Chapitre VI: L'arbitraire de la Tcheka

“La terreur rouge en Russie” 1918-1924 Sergueï Melgounov
Préface de Georges Sokoloff, traduction de Wilfrid Lerat, Editions des Syrtes

Les preuves que la Terreur rouge a d'abord été enclenchée par Lénine contre la gauche socialiste, les ouvriers et les paysans, et ensuite contre toute la Russie. Extrait de la présentation: Expulsé de son pays en 1922, les bolcheviks ne lui pardonnant pas son intraitable refus des méthodes inhumaines avec l'aide desquelles ils se sont maintenus au pouvoir. Dans son combat, Melgounov, qui fréquente les groupes clandestins de la résistance anticommuniste, dénonce la politique de terreur instaurée dans le pays. Cet engagement lui vaudra vingt-trois perquisitions, cinq arrestations, les interrogatoires de la Tcheka, la prison, la condamnation à mort et, pour finir, le bannissement…

En fait, dès avril 1917, Lénine et sa bande mettent sur pied une Garde rouge, structure visible mais cachant des groupes d'hommes de main, payés à la tâche et recrutés dans les bas-fonds!

Le chapitre VI décrit une partie des innombrables actions barbares de la Tcheka en prenant comme source la «Commission d'enquête sur les crimes bolcheviques», dite Commission Denikine, qui s'efforça de recenser, durant les quelques mois de son activité, les atrocités commises par les bolcheviks en Ukraine, dans le Kouban, la région du Don et la Crimée. Evidemment, les historiens bolchéviques ont omis de citer cette longue et imparable condamnation de l'horreur léniniste, évidemment sous le prétexte qu'elle était l'émanation des «Blancs». Pourtant Melgounov montre que les revues publiés par différentes Tcheka corroborent dans une très large mesure les faits rapportés par la Commission Denikine: la Tcheka commet des atrocités et ses revues s'en vante!

A noter que les actions de terreur noyant la révolte des ouvriers contre les bolchéviques sont largement absentes de la «Commission d'enquête sur les crimes bolcheviques», Moscou et St-Petersbourg, étant occupées et totalement sous contrôle de la Tcheka. Evidemment, le régime de Lénine se proclamant celui des ouvriers et des paysans, fait tout pour cacher la sanglante répression des ouvriers, et celle contre les paysans!

Hélas, cet ouvrage a été publié après le procès Conradi!


Notes de lecture

Chapitre VI. L'arbitraire de la Tcheka

“On tue les bêtes féroces, mais on ne les martyrise pas, on ne les torture pas.” Iakov Polonski
[ndlr: poète et écrivain russe, ami de Tourgueniev et l'auteur de la chanson populaire «Mon feu brille dans le brouillard»]

“En ouvrant un large horizon à l'arbitraire au-dehors, les artisans de la terreur rouge ont établi un arbitraire illimité à l'intérieur des Tchéka.
Si nous jetons un coup d'oeil sur les communiqués officiels qui accompagnent de temps en temps la publication des listes d'exécutions, nous découvrons un tableau inoubliable de l'arbitraire humain s'exerçant sur la vie de ses semblables. On tuait officiellement des gens, mais quelques fois on ne savait pas pourquoi, et quelques fois même on ne savait pas qui l'on tuait: «On exécutait, et l'on n'avait pas établi l'identité de la victime…»

Dans une interview à Novaïa Jizn du 8 juin 1918, Dzerjinski et Zaks ont ainsi caractérisé l'activité des Tcheka: «On nous accuse à tort d'assassinats anonymes: la commission de compose de 18 révolutionnaires éprouvés, de représentants du Comité central du parti et de représentants du Comité central exécutif. La condamnation à mort n'est possible que sur la décision “unanime”…('age 192)»”

Dzerjinski et Zaks mentent comme des bolchéviques, ils construisent consciemment donc un masque couvrant la ligne politique de terreur voulue par Lénine, Trotski, Zinoviev et consorts. Aux pages 192 et 193, Melgounov démonte cette opération visant à couvrir l'horreur rouge, seule moyen pour le parti de Lénine d'imposer son pouvoir, car dans les urnes, le peuple l'a rejeté!

