Brecht: du passé de gauche, faisons table rase!

Suisse 2007: certains pas dégoûtés célèbrent «le porte-drapeau d'un système condamné, le communisme». Allez dire aux Tibétains, Cubains, Chinois, Coréens du Nord et Vietnamiens, que le communisme est condamné? Comme le disait Revel: du passé de gauche, faisons table rase! Quant aux victimes actuelles des régimes communistes, elles peuvent compter sur la solidarité de ces grands progressistes!


Bertolt Brecht sur le front suisse

swissinfo, Ghania Adamo, 4 avril 2007 - 10:46

Le grand écrivain allemand est à l'honneur au Théâtre Forum Meyrin, près de Genève, qui lui consacre une thématique durant le mois d'avril.

Sont programmés, à cette occasion, spectacle, débat, conférence et exposition. Points de vue de leurs concepteurs.De Brecht, il restera toujours l'image d'un homme à l'éternel cigare retenu par une bouche joyeusement ironique. Mais par-delà cette icône, très souvent exhibée dans les vitrines des libraires, il y a l'immense auteur de théâtre, le Brecht admiré par les tenants du marxisme et honni par les adeptes du maccarthysme.

Ce Brecht-là s'affiche également comme une icône, ou plutôt comme un cliché que Mathieu Menghini tente de renverser à l'occasion d'une thématique Brecht qu'il programme dans son Théâtre Forum Meyrin, courant avril.

Brecht version Porras

«Cette programmation je l'ai voulue, explique le directeur des lieux, pour montrer d'autres visages de Brecht qui à mon sens n'ont pas été dévoilés après la chute du mur de Berlin. Certains persistent à croire que l'auteur de 'Mère Courage' reste le porte-drapeau d'un système condamné, le communisme, et qu'à ce titre il est dépassé».

«Brecht n'est pas réductible au dogmatisme politique, poursuit-il. Son théâtre existe en dehors de toute idéologie. Il est même très poétique et très drôle, comme a su le dire Benno Besson dans ses mises en scène».

Comme saura le montrer sans doute Omar Porras, metteur en scène à la touche féérique, invité à créer à Forum Meyrin «Maître Puntila et son valet Matti» du même Brecht.

«Je suis sûr, confie encore Mathieu Menghini, que Porras va libérer la vitalité comique de l'écrivain, grâce à la magie qu'on lui connaît».

Donnée en création mondiale en 1948, à Zurich, par Brecht lui-même, «Puntila» sera à l'affiche du Forum Meyrin à partir du 17 avril prochain. Le lendemain démarrera, à Meyrin toujours, l'exposition «Brecht et la Suisse». Son concepteur? L'historien alémanique Werner Wüthrich.

L'ouvrage de Daniel Frey (Editions de la Thièle) Enquête helvétique

Ce brechtien invétéré a réalisé un véritable travail de détective. Durant des années, il a «traqué» les personnes qui ont côtoyé le dramaturge allemand lors de son séjour à Zurich en 1948. Wüthrich a fini par mettre la main sur des documents inédits, des enregistrements et des photos de Brecht présentés, donc, dans le cadre de cette exposition.

«J'ai voulu, explique l'intéressé, ramener à la surface la période suisse de Brecht occultée par les historiens. Les spectacles montés par l'écrivain lui-même à Zurich ou à Coire à la fin des années 40 s'apparentent à des travaux de recherche en laboratoire. C'était des expériences qui allaient plus tard être dogmatisées, à tort, par les intellectuels, alors que le Brecht 'suisse' ne fut nullement dogmatique».
De ce Brecht-là, Werner Wüthrich parlera également à l'occasion d'un débat et d'une conférence prévus respectivement le 21 et 24 avril à Forum Meyrin. Il sera alors en compagnie de son traducteur lausannois Daniel Frey.

Lequel est également sur le devant de la scène puisqu'il vient de publier «Bertolt Brecht et la Suisse romande» (éditions de la Thièle). Place dans son livre aux réactions de la presse vaudoise et genevoise face aux pièces brechtiennes accueillies ou montées en Romandie dans les années 1950-1960.
De nombreux articles d'époque, réunis donc dans cet opus, «montrent que Brecht était perçu chez nous comme un anti-bourgeois dont il fallait se méfier», lâche Daniel Frey. Avant d'ajouter: «Vous savez, ici on n'a jamais aimé les communistes. Même les journalistes avisés avaient de la peine à replacer Brecht dans le contexte socio-politique du moment».

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