Labyrinthe: mensuel pour les lettres et les arts… et l'URSS

No 4 Maurice Ducommun décrit "Le rôle de l'écrivain en URSS" en commençant par Maïakovsky, oubliant son suicide, et tous les écrivains censurés, affamés ou liquidés: Boulgakov, Sergueïev-Tsenki, Ehrenbourg, Ivan Kataïev, Boris Pilniak, Anna Akhmatova…, et ceux qui ont compris comment servir le régime pour rester vivant en suivant le “réalisme socialisme”, du pur mensonge au service du parti, en fait de Staline!

Quelques extraits de cet agiographie de Maurice Ducommun qui remplit sa fonction de larbin de Staline à fond!

préhistoire seulement, et que son histoire commencerait avec le socialisme. Car celui-ci peut s'instaurer au moment où l'homme assure, par les progrès de la science et de l'industrie, sa maîtrise de la terre, et cesse d'être écrasé par le souci du pain quotidien.
[…]
Ce sont les débuts d'une histoire nouvelle de l'homme que les écrivains soviétiques ont la charge d'écrire, pendant que leur pays les crée. Aussi, presque toutes les œuvres de la littérature de l'U. R. S. S. participent étroitement à leur époque. Romans de guerre, romans de l'édification socialiste; l'écrivain veut peindre son temps pour contribuer à le construire. Il existe en U. R. S. S. une théorie officielle de la littérature, qui s'appelle le réalisme socialiste; elle est formulée dans les statuts de l'Association des écrivains, organisation unique; c'est en fonction d'elle que toute la critique porte ses jugements. La liberté de créer est abolie! Mais comme l'ingénieur obéit à des règles pour bâtir un pont, de même l'écrivain - l’ingénieur des âmes, a dit Staline - construit la société, construit l'homme selon un plan. La réalité soviétique est fabuleusement romantique: l'épopée des barrages gigantesques, des usines-villes, de la découverte géologique d'un sixième des terres du globe n'a rien à céder en grandeur héroïque à celle des guerres civiles; et le réalisme qui la chante est dit socialiste parce que le poème doit être un acte, doit façonner l'homme même qui la vit. L'écrivain chez nous en est à peu près réduit à la sauvegarde de valeurs librement choisies, peut-être, mais pratiquement sans plus d'efficacité sur la masse des hommes; on demande à l'écrivain soviétique d'être au premier rang des bâtisseurs d'une humanité nouvelle. Il n'est pas le guide comme le concevait le romantisme du siècle dernier, il ne va pas au peuple tout chargé d'une science acquise, mais il vient, presque toujours, de ce peuple, tirant de lui sa culture et sa richesse. Cholokhov est né dans une stanitza, village de paysans cosaques. Vsevolod Ivanov aussi est fils de paysan; Gladkov d'un ouvrier agricole; Ostrovsky d'un cheminot; ils ont passé par l'usine par l'Armée rouge des années 1920. Ils sont les meilleurs d'entre leurs égaux. L'enseignement qu'ils ont à donner, ils l'apprennent eux-mêmes auprès de ce peuple en train de réaliser un gigantesque effort. L'un des personnages d'Energie de Gladkov, pianiste de talent, va travailler au chantier comme simple ouvrier; ses mains se déforment sur la machine, mais son oreille cherche à saisir les harmonies neuves du monde qui s'élabore.

On dira que chez nous aussi il y a des usines et des barrages hydro-électriques et que la production Industrielle y dépasse même celle de l'U. R. S. S. Mais l'Occident
[…] A la fin
Un autre écrivain soviétique, Mikhaïl Koltsov, disait au Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, à Valence, en 1937: “Depuis des temps immémoriaux, depuis que l'art a surgi dans la pensée exprimée par des mots, l'écrivain se demande ce qu'il est, un prophète ou un bouffon, le capitaine ou le tambour de sa génération. Ces réponses ont toujours été diverses, parfois triomphales, parfois lamentables... Il y a des pays où les écrivains sont considérés un peu comme des hypnotiseurs. Il y a un pays où les écrivains participent à la direction de l'Etat comme, d'ailleurs, les cuisinières, comme, d'ailleurs, tous ceux qui travaillent de leurs mains ou de leur cerveau. ” [UN DES CLASSIQUE DE LA GRANDES IMPOSTURE: FAIRE CROIRE QUE L'URSS EST L'ETAT DES TRAVAILLEURS]

On a dit que la littérature de l'U. R. S. S. n'a rien produit encore de comparable aux grandes œuvres nées sous le tsarisme. Il est vrai que, des écrivains de la jeune génération, fort peu sont parvenus à une maîtrise complète de leur art. A côté de quelques grands noms comme ceux de Cholokhov, d'Ehrenbourg, de Léonid Léonov, nombre d'écrivains présentent des livres par maints côtés maladroits, ont encore à chercher leur style et leur technique. Il n'y a rien en Union Soviétique de comparable à la perfection formelle de Valéry ou à la richesse de Claudel.

Mais il y a autre chose qui, pour aujourd'hui, est plus grande peut-être. Il y a la recherche d'un humanisme nouveau. [PARLER D'HUMANISME DANS UN REGIME INHUMAIN, IL FAUT LE FAIRE!] Il y a la volonté d'une attitude de l'homme fondamentalement différente de celles que connut notre “préhistoire“: C'est l'acceptation du social, l'intégration de l'individu dans la collectivité non pas afin qu'il s'y perde, mais qu'il s'y enrichisse, et qu'il grandisse par l'acceptation au lieu du refus. Que la terre soit enfin habitée par l'homme, et que l'homme soit accepté par l'homme.

Maurice Ducommun



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