Le journal d’une écolière soviétique de Nina Lougovskaia

Nina Lougovskaia a dix-neuf ans lorsqu'elle est arrêtée en 1937. Elle passera cinq ans au Goulag et sept ans en Sibérie, accusée de complot contre Staline. C'est le NKVD (futur KGB) qui, lors d'une perquisition s'empara de trois cahiers d'école rédigés par la jeune fille : son journal intime. Ses écrits tinrent lieu de preuve de sa culpabilité et de celle de toute sa famille. Au milieu du récit de ses amourettes, Nina témoigne d'une conscience politique hors du commun. Et les passages considérés comme antistaliniens ont été soulignés par les agents du NKVD : ce sont eux qui seront retenus à charge contre la famille de Nina.

Lougovskaia Journal d’une écolière soviétique

Michèle BERNARD – 13 juin 2005 http://www.alternatives.ca/article1929.html
Editeur : Robert Laffont, Publication :14/3/2005, 21 euros, 348 pages, ISBN : 2221102622

Etonnante découverte historique et troublant témoignage. Pourtant, le journal intime de Nina Lougovskaïa - découvert récemment dans les archives du KGB - ne contient que les confidences d’une adolescente soviétique dans les années 1930. Mais voilà, rien n’est simple. D’intelligence vive, Nina a hérité de son père une forte sensibilité politique. Militant révolutionnaire, celui-ci est emprisonné et interdit de séjour à Moscou avant d’entrer en clandestinité. La famille est surveillée. Les trois cahiers de Nina, si innocents à première vue, la conduisent au Goulag avec sa mère et ses sœurs aînées. Ils sont considérés être la preuve d’un complot contre Staline, raison de leur détention, rien de moins.

Nina n’a que 14 ans lorsque débute le récit de sa vie et à peine 19 lors de sa déportation. Les dernières lignes du journal, écrites la veille de l’arrestation, ne parlent que de garçons et de réveillon de jour de l’an. Une adolescente racontant son quotidien, sans plus. Mais ce que la police secrète retient - et d’ailleurs souligne dans les cahiers - sont certains passages étonnants, commentaires lucides mais imprudents : « Que ces bolcheviks sont lâches et misérables! », ou « De quel droit les bolcheviks se permettent-ils de gouverner aussi cruellement un pays et tous ses habitants? »

Les cinq années de Goulag seront suivies de sept autres années de résidence forcée en Sibérie. La mère de Nina ne survit pas à cet exil. Nina, quant à elle, est morte en 1993 sans savoir que ses cahiers seraient retrouvés et publiés en 2004. Son journal ouvre une fenêtre sur la réalité de l’époque stalinienne. Autre temps et autre lieu, le journal n’est pas sans évoquer celui d’une autre enfant nommée Anne Frank.

Par Nina Lougovskaïa, préface de Stéphane Courtois, Traduit du russe par Viviane Mikhalkov Paris, Robert Laffont, 2005, 311 pages.

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