Contre l'adhésion de l'URSS à la Société de Nations, régime qui venait de tuer plus de 10 millions d'êtres humains par la faim, la déportation et la fusillade, opposition de 3 pays dont la Suisse, les deux autres étant le Portugal de Salazar et les Pays-Bas.

Sans compter les crimes et massacres ni même la famine de 1921-22, tous ces drames provoqués par le coup d'état de Lénine qualifié frauduleusement de «Révolution d'octobre», depuis que Staline est devenu son successeur, la collectivisation de 1929-30 et la Grande famine de 1932-33, Holodomor en Ukraine, avec les victimes de la terreur quotidienne dont des millions ont été transformé en bêtes de somme dans les grands chantiers, le régime soviétique a tué près de 15 millions d'hommes, de femmes et d'enfants.

Et il existe des pervers qui croient et font croire que l'Italie fasciste de Mussolini était l'enfer du peuple et que l'Union soviétique de Staline était le paradis des travailleurs; c'est l'imposture ignoble des faux antifascistes mais des vrais staliniens.

A préciser: l'agression de la Tcheka contre la Légation suisse de Petrograd, le 2 juin 1918 ou 1919 selon diverses sources. De plus, la clique à Hans-Ulrich Jost, omettent les liens entre le Comité d'Olten et Lénine et l'agression de la Tcheka contre la Légation suisse de Petrograd, pour servir l'ennemi du peuple Lénine qu'ils croient être le défenseur du prolétariat mondial, une erreur qui ruine à jamais leur prétention à être des historiens!


Le discours de Motta contre l'adhésion de l'Urss devant la VIe commission de la Société de Nations, Genève le 17 septembre 1934

Journal de Genève du 18 septembre 1934

La position que le Conseil fédéral suisse a prise devant la demande d'admission présentée par l'Union des Républiques socialistes soviétiques est connue de tous. Critiquée par les uns, défendue par les autres, contraire à opinion de la grande majorité des autres délégations, contraire surtout aux desseins déclarés des trois grandes puissances ici présentes, l'attitude de la Confédération suisse doit être motivée et expliquée. Je tâcherai de le faire avec ce sens de la mesure et ce souci de la modération qui seuls garantissent aux arguments leur efficacité, mais je vous parlerai en même temps avec cette entière franchise que nous nous devons les uns aux autres.

La Suisse est le seul Etat qui soit entré dans la Société des Nations par la voie du plébiscite, c'est-à-dire par un vote de son peuple et de ses cantons. La lutte autour de cette question capitale fut une des plus disputées et des plus émouvantes de notre longue histoire. Le Gouvernement fédéral apporta dans la controverse tout le poids de son autorité et il fut suivi. Les fondateurs le la Société nous avaient témoigné leur confiance en désignant Genève comme siège de la nouvelle institution. Notre opinion publique a toujours été et reste sensible à ce grand honneur. Le fait d'être le pays du siège a eu, entre autres, ce résultat en somme heureux, de concentrer peut-être plus qu'ailleurs l'intérêt de notre opinion publique sur les travaux et l'activité de la Société des Nations. La proximité des choses en augmente presque toujours l'intérêt.

Nous avons été dès le début des partisans très déterminés de l'universalité. Nous l'avons montré par nos actes. Si je ne craignais de tomber dans une faute de goût, je me citerais moi-même en rappelant que, dans mon discours du 20 novembre 1920 (en réalité 15 novembre 1920) pour l'ouverture solennelle de la première Assemblée, je faisais une allusion directe à la Russie en souhaitant que, «guérie» un jour de «son ivresse» et «libérée de sa misère», elle demandât et trouvât dans la Société des Nations l'aide indispensable à sa reconstruction.

Le Gouvernement suisse, toujours animé de l'amitié la plus vive pour le peuple russe, n'a cependant jamais voulu reconnaître de jure son régime actuel. Il est résolu à rester sur sa position de refus et d'attente. Notre légation de Petrograd a été pillée en 1918, un de ses fonctionnaires, massacré. Nous n'avons jamais reçu un semblant d'excuse. Lorsque, en 1918, une tentative de grève générale faillit nous précipiter dans les affres de la guerre civile, une mission soviétique que nous avions tolérée à Berne du être expulsée manu militari, car elle avait trempé dans cette agitation.

