L'internationale des complices de Lénine: 90 ans de mensonges souillent ces prises de position.
Par exemple, on affirme que Kerenski s'est enfui. Ce qui est vrai mais un minimum d'honnêteté intellectuelle aurait rappeller qu'une terreur bolchevik existait depuis plusieurs semaines, terreur qui sera officialisée par la création de la Tchéka au début décembre 1917. Des centaines, voire des milliers de socialistes mencheviks furent assassinés. Dans le musée de la répression politique, aujourd'hui il est affirmé que de 800 à 6'300 socialistes furent assassinés par les bolcheviks. Passer ce fait sous silence démontre que les prétendus historiens tel Marco Ferro sont des fraudeurs!
Le nom ronflant de conseil des commissaires du peuple est une escroquerie, il s'agit d'un gang aux ordres de Lénine qui commence à établir, dans le sang et les larmes, sa dictature CONTRE le prolétariat.
Evidemment pas un mot sur le "wagon plombé" et les 50 millions de marks-or du Kaiser!
On reconnaît facilement les complices de Lénine par le fait qu'ils "oublient" systématiquement les millions de victimes, leurs existences et leurs mémoires!
Que reste-t-il de la révolution dOctobre ?
TABLE RONDE . Les historiens Marc Ferro, Nicolas Werth et Serge Wolikow reviennent sur la signification de cet événement qui a marqué lhistoire du XXe siècle.
http://www.humanite.fr/2007-11-07_Tribune-libre_Que-reste-t-il-de-la-revolution-d-Octobre
Il y a quatre-vingt-dix ans, dans la nuit du 6 au 7 novembre (du 24 au 25 octobre dans le calendrier julien en vigueur à cette époque en Russie), des unités de soldats ralliées au parti bolchevik de Lénine prennent le contrôle de la capitale russe, Petrograd. Kerenski, président du gouvernement provisoire (constitué depuis labdication du tsar Nicolas II en février), senfuit. Le 7 novembre, le Comité militaire révolutionnaire de Petrograd (CMRP) proclame la dissolution du gouvernement provisoire, tandis que, le soir, le Palais dhiver, siège du gouvernement, est occupé. Dans la nuit, souvre le congrès des soviets à linstitut Smolny. Linsurrection est ratifiée par les seuls représentants bolcheviks et socialistes révolutionnaires de gauche (les autres partis, minoritaires, ayant quitté la salle). Le 8 novembre, le congrès vote la constitution dun gouvernement bolchevik présidé par Lénine, le Conseil des commissaires du peuple. Acte douverture pour les dirigeants bolcheviks dune révolution mondiale à venir, la révolution dOctobre entrait dans lhistoire.
Comment caractériser les événements dOctobre 1917 : était-ce une révolution ou un coup dÉtat ?
Marc Ferro. Les deux, évidemment
La révolution dOctobre est née des tentatives inabouties de février 1917. On ne dit pas suffisamment que février a également été une révolution. Peut-être pas à la façon dont lentendaient la doctrine marxiste ou les dirigeants de lépoque. Mais une révolution intégrale, dans la mesure où, entre février et octobre, se sont produits des phénomènes inégalés dans lhistoire. Jaime citer les ouvriers à Moscou qui dictent un nouveau Code ouvrier à leur patron, les étudiants dOdessa qui dictent à leurs profs un nouveau programme dhistoire, les soldats qui demandent aux aumôniers de venir à leurs réunions pour donner enfin un sens à leur vie, les enfants qui veulent quon arme les adolescents pour être enfin les égaux des adultes. Cest un monde renversé. Un peu anarchique, qui naboutit à rien politiquement. Le régime en place échoue à promulguer les réformes qui eussent légitimé tous ces changements. Et cest cette impuissance qui conduit inéluctablement à une deuxième révolution, celle des comités ou soviets multiples : de ravitaillement, de quartier, de sécurité
En octobre, tout ce pullulement de comités sans tête se trouve avoir un parti qui le pilote. Ce dernier a réussi à les coloniser en mettant à leur tête des bureaux qui les gèrent pour autant que les mencheviks ont failli dans leur gestion de lÉtat.
