Recherches sur l'appareil de bourrage de crânes du parti communiste de l'Union soviétique
Intellectuel-Urss
Western Intellectuals and the Soviet Union 1920-40
From Red Square to the Left Bank
Ludmilla Stern Londres-New York, Routledge, 2007
Compte rendu dans les "Cahiers du monde russe" 48/4 octobre 2007
Analyse à partir des archives soviétiques des différents appareils à tromper sur la réalité soviétique et à "fabriquer du soutien".
Ludmilla présente les mécanismes d'influence et de manipulation mis en oeuvre à Moscou.
Les fondamentaux de la propagande posés par l'IC avec l'invention des "organisations de front" au milieu des années 1920.
MORP, née au congrès de Kharkov en 1930 et ses sections nationales comme l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) Paris.
Trois chapitres sont consacrés à la "société pour les relations cuturelles avec l'étranger), VOKS fondée en 1925. Dépendant du parti et de l'état, la VOKS travaille en URSS (un réseau de contacts relayés par les agents de la VOKS au sein des ambassades chargés de créer des "sociétés de rapprochement".
Pour mieux duper, la VOKS organise un qui privilégie les contacts personnels avec les ses dirigeants (Olga Kamaneva, Fedor Petrov, Aleksander A) avec des agents d'influence comme Romain Rolland, Henri Barbusse, Albert Marquet) avec gratifications morlaes et matérielles offertes en URSS.
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Soviet Karelia
Nick Baron, Politics, Planning and Terror in Stalin's Russia 1920-1939
Londres-New York, Routledge, 2007
Au début des années 1920, la Carélie, qui prend le statut de république autonome en 1923 au sein de la RSFSR, est définie par Nick Baron comme une "double périphérie" en regard de la Russie soviétique et de la Ssandavie. A la fin des années 1930, l'auteur montre à l'inverse combien , les principaux acteurs de l'autonomie carélo-finnois, notamment, disparaissent alors dans les purges au sein d'une répression particulièrement sanglante qui décime les élites et la population de cette république déjà sous-peuplées.
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Jacques Neirynck. Presses polytechniques et universitaires romandes (Focus), 2005. La fin du XXe Einstein un citoyen engagé pour la paix et contre le fascisme
www.mediatheque.cg68.fr/pdf/bibscience.pdf
GRIGORI IAKOVLEVITCH SOKOLNIKOV BRILLIANT dit
Vieux bolchevik, Sokolnikov fut l'un des organisateurs de l'économie soviétique. Fils d'un médecin juif, il adhère en 1905 à l'organisation bolchevique de Moscou et participe à la révolution de 1905 dans le mouvement social-démocrate étudiant. Arrêté en 1907, il parvient à passer la frontière et s'installe à Paris où il fait ses études de droit et de sciences économiques. Internationaliste pendant la guerre, il collabore au journal de Trotski, Nase Slovo. Rentré en Russie après la révolution de Février dans le convoi de Lénine, il rejoint le parti bolchevique en avril 1917. Membre du comité exécutif du soviet de Moscou, il est élu au comité central en août 1917, devient, avec Staline, corédacteur de la Pravda et fait partie, en octobre 1917, du noyau dirigeant du parti bolchevique. Membre de la délégation de paix à Brest-Litovsk, il se situe sur les positions de Lénine. Successivement membre des comités militaires révolutionnaires de la IIe, IXe, XIIIe et VIIIe armée, il défend au VIIIe congrès la politique militaire de Trotski. Après la guerre civile, il organise le pouvoir soviétique au Turkestan. Commissaire du peuple aux Finances en 1922, il s'oppose au monopole de l'État sur le commerce extérieur, défend une politique favorable aux paysans.(...)
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A.V. SPERANSKIJ, éd. Ural v voennoj istorii Rossii Tradicii i sovremennost´ [LOural dans lhistoire militaire de la Russie Traditions et actualité] Ekaterinburg : Institut istorii i arheologii Ural´skogo otdelenija RAN, 2003, 400 p.
Jean-Paul Depretto
http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=CMR_484_0666
Le titre de cet ouvrage collectif annonce quil sagit dhistoire militaire, mais son contenu est en fait beaucoup plus divers. On ne saurait résumer ici les 84 articles. Jai retenu, non sans une part de subjectivité, un petit nombre dentre eux, consacrés à la période 1941-1945, qui me paraissent apporter du nouveau pour lhistoire sociale de lURSS. Pour les présenter, je suivrai lordre du livre.
