Le 15 mars 1917 (2 mars calendrier grégorien), Nicolas II demande au professeur Fiodrof si la maladie d'Alexis est incurable. Ayant entendu Fiodrof affirmer que «le mal est inguérissable», il murmura: «c'est bien ce que m'avait l'impératrice… Eh bien, puisqu'il en est ainsi, puisqu'Alexis ne peut être utile à son pays comme je le voudrais, nous avons le droit de la garder.» Sa résolution est prise et le soir il remet l'acte d'abdication aux représentants du gouvernement provisoire et de la Douma.

ACTE D'ABDICATION DE L'EMPEREUR NICOLAS II

Par la grâce de Dieu, nous, Nicolas II, empereur de toutes les Russies, tsar de Pologne, grand-duc de Finlande, etc., etc., à tous nos fidèles sujets faisons savoir :

En ces jours de grande lutte contre l'ennemi extérieur qui s'efforce depuis trois ans d'asservir notre patrie, Dieu a trouvé bon d'envoyer à la Russie une nouvelle et terrible épreuve. Des troubles intérieurs menacent d'avoir une répercussion fatale sur la marche ultérieure de cette guerre obstinée. Les destinées de la Russie, l'honneur de notre héroïque armée, le bonheur du peuple, tout l'avenir de notre chère Patrie veulent que la guerre soit conduite à tout prix jusqu'à une issue victorieuse.

Notre cruel ennemi fait ses derniers efforts et le moment est proche où notre vaillante armée, de concert avec nos glorieux Alliés, l'abattra définitivement.

En ces jours décisifs pour I'existence de la Russie, nous croyons devoir, pour obéir à notre conscience, faciliter à notre peuple une étroite union et l'organisation de toutes ses forces pour la réalisation rapide de la victoire.

C'est pourquoi, d'accord avec la Douma d'Empire, nous estimons bien faire en abdiquant la couronne de I'État et en déposant le pouvoir suprême.

Ne voulant pas nous séparer de notre fils bien-aimé, nous léguons notre héritage à notre frère, le grand-duc Miche1 Alexandrovitch, en lui donnant notre bénédiction, au moment de son avènement au trône. Nous lui demandons de gouverner en pleine union avec les représentants de la nation siégeant aux institutions législatives, et de leur prêter un serment inviolable au nom de Ia pairie bien-aimée.

Nous faisons appel à tous les fils loyaux de la patrie, leur demandant d'accomplir leur devoir patriotique et sacré en obéissant au tsar en ce pénible moment d'épreuve nationale, et de l'aider, avec les représentants de la nation, à guider l'État russe dans la voie de la prospérité et de la gloire.

Dieu aide la Russie!

Le destin tragique destin de Nicolas II et de sa famille, Pierre Gilliard, Payot, Paris, 1922, pp 165-167

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