Mais parallèlement à cette révolution par en bas, qui est le fait de ces multiples comités qui vont renverser un gouvernement qui na plus dÉtat pour le soutenir, il sest produit un coup dÉtat. Le congrès des soviets, qui, en majorité bolchévik, pouvait sinstituer nouveau pouvoir soviétique, sest trouvé distancé par un organe issu du soviet de Petrograd. Cest ce comité qui a déclaré aboli le gouvernement provisoire et proclamé le nouveau régime. Disons que Lénine a su gagner les siens pour quaboutisse cette opération. Cest lui qui veut quune insurrection ait lieu pour que, les soviets lemportant, on ait un gouvernement qui ne soit pas intersoviétique mais purement bolchevik. Là se trouve le coup dÉtat. Et il y a même un petit coup dÉtat à lintérieur du coup dÉtat puisque dans ce comité issu du soviet de Petrograd, Lénine signe tout seul un décret disant quil en est le président, instaurant le régime soviétique. Il y a donc un grand coup dÉtat légitimé par une révolution, et un petit coup dÉtat, sans légitimation puisque seul le vrai président du PVRK, Antonov, proteste mais sans insister.
Nicolas Werth. Aujourdhui, on confirme limportance de cette histoire sociale den bas [SANS BLAGUES], de toutes ces formes inédites et révolutionnaires de luttes spontanées, des paysans, des soldats, des ouvriers, qui seront confisquées dans les années qui suivent par la dictature politique dun parti. Dictature sur les autres partis mais aussi sur les institutions nées durant lannée 1917 : sur les soviets, les comités dusine, les comités de quartier, qui vont voir leur vie et leurs compétences diminuées comme peau de chagrin avec une institutionnalisation du bolchevisme. Les bolcheviks phagocytent toutes ces structures qui avaient poussé spontanément sur le terreau des révolutions de 1917. On réévalue peut-être mieux aujourdhui la manière dont ces événements sinscrivent dans ce grand processus de brutalisation qua été la Première Guerre mondiale : 1917 sinscrit dans cet immense événement qui a commencé en août 1914, à léchelle de lEurope. On mesure mieux aussi à quel point la culture politique bolchevique sinscrit dans cette matrice de 1914 et dans cette idée dune période de huit ans de guerre prolongée, dun continuum de crises, qui va de 1914 à 1922. Avec cette sortie de guerre très particulière que connaît la Russie : alors que la guerre mondiale sarrête en novembre 1918, cet affrontement multiforme se poursuit en des guerres civiles qui transforment le bolchevisme théorique, pensé par Lénine avant 1914, résultat dune interaction très forte entre le militaire et le politique.
Serge Wolikow. Aujourdhui, le modèle interprétatif de référence de la révolution dOctobre a disparu. Pendant très longtemps, dire ce quon vient de dire pouvait sembler incompatible avec linterprétation canonisée dans le manuel dhistoire du Parti bolchevik par Staline. Dire quil y a « les » révolutions de 1917 prend le contre-pied de cette longue histoire officielle. Quand on parle de la révolution russe, faut-il évoquer seulement la destruction de lÉtat ancien des choses, ou insister sur lémergence de formes politiques nouvelles, ou la construction, dans la guerre civile, dune culture politique qui transforme le Parti et fabrique une politique identifiée à la révolution sans être celle qui avait été rêvée. Entre 1918 et 1921-1922, se met en place un État révolutionnaire : la guerre civile est en même temps perçue comme telle et comme la poursuite de la révolution. Dans le processus révolutionnaire il y a des processus contradictoires. La révolution nest pas terminée en 1917 mais elle se poursuit dans des conditions historiques imprévues : celles de la guerre civile, dailleurs beaucoup plus violente que la prise du pouvoir en elle-même, et qui laisse beaucoup plus de traces.
