement à minimiser un tel rapport, le livre que jai cité nest pas exempt de contradictions ou oscillations : « Il est possible que les bombardements aient contribué à créer un climat qui allait conduire à lextrémisme. Mais la guerre à terre laurait de toutes façons fait ». La « guerre à terre » était-elle une fatalité ? Nest-ce pas de la guerre en tant que telle quil faut partir ? « Léquation « pas de guerre au Vietnam, pas de Khmers rouges » est trop simpliste, mais reflète une vérité indéniable » (Short 2005, p.289 et 586). Le collaborateur du Times, de lEconomist et de la BBC a des difficultés à ladmettre, et pourtant, on déduit de ses propres formulations embarrassées que les premiers responsables de la tragédie sont à chercher à Washington.
Mais il ressort de son récit une vérité plus bouleversante encore en regard de la vulgate aujourdhui à la mode. Voici de quelle façon le journaliste-écrivain anglais rapporte la conquête de Pnom Penh par les guérilleros : après tout ce qui sétait passé « cela aurait pu aller beaucoup mais beaucoup plus mal » (Short 2005, p.359). Au moins pour ce qui concerne la toute première phase de la gestion du pouvoir, Pol Pot reçoit ici un diplôme de modération quon pourrait difficilement attribuer aux dirigeants de Washington !
Dautre part, les nouveaux gouvernants étaient confrontés à des difficultés réelles et dramatiques : les Usa allaient-ils lancer une nouvelle vague de bombardements terroristes ? Et comment nourrir une population urbaine qui avait augmenté démesurément, avec une agriculture dévastée à cause de la transformation des campagnes en « un paysage lunaire » ? Comment faire face à la menace de la Cia qui, dans les villes, « avait installé des émetteurs radios secrets et des cellules despionnage clandestin « (Short 2005, p. 380-81) ? Certes, cest aussi le populisme extrémiste et visionnaire de Pol Pot qui a déterminé la décision dévacuer les villes, mais cette attitude même est poussée par le spectacle de villes terriblement surpeuplées, exposées à la menace de lennemi et en proie au chaos, avec une population en grande partie dans lincapacité daccomplir une fonction productive.
En conclusion : pourquoi le jugement moral devrait-il être plus sévère sur Pol Pot que sur Nixon et Kissinger (les responsables de la guerre) ? Lauteur anglais lui même auquel je me réfère constamment, tandis quil repousse dun côté lexplication intentionnaliste des massacres dans lesquels débouche laventure de Pol Pot (« ce ne fut jamais la ligne politique du PCK », cest-à-dire du parti communiste cambodgien ; « lobjectif nétait pas de détruire, mais de transformer »), observe dautre part, à propos de la férocité de la guerre étasunienne : « Les bombardements étaient devenus un symbole de virilité » (Short 2005, p. 382et 326). On doit ajouter quaprès la conquête du pouvoir, au cours du conflit ultérieur au Vietnam, Pol Pot fut soutenu sur le plan politique et diplomatique par les Etats-Unis. Et, cependant, lidéologie dominante passe sous silence le rôle prioritaire et décisif de Nixon et Kissinger dans la tragédie cambodgienne. Cest connu : les barbares sont toujours à lextérieur de lOccident, et sil faut procéder à la criminalisation de dirigeants politiques occidentaux, ceux-ci sont les responsables de la révolution mais jamais de la guerre.
Cette hypocrisie est dautant plus répugnante que, tandis que Pol Pot a cessé de tourmenter et de tuer, la guerre étasunienne continue à faire sentir ses effets avec force. « Dans toute lIndochine il y a des gens qui meurent de faim, de maladie et des engins non explosés » (Chomsky, Hernan 2005, p.60). En ce qui concerne le Vietnam au moins, on peut se référer au calcul fait il y a quelques temps par un journal conservateur français selon lequel, trente ans après la fin des hostilités, il y avait encore « quatre millions » de victimes dont le corps était dévasté par le « terrible agent orange » (de la couleur de la dioxine déversée sans compter par les avions américains sur tout un peuple (cf. Losurdo 2007, p. 10). Et au Cambodge ? Jentends ici attirer lattention surtout sur une effet particulier des bombardements étasuniens, en me référant toujours à lauteur anglais cité plusieurs fois : « Les paysans devinrent la proie dune terreur aveugle. Leur esprit se bloquaient et ils erraient muets, sans parler pendant trois ou quatre jours » a rappelé un jeune habitant dun village. « Leur cerveau était complètement désorienté (
) ils narrivaient même pas à avaler un repas ». Et nombre dentre eux narrivaient jamais à se reprendre (Short 2005, p.289et 290, note). Une conclusion simpose : se concentrer exclusivement sur Pol Pot signifie se contenter de passer sous silence les principaux responsables de lhorreur.
Revenons à Veltroni. La criminalisation à laquelle il procède du mouvement communiste dans son ensemble et de la grande aventure qui a commencé avec la révolution doctobre est lautre face de lembellissement de lOccident capitaliste et impérialiste, avec effacement généreux de tous ses crimes. En ce sens, les déclarations du secrétaire du Partito democratico non seulement sont une insulte à la vérité historique, mais ouvrent aussi la voie aux nouvelles agressions, aux nouvelles guerres et aux nouveaux crimes que les dirigeants de Washington sont en train de préparer.
Publié dans Gramsci oggi novembre 2007, p. 5-6 .
Traduit de litalien par Marie-Ange Patrizio.
Références bibliographiques :
- Noam Chomsky, Edward S. Herman 2005
«The Washington Connection and the Third World Fascism». The political economy of human rights, vol. 1 (1979),
- Chalmers Johnson 2001
Blowback. The Costs and Consequences of American Empire (2000)
- Domenico Losurdo 2007
Il linguaggio dellImpero. Lessico dellideologia americana, Laterza, Roma-Bari (en cours de traduction, ndt)
- Philipp Short 2005
Pol Pot: The History of a Nightmare (2004