La simple lecture de la presse officielle, puisque la soi-disante émancipation des travailleurs a justifié l'interdiction de la presse, démontre les mensonges des leaders du parti bolchévique. Le roublard Lénine proclame, jamais en panne de mensonges, par un ordre du Conseil des commissaires …ennemis du peuple du 5 septembre 1918, sur «la nécessité de publier les noms de tous les exécutés et le motif de leur condamnation». Melgounov écrit: “Les mentions qui ont paru dans l'Ejenedelnik Tcheka [ndlr: la Tcheka hebdomadaire] sont un modèle d'application de cet ordre; cet organe officiel avait pour but de concentrer les renseignements sur l'activité des différentes Tcheka. Nous trouvons là des détails édifiants. Dans le no 6 de cet Ejenedelnik (26 octobre) parut au bout d'un mois et demi la liste des personnes fusillées à la suite de l'attentat de la socialiste-révolutionnaire Fanny Kaplan contre Lénine. Quelques centaines d'individus avaient été fusillés, mais on ne publia que 80 noms .

Parmi eux, Maklakov, ancien ministre de l'intérieur. Suite de Melgounov: “Si les ordres de l'autorité centrale étaient ainsi exécutés par les organes centraux, on peut imaginer ce qui se passait dans les provinces perdues où la terreur prenait un caractère particulièrement sauvage.”

Page 195: “Les assassinats se faisaient d'une façon complètement anonyme. «Le collège» qui prononce le jugement ne voit même jamais en personne celui qu'il condamne à mort. A de rares exceptions près, nous ne connaissons pas les nom des assassins (note 2: Les agents bolcheviques pour la plupart sont anonymes; le fameux enquêteur de Moscou, Agranov, n'est pas Agranov, mais plutôt un certain Orgranovtich. Le célèbre tchekiste d'Odessa, Kalinitchenko, est en réalité le Géorgien Sadjaïa; le secrétaire de la Tcheka d'Odessa, Sergueïev, dans les notes officielles signait «Veniamine» c'est-à-dire de son nom révolutionnaire.”

Page 199-200: “La Vetcheka établit les procès-verbaux des condamnations à mort. Mais est-ce que Dzerjinski considère comme suffisants les procès-vrbaux tels qu'ils ont été rédigés en 1919 à Kiev? Nous avons publié dans le No 4 de Na tchoujoï des exemplaires de ces étonnants documents de la Tcheka de Kiev et d'Ukraine que dirigeait Latsis, le véritable promoteur de la terreur rouge en Ukraine. Ces procès-verbaux, avec leurs signatures et leurs cachets authentiques, sont conservées dans les archives de la commission Denikine et méritent d'être photographiés. En une séance, la Tcheka du gouvernement de Kiev réussit à examiner 59 affaires. Les condamnations à mort étaient facilement prononcées! Le 19 mai 1919, la commission, outre une série d'affaires administratives de tous ordres, examina 40 dossiers et prononça 25 condamnations à mort. Les jugements dans les procès-verbaux sont motivés de façon extraordinaire, nulle part il n'est fait état du crime.

Page 200: “Les tchékistes Portougueis et Feldman y ont exécutés en 1919 avec ardeur et sans procès-verbaux; ils se bornaient à ces inscriptions laconiques et négligées écrites au crayon: «Baïeva, criminelle incorrigible, à fusiller.» (note 8. A propos de cette Baïeva agée de 17 ans, elle fut accusée d'être incorrigible parce qu'elle avait volé pour la troisième fois. Les témoins affirment qu'en réalité Baïeva fut fusillée pour avoir traité Steklov de «youpin».”