Comment caractériser lordre social nouveau qui sinstalle ?
Marc Ferro. Peu à peu, on assiste à une plébéiénisation, à la montée des classes populaires dans lappareil dÉtat. Là se situe le vrai changement. Les classes populaires nont pas une conception sociale-démocrate, socialiste ou autres, mais la volonté dun changement radical, elles ne veulent plus être gouvernées comme autrefois. Se développe alors une hostilité envers les élites militaires, culturelles et autres. Et cest ce retournement qui ne cessera de se manifester durant lépoque stalinienne. Il suffit de regarder des photos pour remarquer quen 1930 les soviets ce sont danciens paysans en blouses et non plus des gens en faux cols qui se dénomment « parti de la classe ouvrière » comme en 1917.
Serge Wolikow. Le phénomène de militarisation du politique me paraît bien rendre compte de cette mise en place révolutionnaire. Il y a chez Lénine une conception très forte du chemin que le politique doit emprunter dans la manière de conduire la guerre, le Parti, de combiner tactique et stratégie. Limpact des conflits armés impose un changement des références dans le socialisme russe.
Marc Ferro. Militarisation bien sûr, mais jobserve surtout la montée dun discours scientiste sur le développement des sociétés. Lorsque Lénine est en désaccord avec ses camarades, que ce soit sur la paix de Brest-Litovsk, ou le pouvoir du Parti, il leur conseille (à Iosse, à Balabanova, etc.) de se faire soigner. Cest cette manière daborder une discussion théorique et politique qui, trente ou quarante ans plus tard, donnera les asiles psychiatriques : si le pouvoir émane de la science, ne pas être daccord avec le pouvoir, cest être malade. Cest cette conception qui conduit à ce que les nouveaux bolcheviks considèrent que ceux qui les dirigent sont « ceux qui savent ». Cette scientifisation du discours politique est finalement un phénomène de croyance. On le retrouvera dans toute lhistoire du parti et des partis communistes : « Le Parti a toujours raison. »
Nicolas Werth. Ce qui sécroule en 1917, cest aussi lÉtat. Et la première chose que vont faire les bolcheviks, cest de le reconstruire. Avec toute une série de piliers fondamentaux : la mise en place dune armée plus efficace que les autres, dappareils de répression, avec de très forts pouvoirs, et puis la capacité extraordinaire de bricoler un appareil dÉtat, à la fois avec des ralliés monarchistes qui y voient la fin du chaos des jacqueries paysannes, et toute une gamme de nouveaux venus qui étaient dans les comités sans être nécessairement bolcheviks et qui vont y trouver une place. Ce formidable amalgame ratisse très large, ce qui va leur poser problème plus tard : pour Staline, la moitié des cadres de lÉtat, en 1930, sont des spécialistes de lAncien Régime, des officiers tsaristes. Le ver est dans le fruit.
Quelle part les intellectuels ont-ils pris dans la révolution dOctobre et les années qui ont suivi ?
Nicolas Werth. Si on prend quelques études statistiques sur lintelligentsia, elle sest quand même partagée en deux. Il y a eu des ralliements enthousiastes, bien sûr. Mais lintelligentsia russe avait à légard du peuple un sentiment très ambivalent de fascination et de répulsion mêlées. On peut dire quil y a autant de gens qui sont partis que de gens qui se sont engagés. Ce nétait pas une grande force motrice de lhistoire à ce moment-là.