G.A. Gontcharov (Chejabinsk) réfléchit sur la réutilisation de lexpérience de la guerre civile pendant la Seconde Guerre mondiale, où lhéritage des « armées du travail » a été repris. Ainsi, le 8 juillet 1941, ont été créées des « unités spéciales de construction et de montage » (OSMâ, Osobye stroitel´no-montaÂnye ãasti), chargées de tâches fixées par le gouvernement : construction urgente dusines de guerre, relèvement de sites détruits, etc. Entre juillet 1941 et novembre 1942, 70 de ces unités ont fonctionné en URSS, dont 35 dans lOural : selon lauteur, ces organisations étaient militarisées « dans une certaine mesure », ce qui sest manifesté par la présence de « colonnes de travail » formées douvriers mobilisés et attachés aux chantiers jusquà la fin de la guerre. Les OSMâ jouèrent un rôle important dans la mise en place du complexe militaro-industriel de lOural. Pourtant, G.A. Gontcharov ne montre pas vraiment quelles furent les conséquences de cette militarisation sur la condition ouvrière.
Cest au système des cartes de rationnement entre 1941 et 1945 quest consacré larticle de M.S. Ziniã (Moscou). LURSS a connu une crise du ravitaillement dès les années 1939-1941 et vécu de facto en état de rationnement, même si celui-ci ne fut officiel quà partir de 1941. Pour les normes dapprovisionnement alimentaire, la population était divisée en quatre groupes : ouvriers, employés, personnes à charge, enfants. Les ouvriers de lindustrie, du bâtiment et des transports étaient avantagés par rapport aux employés. Le personnel recevait aussi plus ou moins de pain et de sucre en fonction de limportance de la branche dindustrie concernée. Même les enfants étaient classés en consommateurs de 1re ou de 2e catégorie selon le lieu de travail et de résidence de leurs parents. Les ouvriers effectuant un travail pénible, comme les mineurs ou les métallurgistes des ateliers « à chaud », recevaient des normes plus élevées. Enfin, il existait une « hiérarchie géographique » : lOural, où existait un puissant complexe militaro-industriel, recevait davantage de produits par tête dhabitant. La distribution des marchandises rationnées était irrégulière, lassortiment limité et les normes basses. LURSS na pas connu pendant la guerre de famine massive, à lexclusion de foyers locaux, et la population a été « à demi affamée ».
G.R. Iakova (Ufa) examine le système de santé en Bachkirie de 1941 à 1945. Les difficultés étaient grandes, le personnel étant réduit par les départs au front ou vers les hôpitaux militaires. Il fallait faire face à de nouvelles tâches, comme la création dun réseau dhôpitaux évacués des zones de combat ou la lutte contre les menaces dépidémies liées aux déplacements massifs de populations. Les personnes qui fuyaient devant lavance allemande étaient en effet souvent épuisées et malades, de sorte que le danger dune rapide contamination de larrière était bien réel. Dès le 30 juin 1941, le commissaire du peuple à la Santé prit un ensemble de mesures de prévention contre les épidémies : dans les gares, les arrivants étaient lavés et leurs vêtements désinfectés. Le personnel de santé se préoccupait aussi de laugmentation des affections liées à la violation de la législation du travail, mais lauteur nindique pas avec quels résultats. Au total, la dégradation des conditions de vie a provoqué une hausse de la mortalité dans les régions de larrière. Certaines mesures prophylactiques ont toutefois permis déviter lapparition dépidémies massives.
I.N. Kornev et D.N. Lipuhin (Ekaterinburg) décrivent linfluence de la guerre sur le développement démographique de la région de Sverdlovsk. La population a fortement augmenté en raison de larrivée de 350'000 personnes évacuées de louest du pays ; il faut y ajouter les travailleurs migrants recrutés en Sibérie, au Kazakhstan et en Asie centrale. La part de la population urbaine est passée de 60,8 % en 1941 à 71,2 % en 1945 ; dans cette période, sont apparues huit villes et seize agglomérations de type urbain. En revanche, la population rurale a diminué de 22 %, cette baisse touchant en premier lieu les districts agricoles. La natalité a atteint son point le plus bas en 1943-1944 ; la mortalité a augmenté en 1941-1942, pour baisser ensuite ; lannée 1945 a enregistré un léger croît naturel (0,42 %).
