Anton Ciliga: quand il a enfin compris l'imposture du régime des ouvriers et des paysans de Lénine, c'était trop tard pour lui et pour les ouvriers et les paysans; la poigne de fer de la police politique avait pris la Russie dans ses griffes.


Dix ans au pays du mensonge déconcertant”, Anton Ciliga, Editions Champs libres, Paris, 1977

A noter que cette réédition de “Au pays du grand mensonge” contient enfin l'intégralité du chapitre “Lénine aussi…” censuré dans la première édition de 1938.

Le 21 mai 1930, à son retour à son habitation de Leningrad, Ciliga, qui se savait suivi depuis quelques jours, se heurte à un agent du GPU qui lui montre un mandat de perquisition et d'arrestation. La fouille effectuée sans succès, malgré la remontrance du tchékistes qui lui dit qu'il rentra bientôt chez lui et qu'il n'a donc pas besoin de prendre ses effets d'hiver, Ciliga ne fait pas d'illusions.

Arrivé à la maison d'arrêt de la rue Chpalernaïa. “Nous éprouvions un sentiment mêlé d'anxiété et de curiosité. Ne faut-il pas s'attendre, dans un Etat ouvrier, à un régime pénitencier différent de celui des pays bourgeois? Un Etat ouvrier veut l'amélioration, non pas la punition du coupable.” (page 142)

Ciliga fait une analogie entre les méthodes du GPU et de l'inquisition suite à la lecture ultérieure d'un article de l'historien bolcheviste Pokrovski. (page 143)

“Que pensez-vous de la politique du parti communiste russe?” demande le tchékiste. “J'approuve entièrement cette politique. Mes divergences d'opinion ne concernent que les affaires du Komintern, en Allemagne, en Yougoslavie. J'estime que le mot d'ordre essentiel en Allemagne devrait être: «Le fascisme, voilà l'ennemi» et non pas «La social-démocratie, voilà l'ennemi». Quant à la Yougoslavie, je crois que Boukharine, Manouïlsky et Gorkitch ont trahi le mouvement ouvrier yougoslave en le livrant aux aventuriers et aux charlatans et qu'ils ont par là contribué au coup d'Etat militaire de janvier 1929.” (page 143)

A la page 145, Ciliga comprend que “le représentant du Centre d'opposition était donc un agent provocateur! Nous avions donné dans le panneau. Telle avait donc été la cause de notre perte.

Page 146: “Dans le domaine de la politique internationale, j'accusais les staliniens de conduire le mouvement ouvrier des pays capitalistes de défaite en défaite et de traiter les ouvriers et les communistes étrangers non pas en égaux et en frère, mais en serviteurs et en valets.

Ciliga essaie de se refaire expulser d'URSS comme réussit à le faire Andres Nin qui sera néanmoins abattu 7 ans plus tard par le SIM-NKVD à Barcelone.

Page 147: “Dans ma déclaration, j'adoptai envers le régime soviétique une attitude plus hostile que je ne l'aurais cru possible quelques mois auparavant. La solitude en prison était plus favorable aux conclusions ultimes que les agitations quotidiennes de la vie en liberté. Quant à mon jugement sur Lénine et Trotski, il était encore «orthodoxe». Ce n'est plus tard que je conçus des doutes sur leur rôle dans la révolution russe.”

Page 148, Ciliga décrit le conditions de vie en prison: le matin, de l'eau bouillante et 400 grammes de pain pour la journée; à midi, une bouillie de sarrasin sans beurre et quelques feuilles de chou dans de l'eau chaude; le soir, idem.

L'or et la torture: tous les moyens sont utilisés pour voler les objets de valeur, l'argenterie et les bijoux en or, “au profit du plan quinquennal”. “Le fonds de l'industrialisation s'enrichit de cette façon de 100 ou 200 millions de roubles dans l'ensemble de l'URSS; mais comme les arrestations se faisaient au petit bonheur, généralement sur la foi de dénonciation, la plupart de ces gens soumis à la torture ne possédaient rien, mais y laissaient leur santé ou même leur vie.” (Page 157)

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