L'Entente Internationale contre la IIIe Internationale
Recherches sur "Les gardes civiques en Suisse romande" oubliant, comme par hasard, les gardes rouges comme celle du PCS et stigmatisant Théodore Aubert « Une forme de défense sociale, Les Unions Civiques », Paris, extrait de Mercure de France, 1921.
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Les gardes civiques en Suisse romande
(Dossier de sources réalisés dans le cadre du séminaire de recherche «Les classes moyennes 1920-1950.
Approches politiques, socio-économiques et culturelles», UNIL 1999-2000)
Carola Togni
Les Gardes civiques en Suisse romande

Introduction : naissance et développement des gardes civiques
A la fin du 19e siècle, lors de la forte poussée des luttes ouvrières, des milices bourgeoises se
créent dans les grandes villes suisses . A Vevey, une garde civique est déjà organisée à partir
de 1907, après la grève des chocolatiers. Mais cest surtout au moment de la grève générale en
novembre 1918, et après celle-ci, que se développe véritablement le mouvement des gardes
civiques. En peu de temps, un dense réseau de formations paramilitaires se développe sur le
territoire helvétique. Certains historiens soutiennent lidée que les gardes civiques soient le
résultat dune réaction spontanée de citoyens face à la grève générale. Selon dautres,
limpulsion décisive vient des milieux dirigeants qui se préparent à la grève depuis plusieurs
mois. « Comme le montre la correspondance du général Ulrich Wille avec certains politiciens
bourgeois, on se prépare activement à déventuels troubles politiques déjà en novembre 1917.
Et pour ne citer quun seul autre exemple, plus de trois mois avant le déclenchement de la
grève générale elle-même, le Conseil Fédéral met sur pied en secret une commission spéciale
chargée dy faire face. Il se peut que quelques gardes civiques, notamment dans les très petites
villes, procèdent de laction spontanée de simples citoyens. Toutefois, les éléments à
disposition incitent à penser quil sagit là de lexception plutôt que de la règle. Dans la
plupart des cas, la naissance des gardes civiques résulte de démarches réfléchies et préparées
den haut. »
1
Dans une circulaire datée du 17 décembre 1918, le Conseil dEtat du canton de Vaud expose
que la situation en Suisse est incertaine et recommande aux communes la création de gardes
civiques. Suite à cette lettre, le Conseil communal de Lausanne débat de la question, et malgré
lopposition des socialistes, le règlement instituant la garde civique est accepté. Il sagit dun
service volontaire placé sous les ordres dun commandant nommé par la Municipalité, qui a le
pouvoir de recruter des hommes armés de cannes. Dautres villes vaudoises suivent ces
exemple : une garde civique est institué à Montreux et à Yverdon une garde civique est
organisé par la section de lUnion civique patriotique. A Genève, les premiers pas concrets
sont entrepris au tout début du mois de novembre et débouchent sur la création dune garde
plusieurs jours avant le commencement de la grève générale. Lorganisation sera incorporée
et gérée par lUnion civique suisse de Genève, fondée par Aubert Théodore. A La Chaux-de-
Fonds, la décision de créer une garde civique est formellement prise la veille du
déclenchement de la grève générale, lors dune rencontre entre le gouvernement cantonal et
le syndicat patronal des producteurs de la montre. Lobjectif de ces gardes civiques est « de
renforcer la police locale pour le maintien de lordre public ».
2
Cestà-dire sopposer à tout mouvement de contestation et de remise en discussion de lordre établi, comme le dit plus
explicitement le conseiller communal de Lausanne, M. Mercanton : « La classe ouvrière nous accuse de préparer une garde jaune, de créer des équipes de briseurs de grève. Oui, il faut lavouer carrément nous serons des briseurs de grève si lintérêt de la communauté lexige !»
3
Moins explicites sont les informations concernant les moyens que se donnent ces gardes, surtout au niveau de larmement. Les règlements des communes prévoient uniquement
1
Sébastien Guex, A propos des gardes civiques et de leur financement à lissue de la Première Guerre mondiale, in: Jean Batou, Mauro Cerutti, Charles Heimberg, Pour une histoire des gens sans histoire, Ouvriers, exclues et rebelles en Suisse 19e-20e siècle, ed. den bas, Lausanne 1995, p. 256
2
Circulaire du Conseil dEtat vaudois aux municipalités, 17 déc. 1918. (AVVevey, Dossier police 51.03)
3
Conseil communal de Lausanne, séance du mardi 29 avril 1919, p. 293
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lutilisation de cannes, dans celui de Lausanne il est explicité quils ne peuvent pas avoir des
armes à feu. Mais les socialistes dénoncent un armement bien plus important.
En ce qui concerne la participation : à Lausanne, selon une lettre du comandant de corps du
6
janvier 1919
, la garde civique est composée de 1200 hommes.
4
En mars 1919, la Garde civique
de Vevey en compte 350,
5
et à la Chaux-de-Fond on compte 500 membres. A Genève,
plusieurs centaines de combattants sont recrutés principalement parmi les sociétés de
gymnastique et les étudiants .
6
Dans les mois suivant la grève générale, les gardes civiques, qui existent dans presque toutes
les localités de quelque importance, se coordonnent sur le plan national : le 5 avril 1919, la
Fédération Patriotique Suisse est fondée, avec Bircher à sa tête. Le but est de constituer un
réseau de gardes civiques et de mouvements réactionnaires. Théodore Aubert est chargé de
prendre contact avec deux autres associations patriotiques, la Ligue Nationale Suisse et
lUnion Patriotique Vaudoise, en vue dune collaboration.
Cest à loccasion de la grève des typographes à Lausanne et de la menace dune nouvelle
grève générale, que se forme en novembre 1922, un groupe de combattants. Le mois suivant
la Ligue Nationale Suisse est fondée.
7
Férocement anticommuniste, la Ligue soppose à tout
«fauteur de désordre, contre toute manifestation, quelle quelle soit, qui tendrait à diviser les
citoyens » et se propose de ne plus permettre « le renouvellement des honteux pourparlers de
1918 ».
8
Les sections de Lausanne et de Genève vont répondre à lappel de Théodore Aubert
et adhérer à la Fédération patriotique suisse.