G.E. Kornilov (Ekaterinburg) dresse un vivant tableau du monde rural ouralien pendant la guerre. La baisse de la production agricole a été catastrophique : 50 % pour les céréales. La part des kolkhozes dans les surfaces ensemencées a diminué au profit des sovkhozes, des lopins paysans et des jardins potagers cultivés par ouvriers et employés. Ces exploitations individuelles occupaient la première place pour la culture de pommes de terre et de légumes, contribuant ainsi à amortir les difficultés alimentaires, surtout dans les régions industrielles (oblast´ de Sverdlovsk, de Perm et de âeljabinsk). Le lopin permit aux paysans de survivre, car il résistait mieux que les kolkhozes à linfluence destructrice de la guerre. Les méthodes des années 1930 restaient en vigueur : lÉtat utilisait tous les moyens pour enlever leur récolte aux producteurs sous le mot dordre : « Le grain, cest la victoire ! » ; les « saboteurs des collectes » faisaient lobjet de mesures répressives. Les prix pratiqués étaient très bas ; de plus, les kolkhoziens ne recevaient pas toujours les paiements en nature auxquels leur travail leur donnait en principe droit. En 1944, les autorités ont prélevé 49 % de la récolte brute, contre 41,7 % en 1941 ; aussi les kolkhozes étaient-ils très affaiblis à la fin de la guerre. La population rurale de lOural a connu une « semi-famine » pendant lhiver 1943, le printemps et lété 1944, et na reçu pratiquement aucune aide de lÉtat. Leffondrement de la campagne sest manifestée de façon évidente après la guerre, celle-ci ayant provoqué le retour de formes archaïques dans la production et la vie quotidienne.
T.V. Kochman (Astana) revient sur lexpérience des « armées du travail » dans lOural. La mobilisation du travail permit à lÉtat de fournir du personnel aux principaux secteurs de la production et de réaliser des travaux de défense. Les personnes mobilisées avaient de 17 à 50 ans ; elles étaient appelées sur le « front du travail » par les commissariats militaires. Ces conscrits étaient dénommés « combattants », comme dans larmée active. Pendant toute la guerre, le Kazakhstan a fourni environ 700'000 personnes à « larmée du travail » : il sagissait de « colons spéciaux » davant-guerre, de représentants des peuples déportés au Kazakhstan (Allemands, Finnois, Roumains, etc.) et de Kazakhs, principalement des kolkhoziens. Ces « combattants » travaillaient essentiellement dans les principales branches de lindustrie lourde et étaient en règle générale utilisés comme manuvres. Ainsi, à lhiver 1942, 10 000 Kazakhs ont effectué des travaux de terrassement à Magnitogorsk par un gel atteignant -30&Mac251; à -40&Mac251;. Les conditions de vie dans ces « armées du travail » étaient telles, que les gens, épuisés par le labeur, mouraient en masse de faim ou de maladie, ou ne survivaient quen état dinvalidité.
V.N. Mamjaenkov (Ekaterinburg) met laccent sur la forte dégradation du niveau de vie de la paysannerie, dont témoigne lévolution de la ration alimentaire : en 1945, dans la région de Sverdlovsk, la consommation de pain, de produits céréaliers et de viande avait diminué de près de moitié par rapport à 1940. En revanche, celle de pommes de terre, de légumes, de cucurbitacées et de lait avait augmenté : seuls ces produits ont permis aux agriculteurs de survivre dans ces années difficiles. En 1945, la consommation alimentaire des kolkhoziens de lOural se trouvait au niveau des normes officielles établies pour les détenus du Goulag, telles quelles sont rapportées par SolÏenicyn. Cette baisse catastrophique survenait dans un contexte dallongement de la journée de travail. Lauteur conclut que la population rurale de lURSS victorieuse était plus mal nourrie que la population allemande en 1943 ou que celle de Berlin après le 8 mai 1945.
