Les Webb de la Société Fabienne et Maynard Keynes célébrent le régime communiste, ce que dénonce Ralph Raico dans "Keynes and the Reds"
Sydney et Béatrice Webb, chefs de la Société Fabienne, après une visite en URSS où ils ont été traité de manière calculée comme des personnes proéminentes, ce qui flatta leur vanité, publient, Soviet Communism. Totale complicité avec lEtat-terreur stalinien!
Avec un fait trop souvent oublié: Si un écrivain fameux avait dit quelque chose de semblable de lAllemagne nazie, son nom serait pestiféré aujourdhui. Et cependant, malgré la perversité criminelle que les nazis allaient développer plus tard, en 1936, leurs victimes ne représentaient quune infinitésimale partie, comparées aux victimes du communisme.
Keynes chez les soviets
http://www.contrepoints.org/Keynes-chez-les-soviets.html
mercredi 6 août 2008 - Lucilio , Ralph Raico
Il existe une opinion généralisée dans le milieu académique qui tendrait à laisser croire que John Maynard Keynes a été un exemple modèle de libéral classique dans la tradition de Locke, Jefferson et Tocqueville. On soutient que, comme ces hommes, Keynes fut un sincère et même exemplaire partisan de la société libre. Sil séloigna des libéraux classiques sur certains points évidents et importants, ce fut simplement dû au fait quil tenta dactualiser le libéralisme, pour ladapter aux conditions économiques des temps nouveaux.
Cependant, si Keynes était un défenseur modèle de la société libre, comment peut-on expliquer ses particuliers commentaires, en 1933, appuyant, même si avec quelques réserves, les « expériences » sociales qui étaient menées alors en Italie, en Allemagne et en Russie ? Et que dire de son étrange introduction à lédition allemande de sa Théorie Générale, dans laquelle il écrit que ses propositions de politique économique cadraient mieux dans un état totalitaire comme celui que dirigeaient les nazis que, par exemple, en Angleterre ?
Les défenseurs de Keynes tentent de minimiser la signification de ces déclarations, exploitant certaines ambiguïtés. Mais pour autant que lon sache, aucun ne sest donné la peine de se préoccuper de quelques-unes des déclarations des moins ambiguës du même Keynes. Celles-ci furent émises lors dune brève allocution diffusée par la BBC en juin 1936, dans le cadre de la série radiophonique « Livres et auteurs », et que lon peut retrouver dans le volume 28 de ses oeuvres complètes.
Lunique livre qui était traité, avec une certaine longueur, dans cette émission était lénorme volume que venaient de publier Sydney et Béatrice Webb, Soviet Communism, dont la première édition comportait un sous-titre, Une nouvelle civilisation ? (Dans les éditions postérieures, les signes dinterrogation furent éliminés.)
Les Webb, comme chefs de la Société Fabienne, avaient travaillé pendant des décennies pour implanter le socialisme en Grande-Bretagne. Dans les années 1930, ils se transformèrent en propagandistes enthousiastes du nouveau régime communiste en Russie - selon les termes de Béatrice -, « elle était tombée amoureuse du communisme soviétique ». Ce quelle appelait « amour » fut qualifié par le mari de sa nièce, Malcolm Muggeridge, de « bébête adulation ».Ce fut lors leur visite de trois semaines en Russie, durant laquelle Sydney se vantait davoir été traités comme une espèce de « nouvelle classe royale », que les autorités soviétiques leur fournirent les données et les statistiques quils inclurent dans leur livre. Les communistes furent très satisfaits du résultat final. En Russie même, Soviet Communism fut traduit, publié et promotionné par le régime ; comme le déclara Béatrice : « Sidney et moi, nous sommes devenus les symboles de lUnion soviétique ».