Marc Ferro. Avant 1917, les intellectuels russes soutiennent les mouvements qui mettent en cause le régime tsariste. Auparavant, la Russie a connu en 1905 une période extraordinairement brutale, et ces violences ont fait quune partie de lintelligentsia qui avait le pressentiment de ce que serait une vraie révolution a quitté le monde virtuel de la révolution pour se rétracter sur elle-même. Passant de ce pressentiment au ressentiment contre ceux qui violentaient le déroulement de lhistoire. En 1917, ce nest pas lintelligentsia qui va proposer un programme politique. Lénine accusait Tolstoï dêtre un pleurnichard. Dostoïevski était honni parce quil imaginait ce qui se passerait en cas de révolution. Tchekhov était ignoré en dehors des milieux littéraires. On ne peut pas dire quils aient joué un rôle effectif. Ce dautant moins que le marxisme se posait comme la doctrine de la science. On ne sera plus gouverné, disait Lénine, comme sur « une nef de fous ».
Serge Wolikow. Les bolcheviks apparaissent comme les réalisateurs de la modernité. Certains se rallient à eux. Dautres sont restés sur la réserve, sont partis, avant de finalement revenir. Il y en a un certain nombre, comme Gorki, qui étaient moralement ou sentimentalement pour la révolution mais restaient quand même perplexes par rapport aux bolcheviks.
Quelle comparaison peut-on encore établir aujourdhui avec la Révolution française ?
Serge Wolikow. Les bolcheviks nont cessé de se référer à lexemple historique, à jouer, à plagier, comme disait Marx, les girondins, les jacobins, ou Thermidor. Ils lisaient souvent leur engagement révolutionnaire en référence à la Révolution française. Pour autant, le phénomène le plus intéressant sarticule autour des analyses qui montrent comment la Révolution française sinscrit dans un processus qui combine le court et le moyen terme : si elle a connu un moment fort, elle nest pas terminée avant 1870. Est-ce que la révolution russe peut-être considérée dans la longue durée de la même manière ? Est-ce quon peut dépasser le court terme de 1917 ? La révolution dOctobre a été marquée par le fait que ce sont les révolutionnaires qui ont pris tout le pouvoir, alors quen France non. Les révolutionnaires ont été éliminés, même si limpact de leur action a profondément transformé la société française. En URSS, on a construit un État nouveau au nom de la révolution.
Marc Ferro. Le cours de la Révolution française na servi que de schéma. Cétait un pilote, pas forcément suivi.
Nicolas Werth. Au fond, toute la période soviétique de lhistoire russe dure soixante-dix ans. Cest en définitive un temps fort court à léchelle historique. Beaucoup de choses ont été écrites par des esprits formés au comparatisme, mais, malgré leur intérêt, je plaiderais pour la spécificité. La manière de voir lexpérience soviétique a beaucoup changé à partir du moment où elle sest close. Non seulement parce quil y a aujourdhui une révolution archivistique, mais parce quon peut englober le début et la fin de cette période, et la parenthèse est vraiment refermée.
Vous considérez que la révolution sétale sur ces soixante-dix ans ?
Nicolas Werth. Pas exactement. En tout cas, la révolution a donné ce « moment » de lhistoire soviétique, laquelle nen est pas une. On ne peut plus traiter cette période dans un seul bloc avec un titre : « le totalitarisme soviétique », par exemple. Cela na plus beaucoup de sens, parce quil y a plusieurs périodes, plusieurs types dÉtat et plusieurs types de rapports quentretient ce dernier avec la société. Il y a évidemment une matrice révolutionnaire. Mais il sagit vraiment dune vie dhomme avec une révolution biologique de ce cycle de soixante-quatorze ans, qui va vers un vieillissement, non seulement des dirigeants, mais du système, dans un monde qui a changé.