La séance constitutive dune Union Patriotique Vaudoise est annoncée pour le 4 février 1923
par un comité dinitiative présidé par un colonel Rodolphe Rubattel, le conseiller national
Paul Maillefer y prennent la parole ainsi que Théodore Aubert qui parle du mouvement des
gardes civiques. Mais lUPV se révèlera incapable de créer une véritable union des sociétés
patriotiques locales. Une véritable Association Patriotique Vaudoise sera fondée le 24 février
1932 à Lausanne. Le marasme économique et les succès de la gauche vont contribuer au
succès de lAssociation.
Problématique : les gardes civiques, une tentative dencadrement social?
Les gardes civiques naissent en réaction aux manifestations du mouvement ouvrier. Tout est
fait pour alimenter dans la population suisse la peur de désordres, voir dune révolution
socialiste. Ces mouvements de gardes civiques sopposent aux intérêts de la classe ouvrière,
mais tout est fait pour nier cette opposition. Ces mouvements prétendent représenter toute la
population, sans distinction de classes, contre les extrémistes bolchevistes et pour la défense
de la Patrie. Dans son article Roland Bütikofer affirme que « la LNS apparaît comme une
expression de la petite bourgeoisie menacée par la crise qui propose une alliance bourgeoise
nationale contre le socialisme ». Dans quelle mesure la Ligue, et plus généralement tous ces
mouvements sont une « expression » de la petite bourgeoisie, dune classe moyenne qui donc
se définirait en opposition au mouvement ouvrier ? Ne sagit-t-il pas plutôt dun tentative de
la part des dirigeants politiques et des classes plus aisées, de sallier ces couches de la
population dans un élan patriotique. Dresser ainsi cette petite et moyenne bourgeoise,
particulièrement touchée par la guerre, contre le mouvement ouvrier et en défense à lordre
4
AVL, Corps de police, code 129, Années 1913-1918, cartable 2
5
Lettre du commandant de la garde de Vevey du 4. 8. 1919 à la Municipalité, (AVV) Dossier police 51.03
6
Sébastien Guex, op.cit.
7
Extrait du Procès-Verbal de lAssemblée générale de la LNS du 27 octobre 1927, Le Ligueur, organe officiel
de la Ligue nationale suisse, 10 Novembre 1923
8
« La Ligue Nationale, Le Ligueur, 13 juillet 1923
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établi. En même temps cela contribue à construire une identité à ces couches sociales. Une
identité qui se définit par opposition au mouvement ouvrier, et qui se base sur une défense des
valeurs patriotiques contre le socialisme et le grand capitale.
Il faut donc sinterrogés sur lorigine de ces organisations, sur qui participe à leur création,
quel est le public visé et qui répond à leur appel. Ces questions sont aussi liées aux objectifs et
aux activités de ces mouvements. Enfin se demander sil y a une volonté dencadrer la
population en créant des ligues, des associations hors partis. Encadrement qui permettrait de
contrôler ces couches, de leur donner une identité en opposition à celle du mouvement
ouvrier.
Démarche
Pour mon séminaire je me suis surtout concentrée sur les gardes civiques dans le canton de
Vaud, en partant de la circulaire que le Conseil dEtat envoie à toute les municipalités pour les
encourager à constituer une garde civique. La recherche dans les archives des villes de
Lausanne, Vevey, Montreux à montré que dans les trois villes il y a bien institution de gardes
civiques. Les discussions au sein des conseils communaux, ainsi que la correspondance de
ladministration, donnent plusieurs informations sur la création, les buts et le fonctionnement
de ces gardes. La correspondance avec dautres villes donne aussi des informations sur
dautres localités, et ouvre dautres pistes de recherche. A la Bibliothèque nationale jai aussi
trouvé le règlement de la garde civique
organisée au sein de lUnion civique suisse de Genève.
Dautres documents ont permis délargir la réflexion sur les gardes civiques au-delà de ces
trois villes vaudoises. Par exemple, la lettre de lUnion Civique Suisse de Genève et
lassociation patriotique argovienne, que jai trouvé dans les archives de Vevey, témoigne
dun tentative de regrouper tous ces associations patriotiques et ligues au niveau national.
La lecture du Ligueur, organe officiel de la Ligue Nationale, fourni plusieurs informations
concernant les positions idéologiques et les buts déclarés de cette organisation, qui est allié au
groupe de combattants. Ces mêmes positions anticommunisme, critique du mouvement
ouvrier, patriotisme,
- se retrouvent dans plusieurs autres documents de lépoque
concernant les gardes civiques, ainsi que dans louvrage de Théodore Aubert « Une forme de
défense sociale, Les Unions Civiques », Paris, extrait de Mercure de France, 1921.
SOURCES
1. Circulaire du Conseil dEtat du Canton de Vaud à Messieurs les Préfets et, par eux,
aux Municipalités du Canton, 17 déc. 1918. (Arch. Ville de Vevey, Dossier police 51.03)
Messieurs,
La situation politique actuelle, en Suisse, et les événements futurs incertains exigent qu les
autorités communales prennent, sans retard, des mesures de nature à parer aux menaces des
fauteurs de désordres qui semblent vouloir persévérer dans la voie de la démagogie et de
lillégalité.
Dans plusieurs localités du canton des « gardes civiques » se sont déjà constituées. Les gardes
civiques sont prévues au chapitre 3, article 17 c, de la loi du 18 mai 1876 sur les attributions et
la compétence des autorités communales. Le Conseil dEtat en recommande vivement
linstitution dans toutes les communes importantes.
Réunissant tous les citoyens suisses de bonne volonté, dont la conduite et la moralité inspirent
confiance, sans distinction dopinion politique et fermement résolus à protéger et à défendre
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nos libertés et nos institutions démocratiques, les gardes civiques, si lon veut quelles
puissent rendre les services quon est en droit dattendre delles, doivent être organisées sur
une base simple et pratique ; elles devront comprendre les éléments suivants :
1° La garde civique proprement dite, qui revient la mission, en cas de besoin, de renforcer
la police locale pour le maintien de lordre public. (
) Pour lorganisation plus complète
(signes distinctif, armement, etc.) nous renvoyons au règlement de la garde civique de
Vevey).
