Tintin chez les soviets
Faites attention à la littérature que vous donnez à lire à vos enfants. Ainsi parce qu'on lui fit lire dans sa jeunesse "Tintin au pays des Soviets", Philippe Gildas en est resté traumatisé pour le restant de sa vie. Dans Ouest-France du 3 Août 1999, on peut lire ceci : «....Quand j'étais petit, on n'avait pas la radio, donc je lisais beaucoup les journaux et des livres effrayants, notamment à la fin de la guerre, ces ouvrages anticommunistes primaires! »
A quelles terribles et horribles horreurs le has been de Canal+ n'a-t-il pas échappé en ne lisant pas des ouvrages sur le communiste réel .......!
La clause du « totalitarisme le plus favorisé »
Le communisme conserve sa supériorité morale. On le sent à des symptômes parfois anecdotiques, presque puérils. Quand fut réédité, en janvier 1999, le premier album d'Hergé, épuisé depuis soixante-dix ans, Tintin au pays des soviets, on le décrivit dans plusieurs articles comme une charge outrée et excessive. Or c'est au contraire une peinture étonnamment exacte, pour l'essentiel, et qui dénote, à cette époque lointaine, chez le jeune auteur « une prodigieuse intuition » , ainsi que le signale Emmanuel Le Roy Ladurie répondant à un questionnaire dans Le Figaro (6 janvier 1999). Mais le même Figaro ne semble pas d'accord avec l'historien, puisqu'il juge que la vision d'Hergé «souffre certainement, avec le recul du temps, de manichéisme». Vous avez bien lu: avec le recul du temps. Ce qui signifie: les connaissances acquises depuis 1929 et plus particulièrement depuis 1989 sur le communisme, tel qu'il fut réellement, doivent nous inciter à l'apprécier de façon plus positive qu'a ses débuts, quand l'illusion pouvait être excusable, vu que l'ignorance était soigneusement entretenue. En somme, si je comprends bien, plus l'information est disponible sur le communisme, moins défavorable est le jour sous lequel nous devons le voir.
Dans un commentaire sur la même réédition, la station de radio France-Info (10 janvier 1999) nous assure que Tintin au pays des soviets était « une charge idéologique au parfum aujourd'hui suranné ». Conclusion: ce n'était pas l'adulation du communisme qui était idéologique, c'était d'y être réfractaire. Et, surtout, les événements survenus depuis la Grande Terreur des années trente jusqu'à l'invasion de l'Afghanistan, en passant par le complot des blouses blanches et les répressions de Budapest ou de Prague, le Grand Bond en avant, la Révolution culturelle et les Khmers rouges nous invitent clairement à nous départir par rapport au communisme d'une sévérité que l'histoire objective envoie de toute évidence au rencart.
Beaucoup de commentateurs n'ont pas manqué d'insinuer qu'Hergé avait peu d'autorité en la matière puisqu'il s'est « mal conduit » sous l'Occupation. Mais je pose la question: va-t-on prétendre qu'une condamnation du nazisme dégage « un parfum suranné » quand elle émane de la bouche d'un ex-stalinien? Non, car la question de fond n'est pas celle du parcours politique du juge. Elle est de savoir si, oui ou non, le nazisme par lui-même a été monstrueux. Le stalinien qui le dit a, sur ce point-là, raison, tout stalinien qu'il soit. Alors pourquoi y a-t-il un interdit en sens inverse? Parce que, je l'ai dit, le communisme conserve sa supériorité morale. Ou, plus exactement, parce qu'on s'acharne, au prix de mille mensonges et dissimulations, à entretenir la tromperie sur cette supériorité.
Devant cette histoire écrite à l'envers, on doit pardonner beaucoup aux journalistes lorsqu'ils se laissent glisser dans le sens de la pente. car les désinformations qui les abusent trouvent souvent leur origine chez des historiens malhonnêtes. Trop d'entre eux persévèrent, avec une vigilance inaltérable, dans leur défense de la forteresse du mensonge communiste. Ainsi l'auteur du tout récent livre de la collection « Que sais-je ? » sur le Goulag (Jean-Jacques Marie - Le Goulag - PUF - 1999) trouve le moyen d'épargner Lénine, dont Staline aurait « trahi » l'héritage. Vieille lune mille fois réfutée, mirage faussement salvateur, que la recherche de ces dernières années a dissipé sans équivoque. Néanmoins, pour notre plaisantin, Staline serait en réalité l'héritier.....du tsarisme, et non du léninisme!
La grande parade - J.-F. Revel
Repris de http://jlcercke.club.fr/T.htm