Dès sa première apparition Soviet Communism a été considéré comme lexemple parfait de laide et de lappui inconditionnel prêté à lÉtat-terreur stalinien par les amis littéraires qui voyageaient, aux frais de la princesse, en Union soviétique. Si Keynes avait été un libéral et un ami de la société libre, on aurait pu espérer que son intervention eût été une dure critique. En réalité, ce fut le contraire. Dans son allocution, Keynes proclama que Soviet Communism était une livre que « tout citoyen sérieux ferait bien dexaminer. Jusquil y a peu, les évènements en Russie se succédaient à une telle rapidité et la brèche entre la théorie et les gains effectifs était si large quil était impossible de faire une valorisation. Toutefois le nouveau régime est, maintenant, suffisamment cristallisé pour être examiné. Le résultat est impressionnant. Les innovateurs russes ont dépassé non seulement létape révolutionnaire, mais également la période doctrinaire. Il ne reste que peu ou pratiquement rien qui maintienne une relation spéciale avec Marx ou le marxisme et qui le distingue des autres systèmes de socialisme. Les soviétiques sont occupés à la vaste tentative administrative de faire fonctionner de forme tranquille et avec succès, sur un territoire si grand quil occupe la sixième partie de la superficie terrestre, toute une nouvelle série dinstitutions sociales et économiques. Les procédures varient rapidement pour sajuster aux nouvelles expériences. Nous sommes en train dassister au plus grand degré dexpérimentalisme et dempirisme jamais tenté par des administrateurs désintéressés. En ce sens, les Webb, avec leur livre nous ont permis de contempler la direction vers laquelle semblent se diriger les choses et jusquoù elles sont arrivées pour linstant ».
Pour Keynes, la Grande-Bretagne avait beaucoup à apprendre du traité des Webb : « Le livre me laisse avec un fort désir que nous, dans ce pays, sachions découvrir comment combiner une disposition illimitée pour expérimenter des changements dans nos modèles et nos institutions politiques et économiques, dans tous les sens du terme, avec la préservation de la tradition et une espèce de prudent conservatisme, qui renferme toute lexpérience vécue par le genre humain. » Observons, au passage, linconsistance étudiée si typique de toute la pensée sociale de Keynes - « une illimitée disposition pour expérimenter » doit se combiner avec « la tradition » et « un prudent conservatisme ».
En 1936, il nexistait aucune nécessité de dépendre de la trompeuse propagande des Webb pour obtenir des informations sur le système stalinien. Eugene Lyons, William Henry Chambrelin, Malcolm Muggeridge lui-même et dautres avaient déjà révélé leffroyable vérité sur lossuaire gouverné par les « administrateurs désintéressés » de Keynes. Quiconque, disposé à écouter, était en mesure de connaître les faits relatifs à la famine-terreur qui commença au début des années 1930, au vaste système de camps de travail desclaves, et à la misère pratiquement universelle qui suivit labolition de la propriété privée. Pour ceux qui nétaient pas aveuglés par « lamour », il nétait pas difficile de discerner que ce que Staline était en train dériger était le modèle dÉtat génocidaire du 20e siècle. Dans létude de Keynes, et dans le peu de préoccupation quelle inspire à ses partisans, nous retrouvons létrange deux poids, deux mesures que Joseph Sobran soulignait. Si un écrivain fameux avait dit quelque chose de semblable de lAllemagne nazie, son nom serait pestiféré aujourdhui. Et cependant, malgré la perversité criminelle que les nazis allaient développer plus tard, en 1936, leurs victimes ne représentaient quune infinitésimale partie, comparées aux victimes du communisme.
Comment sexplique les louanges de Keynes au livre des Webb et au système soviétique ? Il ny a aucun doute que la raison principale réside dans le sentiment partagé avec les deux chefs fabiens : une haine profonde contre lesprit de lucre et le gain monétaire. Daccord avec son amie et compagnon au sein du mouvement fabien, Margaret Cole, cétait dans son « sens moral et spirituel » que les Webb voyaient la Russie comme « lespérance du monde ». Pour eux, le plus « excitant » était le rôle du parti communiste qui, pour Béatrice, était un « ordre religieux » occupé à créer la « conscience communiste ». En 1932, Béatrice annonçait : « Cest parce que je crois quest arrivé le jour du remplacement de légoïsme par laltruisme - comme moteur principal de lhumanité - que je suis communiste. » Dans le chapitre « Au lieu du bénéfice » de Soviet Communism, les Webb montrent leur enthousiasme pour remplacer les incitants monétaires par les rituels de « repentance de limpénitent » et de lautocritique communiste. À la fin de sa vie, en 1943, Béatrice continuait à louer lUnion soviétique pour sa « démocratie multiforme, son égalité des sexes, des classes et des races, sa planification de la production pour la consommation de la communauté, et surtout pour sa pénalisation de lesprit de lucre ».