Page 201: Les assassins de la Tcheka: Sigal à Odessa qui fait veut faire arrêter (pour le tuer) Aron Khoussid en ne sachant pas son domicile. Sigal arrête 11 individus portant le nom de Khoussid: “on en fusille deux du nom de Khoussid parce que l'enquête n'a pas pu établir exactement lequel était le véritable contre-révolutionnaire. Ainsi, le second fusillé l'a été, à tout hasard…”

Page 204
Inquisitions et tortures “Il n'y a pas eu la moindre exagération dans l'appel adressé à l'opinion publique de l'Europe par le comité exécutif des membres de l'ex-Assemblée constituante à Paris (27 octobre 1921); cet appel protestait contre la débauche d'assassinats politiques en Russie et contre l'emploi de la violence et la torture. Il est souvent difficile de distinguer la torture morale de la torture physique, car les deux se confondent. En réalité, le séjour prolongé dans les prisons bolchéviques est déjà une torture en son genre. § Tout ce que nous savons sur les vieilles prisons russes, sur la «Bastille russe» comme on appelait ordinairement la forteresse de Schlusselburg (lieu de détentions des grands criminels politiques), tout cela pâlit devant les prisons et le régime établi par l'autorité soviétiqu dans certains lieux de détention. En vérité, n'est-ce pas une torture presque physique que le séjour dans ces prisons, pendant des mois, sans interrogatoire, sans acte d'accusation, sous la menace permantente d la mort qui à la fin arrive inévitablement. Petr Kropotkine a qualifié l'institution des otages de renaissance de la torture. Mais toutes les personnages détenues dans les prisons étaient et sont ds otages.

Pag 208: “Dans le recueil Tcheka, on trouve un certain nombre d'épisodes analogues. Ce sont des témoignages de première main, Voici encore le ravin à Saratov où l'on jette les cadavres des victimes de la Tcheka locale.”

Page 210: Kotov, un membre de l'Assemblée constituante. Que sont devenus les membres de l'Assemblée constituante dissoute par la force de la garde prétorienne de Lénine?

“C'est ainsi que l'on appris les tortures effrayantes subies pas Ivan Ivanovotich Kotov, membre de l'Assemblée constituante, que l'on traîna à la mort en le sortant de la cale d'une péniche, un bras et une jambe brisés, un oeil arraché (il fut fusillé en 1918) (note 16. Tcheka, page 198. Voir les documents réunis sur ce sujet dans le chapitre IV «Mauvais traitements et tortures des prisonnniers» dans le Memorandum des socialistes-révolutionnaires.”

Page 211: Le viol par le tchekiste Fridman…

Pag 236: “Par crainte de cette menace, Viatcheslav Menjinski (?) lui (Voul) aurait permis de continuer à employer ses anciens procédés…

“Dans le recueil Tcheka, on trouve une brève description du «camp de concentration de Kholmogory»”, à la page 237, un camp à cent verstes d'Arkhangelsk et un autre à Portaminsk…

Page 240
Le socialiste-révolutionnaire de gauche Chebaline raconte la façon dont il fut torturé à Pétrograd. […] «N'oubliez pas que j'écris d'une prison dont le régim et les traitements infligés aux prisonniers font pâlir ceux des Bastilles russes, les forteresses Pierre-et-Paul et Schlusselburg dans les casemates desquels j'ai langui comme prisonnier d'Etat sous l'ancien régime.»

Peu avant “Chebaline raconte la façon dont il fut torturé à Pétrograd (note 44. Dans sa déposition au procès de Lausanne, Linovari parle de la compression des organes génitaux comme moyen de torture employé à Pétrograd).”

“Et il parle d'une invention particulièrement perfectionnée à la Gorokhovaïa, c'est-à-dire à la Tcheka de Pétrograd: «Les chambres de liège…

Jusqu'à la page 278, fin du chapitre, Melgounov décrit les nombreuses manières atroces de tuer des hommes et des femmes, dont on abuse avant de les faire crever. Evidemment, leurs affaires personnelles, y compris leurs habits, sont volés par leurs assassins qui, comme tous les prédateurs, vivent de leurs victimes.

On comprend que les chefs de la Tcheka, dont Dzerjinski et Zaks, soufflent la braise de la terreur rouge tout en veillant à ce que des potentats locaux ne puissent prendre un pouvoir suffisant pour se mettre à leur compte. Mais, si cela se produit, l'Armée rouge, dite fallacieusement des ouvriers et des paysans, peut leur régler leur compte: c'est l'équilibre de la terreur au profit de Lénine et de sa bande de meurtriers. Dès octobre 1917, Lénine impose par la terreur son régime immonde! Et depuis, des millions de complices taisent cette indicible horreur!

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