Serge Wolikow. On a souvent évoqué la question des révolutions dans la révolution. La question peut se poser de savoir si, comme on a pu le constater en Chine, le problème des alliances pour construire un État nouveau entre en contradiction avec le projet révolutionnaire initial et si on doit relancer la révolution, et comment ? La question de la modernisation, de lindustrialisation de la Russie par Staline, a été interprétée de plusieurs manières. On a souvent parlé de modernisation par le haut. Mais en même temps, cest une période de réactivation du processus révolutionnaire du communisme de guerre. Si lon remonte aux discussions qui se nouent dans les années 1920 sur le développement de la société russe, cest dans cet épisode du communisme de guerre, qui nest pas écrit davance dans les oeuvres de Lénine, que les schémas les plus rigides sélaborent à propos dune économie administrée, de la fin du marché ou de la suppression de léconomie monétaire. Mais à la fin des années 1920 rien nest complètement certain. Lévolution dun pays comme la Chine, combinant aujourdcapitalisme dÉtat et marché après avoir connu aussi des formes de communisme de guerre, éclaire les hypothèses de certains bolcheviks, autour de Boukharine notamment. Mais la culture du Parti, de lappareil dÉtat bolchevik était absolument incompatible avec une telle perspective dans un contexte international où la situation économique du capitalisme après la guerre apparaissait très incertaine.
Marc Ferro. Durant cette période, lapport incontestable du parti bolchevik et de lUnion soviétique, cest quils posent des problèmes de développement que dautres sociétés nont pas mis à plat, à lexception de quelques individus. Les débats entre Boukharine, Trotski, Zinoviev et dautres ont fourni une véritable grammaire innovante du développement des sociétés dont lOccident sest fortement inspiré, on ne le dit pas assez, en matière de planification par exemple, dÉtat providence, etc.
Peut-on dire paradoxalement que cette révolution a pâti de labsence dune bourgeoisie ?
Marc Ferro. Ce qui me frappe ce nest pas labsence de bourgeoisie, cest la domination de lesprit doctrinaire. Cest-à-dire une façon daborder les sociétés à partir dun schéma théorique auquel on sefforce de faire coïncider la réalité. Schéma de pensée quon retrouve aussi bien chez les socio-démocrates mais que les bolcheviks ont poussé à la limite. Par exemple, lorsque Lénine raille les bourgeois qui font la charité lors des famines de 1891. Il dit que cest de lhypocrisie qui ne sert pas à grand-chose parce que la faim va pousser les paysans vers les villes, que cela va développer le prolétariat et fera en fin de compte avancer la révolution. Peu importe donc les malheurs daujourdhui si lavenir quils préparent va dans le sens de lhistoire : cest ce que jappelle un raisonnement doctrinaire.
Nicolas Werth. Il faut bien comprendre le nouveau statut de lidéologie et la place quy tient le scientisme évoqué tout à lheure : du moment quon sait, quon connaît les lois du développement de lhumanité, on ne peut pas se tromper. Il existe, me semble-t-il, une continuité forte entre Lénine et Staline à travers cette volonté de mener des expérimentations quel quen soit le prix. Peu importe le coût humain, du moment quon se situe dans une ingénierie sociale qui dispose dun savoir absolu du développement des sociétés.
Serge Wolikow. Le problème déterminant, ce nest pas labsence sociologique de bourgeoisie, cest le manque de lien entre les élites cultivées et les milieux populaires. Absence qui tient à des raisons historiques profondes en Russie et que la révolution ne va pas résoudre par rapprochement mais par substitution. Les nouvelles élites, loin de maintenir la distance à légard de lautorité quimplique une élaboration culturelle, doivent tout aux nouvelles structures de lÉtat et de la promotion politique et sociale. On a là un élément sociologique très important pour comprendre le stalinisme : lémergence de nouvelles élites, constituées sur la base de la destruction totale des anciennes ou plus souvent encore de labsence de groupes relais, de médiations politiques et culturelles intermédiaires.
Trotski qualifiait le système stalinien de contre-révolution, quen pensez-vous ?