2° Des groupes spéciaux ayant chacun une mission spéciale déterminée, en cas de cessation
générale du travail ; ces groupes, dont le noyau sera formé de spécialistes, devront pouvoir
assurer, avec laide de citoyen qualifiés et des ouvriers non grévistes :
a)La publication dun ou de plusieurs journaux quotidiens ;
b)le fonctionnement des services publics (eau, gaz, électricité, tramways).
c)le service de liaison à lintérieur des localités et avec lextérieur (pas cycles motocycles,
etc.)
d)le service du ravitaillement et de distribution des vivres.
(
) Au nom du Conseil dEtat :Le président,
A. Thélin
Le Chancelier,
G. Addor
Lausanne
Archives de la ville de Lausanne (AVL)
Bulletin du Conseil communal de Lausanne, 1919, 1
AVLP 201
3.682
Suite à la circulaire du Conseil dEtat rapportée plus haut, le Conseil communal de Lausanne débat de
la question dès le mois de février. Il sagit d'institutionnaliser une garde déjà existante, qui sétait crée
après la grève générale. Après plusieurs séances de discussion, et malgré lopposition des socialistes,
le règlement instituant la garde civique est accepté. Toutefois, cette opposition socialiste fait naître des
débats intéressants au sein du Conseil communal, obligeant les défenseurs de la garde à répondre à
plusieurs questions sur le fonctionnement et les buts de cette organisation.
2. Séance du mardi 25 mars 1919, p. 180
M. Gorgerat, rapporteur. (
) La garde civique, comme le relève très justement le préavis
municipal, doit être composée de tous les citoyens, à quelque classe de la population quils
appartiennent et quelles que soient leurs opinions politiques. Ce ne doit être ni la « garde
rouge » ni la « garde blanche », mais la garde lausannoise, ou si vous me permettez ce mot
« la garde rouge et blanche ». En outre, plusieurs membres de la Commission ont insisté sur le
fait que cette garde bien que devant être militairement disciplinée, doit conserver le caractère
de « garde bourgeoise », cest-à-dire civile. Et ce sentiment doit être exprimé pour marquer
précisément le caractère démocratique et populaire de cette institution communale.
3. Séance du mardi 15 avril 1919, p. 255
M. Ch. Jaton, rapporteur. (
) Jestime que nous navons pas besoin dune garde civique,
la police communale est la police cantonale étant suffisantes pour maintenir lordre, si
désordre il y a, ce qui nest pas à prévoir. (
) Il est certain que cette institution est une
véritable organisation de jaunes ou pour mieux dire de briseurs de grève, et pour laquelle, en
qualité de représentant des travailleurs dans cette salle, je ne pourrai jamais souscrire.
On nous parle de garde rouge et blanche et on fait appel à toutes les bonnes volontés sans
distinction dopinion et de partis ; on veut organiser une armée de citoyens contre la classe
travailleuse et on demanderait à cette même classe de collaborer à cette organisation ; non,
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Messieurs, ce nest pas possible. On parle encore de bonne entente ; seulement, il me semble
quon fait juste le contraire et que lon creuse encore plus profond le fossé qui existe déjà
entre les différentes classes de la population. Le meilleur moyen quil a aurait pour avoir la
bonne entente et pour éviter des troubles, ce serait de pratiquer la justice à légard de la classe
laborieuse. (
)
M. F. Ribi. (
) Larmistice est signé; depuis plus de six mois, larmée est démobilisée, il
ny a plus de danger dinvasion. La garde civique est donc dirigée contre un ennemi intérieur.
Mais qui est-il cet ennemi intérieur imaginaire ? Est-ce la classe laborieuse qui, pendant ce 4 _
ans a dû supporter des privations et qui ne sest livrée quà des revendications justifiées.
4. Séance du mardi 29 avril 1919, p. 293
M. Masson.- (
) Depuis la dernière séance nous avons pu nous renseigner et nous avons
appris bien des choses. Tout dabord la garde civique na pas attendu davoir une consécration
officielle pour, tout de suite, non pas entrer en fonctions, mais sorganiser, user de nos
édifices publics pour y donner des cours. Et savez-vous ce qui sest passé, ce quon enseigne
dans ces cours ?Non pas à maintenir lordre, à prendre des mesures pour assurer les services
publics, le service de la presse, le service des tramways et dautres services, mais on pourrait
presque dire quon y enseigne lassassinat (Rires, bravos à lextrême gauche, protestations
sur les autres bancs). Cest exact, messieurs. Sans que MM. Les dirigeants de la garde civique
laient voulu, des circulaires confidentielles sont tombées entre nos mains. (
) Nous savons
quel est le genre dexercices quy enseigne MM. Huguenin et Cherpillod : ce nest pas autre
chose que le bâton et le jiu-jitsu. (
)
M. Méan.- (
) Je me suis occupé de la garde civique dès le début ; or ce qui ma frappé cest
précisément le fait que toutes les classes de la population ont senti le besoin de faire front
contre le désordre, il est dès lors faux de prétendre ici que la garde civique est organisée
contre la classe ouvrière. Je voudrait que nos collègues de lextrême gauche jettent un coup
dil sur la liste des personnes qui dès le début se sont fait inscrire dans la garde civique ; ils
pourraient constater que de nombreux ouvriers ont demandé den faire partie. (Protestations
sur les bancs de lextrême gauche : Ah non !) Jai les noms. (A lextrême gauche : Donnez-
les.) Sil y a violence la garde civique sera mobilisée. M. Rosselet dit : Et la grève
Si la
grève générale éclate à nouveau, voulez-vous refuser à ceux qui veulent travailler pour vivre
le droit de le faire !(
)
M. Mercanton.- (
) La classe ouvrière nous accuse de préparer une garde jaune, de créer
des équipes de briseurs de grève. Oui, il faut lavouer carrément (A lextrême gauche : Ah, ah,
(
) nous serons des briseurs de grève si lintérêt de la communauté lexige ! Du reste il
faudrait être peu malin pour ne pas vouloir le reconnaître. (
) Je ne pourrai jamais admettre
la grève des services publics. Cest pourquoi, soyez sûrs dautre part que nous ne nous
immiscerons jamais dans un grève privée.(
)
5. Séance du mardi 13 mai 1919, p. 336
Lettre du personnel des Tramways lausannois au Conseil communal de Lausanne
Lausanne, le 12 mai 1919
Messieurs,
Avant que le règlement instituant une garde civique soit définitivement adopté,
permettez-nous, Messieurs, de venir attirer votre attention sur limportance, les conséquences
quaurait pour nous la mesure que vous allez prendre à légard des ouvriers et employés des
services publics, en faisant intervenir la garde civique dans les conflits purement
professionnels. Vous tenez de nous enlever par ce moyen notre dernière ressource pour faire
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admettre par notre administration nos revendications les plus légitimes, ou faire rapporter des
mesures injustes ou des abus de pouvoir, nous serions alors livrés sans aucun moyen de
défense au bon plaisir et même à larbitre de nos patrons. (...)