Dès que l'on commença à parler, cette année, dans les milieux diplomatiques, de la possibilité que l'Union soviétique fût admise dans la Société des Nations, le Conseil fédéral fit connaître sans hésiter au Parlement qu'il n'aurait pas donné, pour sa part, une suite favorable à une telle demande. Un vote affirmatif aurait, en effet, entraîné en fait, si ce n'est en droit, la reprise des relations diplomatiques régulières. II n'en pouvait être question. Le Conseil fédéral, conformément à son devoir d'élémentaire prudence, réserva cependant à ce moment et pour aussi longtemps qu'une décision plus précise ne serait imposée, sa liberté de choisir entre un non catégorique et l'abstention, celle-ci n'étant par ailleurs, à son avis, qu'une forme atténuée de refus. Depuis lors et à mesure que les probabilités d'une demande d'admission se rapprochaient et augmentaient, notre opinion publique s'est saisie du problème posé avec une vigueur grandissante. Je vous expliquerai tout à l'heure pourquoi et comment cette opinion a réagi, mais je vous demande d'abord la permission de m'expliquer sur son sens et sur sa portée.

Notre opinion publique est toujours libre; elle est en même temps spontanée. La liberté de notre presse est entière. Le Conseil fédéral ignore l'institution de la presse officieuse. Pas de pressions, pas même de directives qui partent d'en haut. Nous possédons en même temps de très nombreuses associations patriotiques de tout ordre où l'esprit civique est cultivé et maintenu en éveil. Nous ne serions pas la démocratie que nous sommes s'il en était autrement. De cette démocratie nous sommes fiers; elle est une de nos raisons de vivre. Pas de démocratie, pas de Suisse. Si, par conséquent, dans une question importante, la presse et les associations patriotiques s'expriment à une très forte majorité en dehors des partis, des régions et des langues dans le même sens, cela signifie que nous nous trouvons en présence d'une volonté nationale clairement proclamée. Le gouvernement du pays doit en tenir compte. Il le doit d'autant plus si, entre son avis et celui de l'opinion publique, il y a concordance. Tel est notre cas.

Voici, si j'essaie de m'attacher à ses élément substantiels et si je néglige ceux qui me semblent secondaires, voici comment le problème de l'admission de l'URSS dans la Société des Nations se pose pour nous.

Un régime et un gouvernement dont la doctrine et la pratique d'État est le communisme militant et expansif, remplit-il les conditions nécessaires pour être admis parmi nous? Je ne m'arrête ni aux termes du Préambule, ni aux dispositions littérales de notre Pacte. Les arguments que je pourrais en tirer seraient très forts, mais ils demeurent secondaires si je les confronte avec les raison supérieures du Pacte, avec son but primordial, avec ce qu'il contient d'inexprimé parce que trop naturel et donc nécessairement supposé.

Ce communisme est dans chaque domaine - religieux, moral, social, politique, économique - la négation la plus radicale de toutes les idées qui sont notre substance et dont nous vivons. La plupart des États interdisent déjà la simple propagande communiste, tous la considèrent comme un crime d'État dès qu'elle cherche à passer du champ de la théorie à celui de l'action. Le communisme soviétique combat l'idée religieuse et la spiritualité sous toutes ses formes. Lénine a comparé la religion à l'opium. La liberté de conscience n'est plus qu'une apparence. Les serviteurs du culte et leurs familles sont privés des cartes alimentaires. Les temples sont désaffectés et tombent en ruines. Il y avait à Moscou cinq cents églises et chapelles; il en resterait encore quarante. Les Églises chrétiennes du monde entier se sentent frappées dans l'esprit et la chair de tous ceux qui, là-bas, clament et professent leur croyance dans le Christ. Une pétition qui s'appelle « des martyrs» a recueilli en Suisse, l'an dernier, plus de deux cent mille signatures.