V.P. Motreviã (Ekaterinburg) constate que la famine des années de guerre était un sujet tabou dans la période soviétique ; cest en 1991 seulement que le voile a été levé sur ce sujet. Cependant, la question reste peu étudiée, ce qui sexplique largement par la situation des sources : une partie des documents est conservée dans les archives du FSB de la région de Sverdlovsk, avec lindication « top secret ». La famine et les malformations néonatales ont conduit assez souvent à des meurtres denfants par leurs parents et à des suicides. Les enfants étaient aussi les victimes privilégiées du cannibalisme. La viande humaine servait à nourrir des familles affamées, mais était aussi vendue au marché. Des personnes furent arrêtées pour avoir ouvert des tombes et découpé des cadavres. Les autorités locales ont tout fait pour cacher ces faits sinistres. Afin déviter la diffusion de rumeurs, la censure reçut lordre de confisquer toutes les lettres contenant une description de cas danthropophagie.
M.N. Naapkin (Ekaterinburg) passe en revue lévolution de la législation du travail. Dès le 26 juin 1940, un décret instaura la journée de huit heures (au lieu de sept) et la semaine de sept jours. En vertu du même texte, un ouvrier ou un employé qui quittait son entreprise était passible de deux à quatre mois de détention. Les absences sans raison valable étaient punies de travaux forcés sur le lieu de résidence, pour une durée allant jusquà six mois. Le 26 juin 1941, un nouveau texte donna aux directeurs dentreprises industrielles, agricoles et commerciales, le droit dinstaurer pour tous les ouvriers et employés une à trois heures supplémentaires (deux seulement pour les adolescents de moins de seize ans) ; tous les congés étaient supprimés. Le 6 juillet 1941, le comité régional du parti de Sverdlovsk introduisit la journée de onze heures, conformément à une décision du gouvernement soviétique. Le 13 février 1942, un autre décret mobilisa les hommes de 16 à 55 ans et les femmes de 16 à 45 ans pour travailler dans les entreprises de diverses branches (aéronautique, fabrication de tanks, métallurgie, chimie, industrie des combustibles et des munitions). Les lois « draconiennes » du temps de guerre ne furent abolies quen 1956, par Hruãev.
S.P. Panfilov (NiÏnij Tagil) souligne que les métallurgistes de lOural recevaient environ la moitié de leur nourriture dans le cadre du rationnement. Les potagers, dont le développement prit un caractère massif à partir de 1942, constituaient une importante source dapprovisionnement alimentaire supplémentaire. Ils formaient, avec les exploitations auxiliaires des entreprises industrielles, ce quon appelait les « sources décentralisées », relevant de linitiative locale, par opposition aux fonds centralisés, affectés par lÉtat : en 1945, ces sources représentaient plus de 92 % de la consommation de pommes de terre chez les métallurgistes de la région de Sverdlovsk. Lordinaire était aussi amélioré grâce à des achats directs chez les villageois, à la cueillette de baies, de champignons et à la pêche. Néanmoins, le niveau et la qualité de lapprovisionnement alimentaire se sont dégradés pendant la guerre : le pain, les produits céréaliers et les pommes de terre constituaient en moyenne 80 % de la nourriture, la viande 1 %. Le problème du logement était particulièrement aigu : à Magnitogorsk, par exemple, la population sest accrue de 50 % entre 1941 et 1945, mais la surface habitable na progressé que de 8,5 %. Les baraques représentaient lessentiel des constructions nouvelles. Dans les usines sidérurgiques de la région de Perm, un habitant de foyer disposait de 2,5 m [2] en moyenne. La guerre a grandement détérioré la santé publique : la fréquence des maladies a augmenté. Pour faire face à la pénurie de médicaments, on organisait la production sur place des plus simples dentre eux : les entreprises de NiÏnij Tagil, centre métallurgique, fabriquaient ainsi 57 sortes de médicaments.
M.N. Potemkina (Magnitogorsk) montre comment les services de santé ont fait face aux difficultés créées par lévacuation dans lOural de populations fuyant lavance allemande. Lessentiel des contaminations et des décès se produisait dans les gares, sur les quais, dans les convois. La situation était aggravée par le fait quon utilisait souvent pour le transport des personnes des moyens inadaptés comme des wagons de marchandises sans fenêtres et sans châlits, non chauffés de surcroît. Cest ainsi quen février 1942, quarante-deux personnes sont mortes pendant le trajet Leningrad-âeljabinsk, et sept autres à la gare de âeljabinsk. Chaque jour, des épidémiologistes ou des inspecteurs sanitaires devaient fournir au gouvernement des synthèses sur le nombre de malades enlevés des trains et sur le niveau de mortalité. Au total, les services de santé réussirent à éviter les épidémies massives, quatre facteurs ayant joué ici un rôle positif : gratuité de la médecine, aide du public, utilisation de moyens simples de désinfection et contrôle sanitaire à la fois constant et omniprésent.