Marc Ferro. Cette idée de contre-révolution na pas de sens car on assiste en vérité à lémergence des milieux populaires qui installent dans la société leur vision du monde [quel mensonge!]. Un paysan nest pas pour le mariage libre, dans aucun pays au monde. Il nest pas non plus pour lart davant-garde. Il ny a donc pas eu de réaction ou de régression, mais un changement qui nest pas spécialement lié à la personne de Staline, mais à la montée populaire. Staline accompagne et soutient cette montée populaire dans la mesure où elle lui permet dentretenir lémulation, de sappuyer sur elle et dorganiser un turnover des cadres de lappareil.
Nicolas Werth. Pour en revenir aux violences du système, il faut distinguer lavant et laprès 1930. Durant la première période, il est très compliqué de distinguer entre les violences qui viennent du haut et celles qui viennent du bas. Par exemple la collectivisation forcée où lon requiert la participation des paysans pauvres pour aller casser du koulak, où lon instrumentalise donc une forme de violence révolutionnaire. En revanche ce qui se passe après, lors de purges de 1937, nest pas assimilable à une dénonciation généralisée des uns contre les autres : cest une violence policière ciblée, professionnelle. Cest ainsi que 25'000 agents de la sécurité de lÉtat sont appelés dans le plus grand secret à arrêter un million et demi de personnes et quen lespace de seize mois on en fusille 800'000. Cette grande terreur est un noeud de radicalisation cumulative, elle ne sexplique ni par la paranoïa de Staline, ni par une plongée vers le chaos, une sorte de révolution culturelle avant la lettre comme lont affirmé certaines thèses. Il sagit dun phénomène complexe, aboutissement radical de la gestion policière antérieure du social, qui met en jeu des tensions entre centre et périphéries, relance la xénophobie, mobilise la haine des élites, etc.
Serge Wolikow. Lobsession de lÉtat est probablement le phénomène le plus symptomatique de cette période de la fin des années 1930, elle occupe les discours de Staline théorisant la nécessité dun nouvel État, puissant, moderne qui se protège contre les infiltrations des groupes extérieurs et qui justifie le recours à une terreur quasi permanente par le spectre de la guerre, par la certitude de laffrontement inévitable avec le nazisme, avec le capitalisme cosmopolite, avec tous ces ennemis « intérieurs » et « extérieurs » du régime. On voit se développer à grande échelle une sorte de schizophrénie sociale et politique où se mélangent la brutalisation des relations politiques et sociales et une forme de consentement au pire de la part des victimes. Comme si la défense de lURSS, de lÉtat pouvait donner un sens à cette souffrance. Phénomène étrange qui est à rapprocher du changement du discours sur la révolution au début des années 1930 : la révolution conçue jusque-là comme nécessairement mondiale finit par sidentifier avec sa patrie soviétique. La révolution et lÉtat ont fusionné, au point que cest la défense de lÉtat soviétique, la fidélité à lURSS qui prime en toutes circonstances : cest évident au moment du pacte germano-soviétique.
Marc Ferro. Toutefois, lidée de révolution mondiale nest pas complètement abandonnée, même quand le Komintern est dissous- il suffit de relire les mémoires de Dimitrov à ce sujet -, la révolution reste une option en réserve. Dailleurs, on ne la pas assez dit, les relations étroites qui se sont tissées entre les groupements révolutionnaires expliquent la disponibilité et lefficacité avec laquelle les groupes étrangers se manifesteront dans la lutte armée, notamment dans la Résistance en France dès le signal donné en juin 1941.
Comment expliquer que le regard posé sur la révolution dOctobre ait été à la fois si vertébral et si aveuglant dans les rangs communistes et bien au-delà ?