Quant à Keynes, son animadversion pour les motifs monétaires de la tradition humaine devint une obsession. Il considérait le désir de gagner de largent comme « le problème éthique central de la société moderne », et après une visite en Union soviétique, il acclama, comme une « terrible innovation » la suppression du motif pécuniaire. Pour lui, comme pour les Webb, là était lessence de lélément religieux quil détectait et admirait dans le communisme. Un aspect notable de la louange de Keynes au communisme est son absence totale dune quelconque analyse économique. Keynes semble avoir allègrement oublié quil pouvait exister un problème de calcul économique rationnel sous un régime socialiste, comme cela fut mis en évidence un an plus tôt dans un volume édité par F.A. Hayek Collectivist Economic Planning, qui reprenait lessai séminal de Ludwig von Mises, Le calcul économique dans une société socialiste. Alors que les économistes avaient passé des années à discuter de ce problème, tout ce qui préoccupait Keynes était lexcitation de la grande expérience des bouleversements sociaux menée en Russie sous la direction de ses « administrateurs désintéressés ». Ceci nous ramène au commentaire de Karl Brunner sur les notions de Keynes sur la réforme sociale : « Difficilement on pourrait déduire du matériel contenu dans ses essais que ceux-ci on été écrits par un scientifique social, même par un économiste. Nimporte quel utopiste social de lintelligentsia aurait pu la produire. Dans ceux-ci, on ne fait front ou ne sont examinés une multitude daspects cruciaux. »
Non, Keynes ne fut aucunement un « libéral modèle », sinon, au contraire, un étatiste et un apologiste occasionnel des plus impitoyables régimes du 20e siècle. Ses commentaires particuliers, spécialement sur la Russie soviétique, joints à ses théories économiques toujours favorables à lampliation des pouvoirs gouvernementaux et ses visions utopiques dominées par lEtat, devraient freiner ceux qui lincluent sans douter dans les rangs libéraux. Considérer Keynes comme « le libéral modèle du 20e siècle » ne peut que rendre incompréhensible un concept historique indispensable.
Traduction de larticle de Ralph Raico, "Keynes and the Reds", paru dans Free Market, avril 1997, vol. 15, n° 4.
Forum
Keynes chez les soviets
mercredi 15 juillet 2009, par lavergne
étrange critique de JM Keynes, toute en errements et en digressions. Je vous suggère de lire (dans le texte, si ça peut vous faire plaisir) la CRITIQUE ECONOMIQUE de Keynes, sur ce sujet précis de la Russie de laprès 1917, intitullé "sur la russie". On peut lire clairement, dans cet article publié à lépoque, une critique aiguisée et étayée du système économique en vigueur.
Le communisme, très peu commenté alors, y est décrit comme un système injuste, ou les paysans nourrissent tout le reste de la société soviétique...on y lis meme que le communisme sappuie sur "un manuel déconomie périmé"...que sa seule et unique valeur pour Keynes est davoir fonction de RELIGION.
Je trouve votre article très tendancieux, un peu confu, et très faiblard au niveau du style ; bien trop mal écrit (pas meme étayé par quelques phrases de JMK), pour rivaliser avec la pensée ECONOMIQUE fondamentalement libérale (au sens politique) et humaniste dun Keynes. La propagande contemporaine se fait par la bande, par chichi et chipotage, voire par potins ; de telles "méthodes" ont laissé les citations de Jaurès dans la bouche de N. Sarkozy et ...du Front national ! beau résultat.
A rapprocher, pour ceux qui sintéressent réellement à la question des commentateurs de la russie des soviets, des articles du brillant Albert Londres, sur la question. La culture est différente, mais les conclusions sont les memes, parce que lESPRIT est le meme ; on voit bien, sur ces sujet délicats, que la pensée elle-meme se structure autour de potentats, de faux-semblants diffusés par des suiveurs et des commentateurs souvent de peu de talent.
Amis de la pensée du Vrai, je vous salue (de bien bas)
Laurent Lavergne