Ju.A. Radosceva (Ekaterinburg) étudie le rôle des Soviétiques de nationalité allemande mobilisés dans lindustrie de la région de Sverdlovsk. Une partie importante des Allemands composant les « armées du travail » se trouvait dans lOural, dont presque la moitié dans la région de Sverdlovsk. Ils étaient utilisés pour lessentiel sur des sites du NKVD. Beaucoup dentre eux étaient employés dans lindustrie forestière et vivaient dans les secteurs boisés des camps. Ils étaient utilisés à des tâches non qualifiées : abattage darbres, sciage de traverses, flottage et débitage du bois. Le travail était très pénible, la productivité faible, ce quun rapport officiel expliquait par linexpérience des Allemands, les lacunes de lapprentissage et la « faiblesse physique du contingent ». Dautres Allemands dépendant du NKVD participaient à la construction dusines. Enfin, les « armées du travail » fournissaient aussi des bras à des commissariats du peuple ordinaires dans dautres secteurs de léconomie : sidérurgie, charbonnages, pétrole, construction.
N.L. Usol´ceva (âeljabinsk) nous informe sur le travail des adolescents dans un article qui concerne les services médicaux pour la jeunesse dans lOural méridional. Pendant la guerre, les écoles dapprentissage de fabrique et dusine et les établissements denseignement professionnel de cette région ont formé plus de 200 000 jeunes ouvriers, soit 38 % des effectifs totaux : cest dire si le personnel des cols bleus a connu un profond renouvellement. Une résolution du Conseil des commissaires du peuple (12 mai 1942) avait autorisé à embaucher à partir de 14 ans, mais assez souvent cette limite inférieure nétait pas respectée et lon recrutait des enfants de 11-12 ans, ainsi à lusine Kirov (ex-Putilov) de Leningrad évacuée à âeljabinsk. Le parti communiste et les syndicats menaient des vérifications sur les conditions de vie des jeunes ouvriers qui révélaient le piètre état des foyers : absence de linge de rechange, manque deau potable, de lavabos, entassement. La dureté des temps de guerre avait des conséquences sur la santé : fin 1944, au combinat métallurgique de Magnitogorsk, 97 % des adolescents souffraient dun déficit pondéral, qui nétait sans doute pas sans rapport avec la pénibilité de leur travail. Les autorités prirent des mesures : le 14 juin 1943, la durée du travail des adolescents fut réduite à six heures et les heures supplémentaires furent interdites pour eux. En mars 1944, les ouvriers de moins de 16 ans eurent droit à un jour de repos par semaine et à 12 jours de congé annuel. Mais la législation nétait souvent pas respectée.
M.A. Fel´dman (Ekaterinburg) se demande dans quelle mesure lindustrie de lOural était prête à la guerre. Il note dabord quen 1940, une usine civile comme Uralmazavod (Sverdlovsk, construction mécanique lourde) travaillait pour la guerre à hauteur de 55,5 % de sa production. La même année, lOural représentait 6,8 % de la production industrielle soviétique, mais 12,4 % de la production militaire : cétait traditionnellement un grand centre de production de munitions, qui en avril 1941 abritait 12 des 75 entreprises du commissariat aux munitions et représentait un cinquième des investissements nationaux dans cette branche. Le secteur militaire assurait 36 % de la production industrielle de lOural, soit un degré de militarisation dépassant la moyenne soviétique de (presque) deux fois. Il semblerait donc que la réponse à la question posée soit plutôt positive, mais il reste des interrogations sans réponse, relatives aux causes des échecs rencontrés dans lindustrie militaire de lOural au premier semestre 1941.
Cet ouvrage prouve que les historiens ouraliens ont beaucoup travaillé depuis louverture des archives soviétiques et ont notablement amélioré nos connaissances, ayant résolument abandonné les clichés de propagande. Ce qui frappe à la lecture de ces pages, cest la probité des exposés, le respect des faits et le souci dobjectivité des auteurs. Bien sûr, il reste à reconstruire une vision globale de lURSS en guerre, mais sans doute est-ce prématuré : cela suppose dautres travaux à venir. Je ne sais sil faut parler ici d« école ouralienne », mais en tout cas, on doit souligner combien la recherche historique est vivante en province dans la Russie daujourdhui.