Au nom du Syndicat du personnel T.L.,
Le président Ch. Husson
Le Secrétaire R. Henry
AVL ; Corps de police, code 129 ; Années 1913-1918, cartable 2; Gardes civiques
6. Règlement de la garde civique de la Commune de Lausanne
Après une longue discussion sur lentrée en matière, le règlement est discuté pendant plusieurs
séances. Les socialistes nobtiennent que deux concessions : linterdiction pour la garde civique
dintervenir pendant une grève, sil ny a pas de désordre, et linterdiction dutiliser des armes à feu.
Les discussions portent aussi sur la nécessité de la publication dune feuille officielle et sur lâge
nécessaire pour entrer dans la garde. Le Conseil communal approuve le règlement lors de la séance du
13 mai 1919. Le Conseil dEtat lapprouve aussi, à lexception de larticle 14, que jai mis entre
parenthèses.
Article premier. Une garde civique, composée de citoyens suisses, domiciliés à Lausanne,
est créée dans la Commune.
Art. 2. Le service de la garde civique est volontaire et gratuit.
Art. 3. La garde civique a pour but :
a) de prêter au besoin et en cas durgence, main-forte aux polices cantonales et communales,
en vue du maintien de lordre public. La garde civique ne pourra en aucun cas intervenir
dans une grève, sil ny a pas de désordre (services publics exceptés).
b) dexécuter conjointement avec la police des missions spéciales, tendant à assurer
notamment :
1. La publication dune feuille officielle dinformation.
2. Le fonctionnement des services publics (eaux, gaz, électricité, tramways).
3. Le service de liaison à lintérieur de la ville et avec lextérieur (par cycles, motocycles,
etc.).
4. Le service du ravitaillement et de distribution des vivres.
Art. 4. Elle est placée sous les ordres de la Municipalité de Lausanne, qui décide de sa mise
sur pied et de son licenciement.
Art. 5. La garde civique est sous lautorité dun commandant qui sadjoint les sous-ordres
nécessaires pour son bon fonctionnement. Le Commandant est nommé par la Municipalité.
Art. 6. Les citoyens disposés à faire partie de la garde civique doivent être âgés de 18 ans
révolus ; ils sannoncent par écrit au commandant, le bureau décide de leur admission ; ils
signent alors un acte dengagement, qui est contresigné par les parents ou tuteurs en cas de
minorité. Toutefois les mineurs ne peuvent être employés à des tâches de police.
Art. 7. - Les hommes engagés figurent sur le contrôle de la compagnie à laquelle ils
appartiennent et sengagent par leur signature :
a) à se conformer strictement aux règlement et aux ordres des chefs de la garde civique.
b) à se présenter à toute convocation du chef ou de son remplaçant, ou à tout autre signal
dalarme.
Art. 8. Tout garde porte dans lexercice de ses fonctions le brassard fourni par le chef de
compagnie et comme arme une forte canne fournie par la garde. Dans lexercice de leurs
fonctions, les gardes civiques nont pas le droit de porter dautres armes, des armes à feu en
particulier. Il est strictement interdit de porter le brassard en dehors des cas de mise sur pied
partielle ou totale de la garde civique.
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Art. 9. Toute démission doit être donnée par écrit au Commandant de la garde, au moins 15
jours à lavance.
Art. 10. Le bureau de la garde civique peut prononcer lexclusion de la garde de tout homme
dont la conduite ou la tenue dans le service de garde ou dans sa vie ordinaire, seraient
incompatibles avec ses fonctions, ainsi quen cas dabsences répétées.
Art. 11. Les absences non justifiées et les fautes de disciplines seront déférées à la
Municipalité qui prononce dans sa compétence.
Art. 12. La Municipalité est autorisée à engager les frais nécessités par le fonctionnement de
la garde civique, notamment pour la nourriture et le logement en cas de service prolongé.
Art. 13. Le bureau de la garde civique est autorisé à prescrire, dans les limites ci-dessus, un
règlement de service pour la garde civique.
(Art. 14. Dès que la situation est assez grave pour justifier la levée de la garde civique, les
débits de boissons alcooliques seront fermés ipso facto.)
7. Lettre du commandant Baumann à la Municipalité, le 15. 7. 1919
Nous avons appris par la voie des journaux, que de nombreuses modifications avaient été
apportées à ce règlement, entre autre la suppression du recrutement des jeunes gens de 18 à 20
ans (diminution : 400 hommes environ), et la limitation de larmement à une simple canne.
(
) Larmement dune seule canne ne nous paraissant pas suffisant, nous aurions désiré
remettre à nos gardes une matraque, comme sont déjà armés plusieurs gardes civiques du
Canton.
8. Lettre de loffice central de lUnion des Villes suisses aux membres, du 17 déc. 1918
Union des villes suisses : constituée en novembre 1897, elle regroupe les représentants de tous les
chefs-lieux cantonaux, ainsi que des villes comptant plus de 10000 habitants. Selon les statuts, le but
de lassociation est de sauvegarder les intérêts communs ; assistance aux villes lors de requêtes aux
autorités ; mesures propres à faciliter les relations réciproques ; traitement de questions concernant les
administrations municipales. En 1919 G. von Schulthess occupe le poste de secrétaire, le président est
P. Maillefer. («1897 1972 Union des villes suisses », BN, V Schweiz, Nbq 4667)
Messieurs,
Une des conséquences de la grève générale fut la création de gardes civiques dans la plupart
des villes suisses. Nous attachons une grande importance à connaître lopinion de nos villes à
ce sujet délicat et désirons particulièrement savoir quelle part elles ont prise à la formation de
ces gardes. Cest pourquoi nous vous prions de répondre au questionnaire ci-après :
1. Sest-il formé chez vous ensuite de la grève générale une organisation ayant le caractère
dune garde civique ? Etait-elle prévue dans un des règlement de votre municipalité ou
dans la loi sur les communes ? Peut-être en relation avec lorganisation des pompiers ?