Serge Wolikow. Dans ce regard, les commémorations dOctobre ont joué un rôle symptomatique pour construire des cohérences politiques communistes, singulièrement en France. Le moment fondateur, cest sans doute lannée 1927 qui voit des manifestations grandioses se tenir en URSS, au cours desquelles sérige une construction canonique de la révolution qui se perpétuera jusquà la fin des années 1970. Le dernier épisode se situe en 1977, quand le secrétaire du Parti communiste italien, Enrico Berlinguer, déclare que la force propulsive dOctobre est morte. Dans cette construction, la révolution est perçue comme un bloc, un tout insécable, y compris la guerre civile. Cette thèse diffusée par le Komintern na pas dimpact en dehors des cercles militants. Mais paradoxalement, cest la Seconde Guerre mondiale et la victoire de 1945 sur le nazisme qui donnent à ces convictions canoniques une audience de masse, en conférant à toute la période précédant la guerre une légitimité rétrospective. Si lURSS et les peuples soviétiques ont été capables dun tel sacrifice et dune telle abnégation dans le combat contre le nazisme, il est inconcevable de ne pas tirer un trait dégalité, didentité entre Octobre et lURSS, entre lhistoire de la révolution et ce que lURSS est devenue. Cela peut paraître étrange à des lecteurs daujourdhui, ne serait-ce que parce que lURSS a disparu et que cette disparition impose aujourdhui de relire différemment la révolution. Lévénement révolutionnaire ne peut être effacé, mais il ne sidentifie pas à sa scénographie canonique. Sans doute faut-il létudier sur une période beaucoup plus développée que celle quon a coutume de considérer, linscrire dans le temps long.
La période de la guerre froide qui coïncide avec la décolonisation prolonge cette vision du régime soviétique comme bouée de secours pour les peuples qui se libèrent, donc bien au-delà des seuls communistes ?
Serge Wolikow. La fortune historique dOctobre comme modèle effectif a été beaucoup plus grande en effet dans les ex-pays colonisés que dans ceux qui auraient dû en principe être influencés, les pays développés et capitalistes. Le modèle est à double sens : pour sen inspirer et pour prendre ses distances, que ce soit dans la conception du nouvel État, du parti révolutionnaire, de la relation entre mobilisation de masse et coup dÉtat ou prise du pouvoir. Il est incontestable que toute une série de mouvements nationaux ont mobilisé la référence culturelle à Octobre pour construire leurs forces politiques révolutionnaires.
Marc Ferro. Disons que lexemple soviétique dOctobre a servi de grammaire, de syntaxe aux mouvements qui mettaient en cause lordre établi. Ils nétaient pas tous pour autant marxistes ou révolutionnaires, mais ils instrumentalisaient les pratiques du régime communiste. Cétait une syntaxe de laction, je ne dirais pas révolutionnaire, mais dune action qui se présentait comme telle (cf. la « révolution algérienne »), et qui pouvait être lexpression dun mouvement national dans les colonies. Il faut dire pour être honnête que, dans les années 1946-1948, les communistes considéraient que les mouvements dindépendance nallaient pas « dans le sens de lhistoire », quils « linterrompaient ». Quant à lURSS, elle a bien sûr joué un rôle pour soutenir ces mouvements, pour autant que les peuples colonisés savaient que tout ce qui affaiblirait le monde occidental, lURSS le ferait.
Nicolas Werth. Le seul endroit, cest une anecdote, où lon va fêter dignement aujourdhui le 90e anniversaire dOctobre, au moins dun point de vue scientifique, cest au Brésil où va se tenir le plus grand colloque international sur le sujet.
Serge Wolikow. Comme quoi la question de la révolution fait bien partie du débat contemporain en Amérique latine.
* Marc Ferro, directeur détudes à lEHESS, a notamment publié la Révolution de 1917 (Albin Michel, 1997), le Ressentiment dans lhistoire (Odile Jacob, 2007) ;
Nicolas Werth, chercheur à lInstitut du temps présent (CNRS), lURSS de Staline (Perrin, 2007), Histoire de lUnion soviétique (PUF, 2001) ;
Serge Wolikow, professeur à luniversité de Bourgogne, le Siècle des communismes (lAtelier, 2000) , Cultures communistes au XXe siècle (dir.) (Éditions la Dispute, 2003).
Entretien réalisé par Lucien Degoy et Anne Roy