Le communisme dissout la famille; il abolit les initiatives individuelles; il supprime la propriété privée; il organise le travail en des formes qu'il est difficile de distinguer du travail forcé. La Russie est visitée par le sombre fléau de la famine et les observateurs les plus impartiaux se posent la question de savoir si cette famine est un phénomène purement naturel ou s'il est la conséquence d'un système économique et social vicié dans ses racines. Mais ces caractéristiques du communisme, telles que j'essaie de les tracer objectivement, ne donneraient pas encore une idée suffisante du communisme russe. Il faut y ajouter un autre trait essentiel et saillant qui achève de le mettre en opposition avec un des principes les plus indispensables et universellement reconnus quant aux relations des Etats. Le communisme russe aspire à s'implanter partout. Son but est la révolution mondiale. Sa nature, ses aspirations, sa poussée le mènent à la propagande extérieure. Sa loi vitale est l'expansion qui déborde les frontières politiques. Si le communisme y renonce, il se renie lui-même; s'il demeure fidèle, il devient L'opportunisme, même le plus élevé et le plus légitime, nous est parfois défendu. Nous ne pouvons rivaliser avec les autres États que dans la recherche ardue de la grandeur morale.

Or, cette évolution du régime bolcheviste, que nous souhaitons avec vous, nous ne pouvons y croire. Nous ne pouvons sacrifier l'idée d'un minimum de conformisme moral et politique entre les États au principe de l'universalité. La Société des Nations est ou devait être, à nos yeux, une des choses les plus grandes que les hommes avaient imaginées et réalisées. Lorsque, le 16 mai 1920, le peuple et les cantons suisses, en surmontant tous les obstacles qui leur venaient de la tradition, décidèrent que la Confédération entrerait dans la Société des Nations, ils obéirent généreusement à l'appel de l'idéal.

Aujourd'hui, le sentiment commun de tous les Suisses qui se tiennent sur le terrain patriotique et national est que la Société des Nations tente une entreprise risquée. Elle ne craint pas de marier l'eau et le feu. Si la Russie soviétique cesse tout à coup d'injurier la Société des Nations, alors que Lénine l'avait définie comme une entreprise de brigandage, l'explication de sa nouvelle attitude s'inscrit dans les signes qui sillonnent le ciel de l'Extrême-Orient. Nous n'avons pas confiance. Nous ne pouvons pas coopérer dans l'acte qui conférera à la Russie soviétique un prestige qu'elle n'avait pas encore.

Mais les dés sont jetés. Alea jacta est. Nous préférons jouer le rôle de celui qui avertit et met en garde. Nous souhaitons que l'avenir nous accuse de méfiance exagérée. Nous comptons que tous les autres Etats nous aideront à empêcher que Genève puisse se transformer en un foyer de propagande dissolvante. Nous veillerons. Tel est notre devoir. Il nous suffit, en attendant, que la Russie soviétique n'aura pu entrer dans la Société des Nations à l'unanimité des voix, dans l'oubli de son passé et avec des couronnes triomphales. Lorsqu'elle aura été admise, le Conseil et l'Assemblée se trouveront devant plusieurs questions qui restent ouvertes. Les résolutions de l'Assemblée qui se rapportent à l'indépendance de la Géorgie ne s'endormiront pas dans la mort. L'Arménie, l'Ukraine, d'autres pays encore verront des hommes de coeur continuer à s'occuper d'eux. Il ne faudra pas dire: ces questions ne se poseront plus. Les sympathies du monde civilisé accompagnent les héros qui défendent leur vie et leur liberté. Ces questions ne sont donc pas atteintes par la prescription.

Et surtout, lorsque les délégués soviétiques se trouveront à Genève, nous espérons bien que des voix retentiront ici pour demander, au nom de la conscience humaine, des explications à leur Gouvernement. Ils dénonceront cette propagande antireligieuse qui ne connaît pas sa pareille dans les annales du genre humain et qui plonge dans le deuil et dans les larmes la chrétienté, avec tous les hommes qui croient en Dieu et invoquent sa justice.

J'ai terminé. J'ai essayé de faire entendre la voix de l'immense majorité des Suisses. Aucune intention chez nous de faire la leçon aux autres. J'ai tenu à parler librement. Si je ne l'avais pas fait, j'aurais été infidèle à la consigne qui est la mienne.

Il est à l'honneur de l'Assemblée que cette procédure d'admission pourtant si délicate se soit engagée et déroulée dans le calme et la sérénité. Le peuple suisse apprendra les décisions de votre majorité avec sang-froid et avec cette sage discipline démocratique qu'il tient de ses traditions séculaires.

Ndlr: Motta avait été informé par le Comité International de la Croix-Rouge d'une horrible famine, organisée et niée par le régime soviétique, touchant l'Ukraine orientale, le Donbass, la Basse-Volga, le Kouban, le Nord Caucase et le Kazakhstan.

Retour