2. Quel est son but ? Comment est-elle organisée ? (
)
3. Doù est partie linitiative ? Sont-ce les autorités communales qui ont donné cette idée ?
Lont-elles seulement appuyée moralement ? Sagit-il dune initiative purement privée ?
4. Avez-vous depuis la création de la garde civique de votre ville pris des mesures
quelconques, en sorte quelle puisse être considérée comme institution officielle. (
)
5. Quelle sera au moment opportun la tâche de votre garde civique ? Pensez-vous lui confier
le soin de maintenir en activité des entreprises publiques, ou la munir contre les tentatives
des grévistes de compétences de force armée ?
6. Les inscriptions pour la garde civique ont-elles été nombreuses dans votre ville ?
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7. Constate-t-on une vigoureuses opposition à cette nouvelle institution ? Doù vient-elle et
quels sont les arguments ?
8. Quelles mesures pensez-vous prendre pour empêcher que la mobilisation de la garde
civique, en cas de nécessité, ne soit considérée par lopposition comme une provocation,
ce qui ne ferait que creuser plus profondément encore labîme entre les diverses classes de
la population ?
Office central de lUnion des villes suisses : Dr. G. de Schulthess
Dans les archives des villes de Lausanne et de Vevey se trouvent des lettres de réponse à ce
questionnaire, mais elles ne nous fournissent pas plus dinformations que celles que nous avons déjà
dans les autres sources du dossier. Pour Lausanne la réponse datant de janvier 1919 est incomplète,
puisque la discussion en conseil communal na pas encore commencée. Il y a quand même deux
éléments intéressants : au point 3 on répond que « La formation de cette garde est due à linitiative de
quelques citoyens, avec lappui de lautorité » ; on dit que le nombre des inscriptions a répondu à
lattente des organisateurs. Enfin, on affirme quil ny a aucune opposition à la création de cette garde,
évidemment les discussion au conseil communal ne sont pas encore débutées. (Lettre de la direction de
police de Lausanne à loffice centrale de lUnion des Villes suisses , 23 janv. 1919, AVL ;Corps de
police, code 129 ; Années 1913-1918)
Vevey
A Vevey le règlement de la garde civique date de 1907, je ne rapporte ici que quelques extraits, vu la
similitude avec le règlement de Lausanne. Dans les archives de la ville un dossier sur les gardes
civiques contient des correspondances et autre matériel intéressant concernant les gardes civiques à
partir de 1907 jusquen 1923. Par contre, je nai trouvé aucune allusion aux gardes civiques dans les
procès verbaux du conseil communal.
Archives Ville de Vevey (AVV) ; Dossier police 51.03 -garde civique 1907-1920
9. Règlement de la garde civique de la commune de Vevey
Art.2.- Cette garde civique est organisée pour prêter, au besoin et en cas durgence, main-forte
à la police en vue du maintien de lordre public. Elle est placée sous les ordres de la
Municipalité (Loi 1876, art. 17) qui décide de sa mise sur pied et de son licenciement.
Art. 3.- La Garde civique est commandée par un officier auquel est adjoint létat-major
nécessaire. Le commandant et son état-major sont nommés par la Municipalité.
Art. 4.- Leffectif de la Garde civique est fixé par la Municipalité. Les citoyens disposés à en
faire partie sinscrivent après du commandant. LEtat-major réuni décide de leur admission.
Les recrutés sont inscrits sur un registre de contrôle et signent lengagement de répondre au
premier appel, de se conformer strictement aux règlements et aux ordres des chefs de la Garde
et dobserver une discipline et une conduite irréprochables.
Art. 7.- Tout garde porte comme insigne distinctif un brassard et, comme arme, une canne.
Brassard et canne sont fournis par la Commune. Il est strictement interdit de les porter en
dehors des cas de mise sur pied de tout ou partie de la Garde civique.
Art. 8.- les absences non justifiées et les fautes de discipline sont déférées à la Municipalité
qui prononce, dans sa compétence, une amende pouvant lélever à 12 francs, et à 18 francs en
cas de récidive. (Lois 1876 et 1896) Sans préjudice des peines qui précèdent, la Municipalité
peut prononcer lexclusion de la Garde civique, sur préavis de létat-major, de tout garde dont
la conduite ou la tenue dans la vie ordinaire ou dans le service de la Garde serait incompatible
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Approches politiques, socio-économiques et culturelles», UNIL 1999-2000)
avec ses fonctions. Cette exclusion peut être aussi prononcée en cas dabsence ou de fautes de
discipline répétées.
10. Règlement de service de la garde civique de Vevey (dans le livret de la garde civique)
Article premier.- La Garde civique doit, par sa tenue, inspirer le respect et la confiance.
Art. 2.- Le garde doit une obéissance absolue à ses chef.
Art. 3.- Il ne se servira de son arme que sur ordre ou en cas de légitime défense.
Art. 4.- La Garde civique est alarmée par carte ou, en cas durgence, pas une sonnerie des
cloches de la place Orientale, de St Jean et de la Grenette. Ce signal est donné par six coups
consécutifs répétés plusieurs fois.
Art. 5.- Les hommes doivent se présenter au lieu de réunion de leur compagnie, munis de leur
canne et du brassard. La feuille de présence est immédiatement établie par les chefs de
compagnie. (
)
11. Lettre de recrutement pour la garde civique signée par le commandant Maillard
Cher concitoyen,
Vu les événements qui se sont passés ces temps derniers et le mouvement bolchevique qui ne
paraît pas être arrêté, des gardes civiques ont été organisées un peu partout en Suisse, pour le
maintien de lordre public.
Depuis 1907, une garde civique existe à Vevey. Tous les citoyens partisans de lordre, doyens
et jeunes, incorporés dans larmée ou non, devraient y faire partie.
Nous attirons votre attention sur les deux cas qui pourraient très probablement se présenter et
qui demanderaient votre concours :
1° En cas de désordres régionaux, alors que larmée ne sera pas mobilisée, les citoyens-
soldats, comme les civils, voudront apporter leur concours aux autorités.
2° En cas de désordres dans lensemble du pays, la collaboration de tous les bons citoyens,
non mobilisables, sera nécessaire aux autorités, avant, pendant et après la mise sur pied de
larmée.
En faisant une révision du contrôle de la garde civique, nous avons remarqué que votre nom
ny figure pas encore !
Nous vous invitons donc, Monsieur et cher citoyen, à bien vouloir remplir le bulletin
dinscription ci-dessous et à le retourner de suite au Commandant de la garde
Garde civique de Vevey, le commandant Gustave Maillard
12. Lettre du commandant à la Municipalité de Vevey, datée du 7 février 1919
Par un récent recrutement, leffectif de la garde civique sélève à 350 hs. dont la moitié
seulement est armée de matraque et comme cet instrument ne peut se fabriquer actuellement,
il a lieu de se préoccuper de son remplacement. Jattire donc lattention de la Municipalité sur
larmement incomplet de sa garde civique.
13. Lettre de lentreprise H. & R. Matter de Lausanne, à la Municipalité de Vevey , 2
juin 1919
Monsieur le Syndic,
Ayant fabriqué pour diverses communes des cannes spéciales pour les gardes civiques, nous
pensons que cela pourrait vous intéresser et nous permettons, par la présente, de vous les
offrir. Nous sommes à votre disposition pour vous soumettre des échantillons.
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Montreux
Aux archives de la ville de Montreux, je me suis limitée à consulter les procès verbaux du conseil
communal pour voir si on faisait allusion à la création dune garde civique, suite à la grève générale et
à la circulaire du Conseil dEtat. Dans la commune de Châtelard-Montreux, comme dans celle de
Planche, il y a effectivement création dune garde civique. Des recherches plus approfondies seraient
nécessaires pour avoir plus de détails sur sa mise en place effective, sur son fonctionnement et ses
activités. Le vu de M. Rumpf, en mai 1920, laisse supposer que cette garde na pas eu une réelle
activité du moins jusquà cette date. Je ne rapporte que les sources concernant Châtelard-Montreux,
pour Planche cest la même procédure.
Archives de la ville de Montreux (AVM)
Protais verbaux du Conseil communal du Châtelard-Montreux, 1915-1921 ; B 12
14. Séance du 13 mars 1919 ; Préavis. Organisation dune garde civique, p. 152-154
La municipalité présente un préavis tendant à lorganisation dune garde civique et à la
réglementation de ce nouveau corps. Afin den réaliser la mise en vigueur elle demande
lurgence. Celle-Ci est admise par le Conseil. Le préavis est renvoyé à lexamen dune
commission chargée de rapporter dans cette séance.
(
)
M. Albert Pueuzieux rapporte au nom de la commission chargée de lexamen du préavis de la
municipalité et du projet de règlement pour cette garde civique. La commission conclut en
proposant au conseil communal ladoption de lorganisation dune garde civique avec les trois
vux suivants :
1
er
vu : que chaque garde civique soit mis en possession dun brassard et dune carte
didentité qui seront remis a domicile sitôt leur incorporation admise, pour éviter tout retard
sur la place de rassemblement dans lorganisation.
2
ème
vu : quil soit procédé à létude dune assurance de chaque garde en cas de maladie
accident ou mort contracté dans laccomplissement de leurs fonctions.
3
ème
vu : la commission estime que la rétribution de chaque garde simpose pour permettre à
chaque citoyens de remplir ses fonctions sans quil en résulte pour lui un trop grand préjudice
financier, attendu quil sagit de la garde des biens de la communauté.
Lorganisation dune garde civique est votée à lunanimité. Les vux 1 et 2 de la commission
sont admis à une grande majorité tandis qu le 3
ème
est écarté pour 21 voix contre 8.
15. Séance du 24 mai 1920 ; p.225
Vu individuel :M. Edouard Rumpf dépose le vu qui ai-après : « La Municipalité est invitée
à activer lorganisation de la Garde civique dont la création a été votée le 13 mars 1919. »
Monsieur le syndic rappelle que tout ce qui concerne lorganisation de la Garde civique a été
confié à un Etat major à qui la Municipalité transmettra ce vu.
Genève
16. Union civique suisse (BN; V Schweiz, 3192)
Garde civique carte de légitimation - Règlement
Une assemblée convoquée par le Club alpin et Théodore Aubert, eut lieu le 7 novembre 1918, elle
groupait une centaine de représentants de diverses sociétés genevoises, tireurs, gymnastes, associations
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savantes et artistiques, étudiants, carabiniers, délégués de travailleurs. Cest là la naissance de lUnion
civique genevoise et de ses gardes civiques. Lécrivain Gonzague de Reynold, alors président de la
« Nouvelle Société Helvétique », prétend (Mes mémoires, Genève 1963, tome III, p. 340) avoir été
linspirateur de la création des Unions civiques de Genève et du reste de la Suisse. Le témoignage de
Aubert , en revanche, semble confirmer la « spontanéité » de cette création.
(Mauro Cerutti, « Le mouvement ouvrier genevois durant la première guerre mondiale et la grève
générale », in: Vuilleumier,
., La Grève générale de 1918 en Suisse, p. 175)
Article premier.- La Garde civique est organisé dans le sein de lUnion civique suisse de
Genève. Sa tâche est de prêter main-forte aux Autorité régulières (Conseil dEtat, maires,
Commandant de place, police, etc.) en vue du maintien de la légalité, de lordre et de la
sécurité publics (calamités publiques) et de prêter assistance sur demande autre services
auxiliaires économiques de lU.C.S. (
)
Art. 2.- Les organes directement sont : le Comité, la Commission exécutive de la Garde
civique, les chefs de secteurs, de sous-secteurs, de postes, de patrouilles.
(
)
17. Appel de lUnion Civique Suisse de Genève et lassociation patriotique argovienne,
pour la créations dun faisceau fédéral des ligues, associations, unions gardes civiques et
patriotiques existants en Suisse, mars 1919 (AVV, Dossier police 51.03)
Messieurs et chers Confédérés,
Sur la demande de lUnion civique suisse de Genève, lAssociation patriotique argovienne a
bien voulu prendre en mains, dès lautomne 1918, lorganisation préliminaire du faisceau
fédéral des ligues, associations, unions gardes civiques et patriotiques existant dans notre
pays. La formation de ce faisceau était proposée par le Comité Central du Club Alpin Suisse
dans son appel de novembre 1918-
Lassociation Patriotique argovienne et lUnion Civique Suisse de Genève sont entrées en
rapport par correspondance avec les groupements ci-dessus mentionnés ; déjà de nombreux et
utiles renseignements ont été échangés et lon a pu se rendre compte quen face des dangers
de lheure actuelle, une grande uvre civique sélaborait dan nos Cantons. Nous désirons
maintenant consolider ces rapports cordiaux en suivant lantique tradition des Diètes
helvétiques ; nous en exclurons toutefois les controverses politiques.
Nous vous prions donc instamment de députer un ou plusieurs représentants de votre
groupement à lassemblée des délégués qui aura lieu à Olten le samedi 5 avril (
).
Voici lordre du jour de lassemblée des délégués :
-Constitution définitive du faisceau fédéral.
-Détermination de ses principes, des buts quil poursuit et de ses moyens daction.
-Désignation du Vorort
-Discussion et votation sur le projet de Statut
-Assurance des Gardes Civiques
Au nom de lUnion Civique argovienne:
Dr. Bircher, Fricken, Heiniger, Schäfer, Steiner
Au nom de lUnion Civique Suisse de Genève :
Le président : A. Benoud, le vice-
président : Th. Aubert, Francis Meylan, G. A. Müller
Cette démarche donnera naissance le 5 avril 1919, à la Fédération patriotique suisse (FPS), avec
Bircher à sa tête. La FPS, qui a son centre à Aarau, a lambition de devenir la branche faîtière de toutes
les principales associations cantonales. Théodore Aubert est chargé de prendre contact avec la Ligue
nationale et lUnion patriotique vaudoise en vue dune collaboration.
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18. Théodore Aubert, « Une forme de défense sociale, Les Unions Civiques », Paris,
extrait de Mercure de France, 1921
(
) Les organisations civiques vont donc présenter deux formes principales dactivité quon
distinguera sous les noms de Services auxiliaires économiques destinés à combattre la
dislocation économique et de Gardes civiques, dont le rôle sera daider les pouvoirs dans la
répression de la violence et le combat contre le terrorisme. (
) Les femmes sont appelées à
rendre de grands services dans de multiples branches des services auxiliaires économiques,
par exemple dans les P.T.T. ou pour lorganisation de cuisines et de cantines à lusage des
volontaires ou de la population ; ou encore elles remplaceront les infirmières des hôpitaux ;
enfin les bureaux de lorganisation civique seront heureux de leur concours, surtout si elles
connaissent la sténographie et la dactylographie ; leur expérience et leur connaissance des
affaires du ménage en feront dutiles conseillères dans toute lactivité relative au
ravitaillement. (
) Les Gardes civiques se placent sous les ordres des autorités régulièrement
élues. (
) Un rapprochement sest fait, continue à se faire au sein des organisations civiques
entre les hommes qui signoraient ou que séparaient les opinions ou confessionnelles ; ce
rapprochement a eu lieu sur la base dun amour commun pour la patrie et ses institutions.
Le Ligueur
Organe officiel de la Ligue nationale suisse. Lausanne, 1923-25 (BN F 562)
La Ligue Nationale est fondée le 1
er
décembre 1922, suite à la grève des typographes lausannois. La
LNS se dote dun comité directeur et dun secrétariat permanent à Lausanne, de comités cantonaux et
dun comité fédéral. Dans le canton de Vaud, une section se forme à Yverdon, Rolle, Montreux et le
Mont. Genève aura également sa section ainsi que Fribourg, dès la fin de lannée 1923. Elle sallie en
outre avec un mouvement analogue de Zurich, la Kreuzwehr.
9
Les sections de Lausanne et de Genève
vont répondre à lappel de Théodore Aubert et adhérer à la Fédération patriotique suisse. Quelques
actions importantes : en mars 1923, le Comité, dentente avec lUnion Patriotique Vaudoise et la
Fédération Vaudoise des Jeunesses campagnardes ont lancé une pétition contre le service civil. Le 6
mai une délégation se présente auprès du plénipotentiaire russe Worowsky, pour faire savoir que sa
présence est indésirable. Après 1923 la Ligue commende à péricliter, mais elle participe encore en
1626 à la participation à la campagne contre la candidature de Robert Grimm à la présidence du
Conseil national. Lors de sa dissolution, la majorité des membres ont adhéré à lAssociation
Patriotique Vaudoise.
La LNS commence à publier Le Ligueur dès le 13 juillet 1923, cest un hebdomadaire, ensuite il
devient bi-mensuel dès le mois de juillet 1925, sa parution est suspendue au mois de juillet 1926. Le
bulletin qui sort le 1
er
février 1927 nest plus quun insignifiant feuillet paraissant trois fois lan. Dès
cette date, les derniers ligueurs reçoivent Le Front national, organe de la FPS en français, qui
commence à paraître dès le mois doctobre 1930.
19. P. J. B., « La Ligue Nationale », 13 juillet 1923
Nous sommes heureux de présenter ce journal à tous les citoyens, sans distinction de classe,
sans distinction de partis, à tous ceux qui aiment encore leur Patrie et qui ne demandent quà
contribuer, dans la mesure de leurs moyens, à sa prospérité. (
)
Pourquoi nous avons fondé la Ligue Nationale
En novembre 1922, les Typos se mettent en grève à Lausanne et dans les principales villes de
Suisse. Des nouvelles alarmantes nous parviennent de tous les cantons. Le public sénerve,
lon se sent à la veille dune grève générale. Il faut à tous prix empêcher une répétition des
9
Extrait du Procès-verbal de lAssemblée générale de la L. N. du 27 octobre 1923, Ligueur, 10 nov. 1923
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douloureux événement de 1918, et le seul moyen qui soffre à tous les citoyens patriotes pour
éviter une nouvelle calamité à notre pays, est de fonder une Ligue défensive.
(
) Les chefs communistes, les agitateurs nauront plus devant eux « larmée soutien du
capitalisme », leurs camarades trouveront à leurs rendez-vous dautres « camarades-citoyens »
résolus à maintenir lordre ; cela les fera réfléchir davantage.
Ses buts
(
)Elle est en tout premier lieu anticommuniste, le communisme nayant pas de frontière.
(
) Elle sélèvera par contre avec la dernière énergie contre tout fauteur de désordre, contre
toute manifestation, quelle quelle soit, qui tendrait à diviser les citoyens. (
) Elle respectera
la Constitution et soutiendra les citoyens désignés par la Nation pour faire respecter, tant que
lhonneur les guidera ; mais elle ne permettra en aucun cas le renouvellement des honteux
pourparlers de 1918.
20. Extrait du Statuts de la Ligue Nationale
1. La Ligue a pour but :
a) de défendre la liberté et les droits des citoyens et des cantons ;
b) de sopposer à toute tentative, doù quelle vienne, qui menacerait la liberté du
travail ;
c) de lutter cotre les abus du fonctionnarisme ;
d) de combattre énergiquement toute action contraire au sentiment nationale et au
patriotisme ;
e) détudier et de résoudre toute question dintérêt patriotique.
21. « Les chemises noires »,
13 juillet 1923
(
)Le seul fait davoir sauvé lItalie du communisme doit valoir au fascisme la
reconnaissance non seulement des Italiens, mais de tous les peuples civilisés. Des gens
critiqueront peut-être la méthode quil a employée pour arriver à ses fins. Toutes les violences
ne sont point condamnables, il faut avoir la franchise de le reconnaître. La violence défensive
qui cherche à vaincre une violence offensive et tyrannique est bonne et quelque fois
nécessaire.
22. « Socialistes et classes moyennes », 28 juillet 1923
Cest un lieu commun que de célébrer les classes moyennes. Elles sont, en effet, un
inépuisable réservoir dénergies morales, intellectuelles et économiques pour les nations qui
ont la bonne fortune de les posséder.
Aussi, les fauteurs de désordre économique et social les prennent-ils violemment à partie. Au
récent congrès des coopératives belges, les chefs du mouvement socialiste sen sont pris à la
classe moyenne. (
) Voilà des termes qui , plus que les discours officiels, montrent sous son
vrai jour lantagonisme entre les révolutionnaires partisans du nivelage, artisans de la misère
pour tous et du collectivisme, et les classes moyennes, grandes créatrices de mieux-être et
soucieuses, non de supprimer, mais de multiplier, par leffort personnel, la propriété
individuelle. La haine des coopérateurs belges sexplique donc. Félicitons ces
révolutionnaires de leur clairvoyance et remercions-les de nous en faire part.
23. « Groupons-nous », 11 août 1923
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La Ligue sait quil y a, aux bases de certaines revendications ouvrières beaucoup de bien-
fondé à côté dexagérations flagrantes ; elle sait aussi que linjustice de quelques uns, a
poussé de nombreux mécontents dans le camp des extrémistes. Cest pourquoi elle
semploiera à faire régner cette équité qui devrait être à la base dune vraie démocratie. Ce
programme a valu à la Ligue Nationale de nombreuses adhésions douvriers et de salariés
dont elle défendra les intérêts avec autant dardeur que ne le feraient les syndicats eux-mêmes.
24. « Avis à nos lecteurs », 1 septembre 1923
« Le Ligueur » nest pas une entreprise commerciale ; les collaborations y sont gratuites.
A cause de cela, il na pas à ménager telle ou telle influence et il ose tout dire pour atteindre
sont but qui est le suivant : « Défendre lordre social, basé sur la prospérité individuelle,
contre ses désagrégateurs quels quils soient. » Ce programme ne tolère pas de neutres :
quiconque nest pas avec nous est contre nous.
Que les bourgeois « inconscients » qui alimentent les imprimeries et autres coopératives
communistes, soit par des insertions doit pas tout autre mode de soutien, se le tiennent pour
dit. (lavis continue à paraître dans plusieurs numéros)
25. M. Bl., « Bourgeois groupez-vous ! », 8 septembre 1923
(
) En face des socialistes organisés, Bourgeois groupez-vous ! Aux troupes des premiers,
conduites par des chefs poursuivant le plus souvent la seule réalisation dambitions
personnelles, opposez les masses profondes des citoyens désintéressés qui veulent le maintien
de nos institutions nationales. (
)
26. Brutus, « fin et les moyens », 22-29 septembre 1923
-Depuis tantôt quatre ans, la charrue stationne devant les bufs ; le champ ne produit pas, et
lon sen étonne
(
)
-La cause, cest la cherté de notre coût de production (
)
-Pour diminuer le coût de production, il faut diminuer le coût de la main douvre à parité de
ce quelle se paie à létranger.
-On ne peut songer à payer 20 francs le travail dun ouvrier qui nen faut que 10 à
lexportation.
-Pour diminuer le coût de production, il faut diminuer le coût de la vie, et pour diminuer le
coût de la vie, il faut commencer par diminuer les dépenses de lEtat et les charges qui pèsent
au contribuable.
-Pour réduire les dépenses de lEtat, il faut simplifier la paperasserie, diminuer les salaires des
fonctionnaires, ou bien en licencier une bonne partie, ce qui permettrait de conserver leur
salaires à ceux restant en charge, moyennant quil assument la besogne de ceux qui auront été
licenciés.(
)
-La crise qui sévit depuis la guerre a eu des répercussions extrêmement graves, et parfois
même terribles, sur la plupart des citoyens. Chacun en a eu plus ou moins sa part, sauf les
fonctionnaires pour qui le souci du lendemain est inexistant, leurs ressources étant assurées et
réglées comme du papier à musique.
27. Slogans qui apparaissent souvent dans plusieurs numéros du Ligueur
«Soutenir par sa réclame les partisans de désordre, est une lâcheté »
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Approches politiques, socio-économiques et culturelles», UNIL 1999-2000)
« Commerçant ! si vous soutenez pas votre réclame un journal contraire à vos opinions, vous
vous désavouez vous-même »
« Faire gagner ceux qui soutiennent les extrémistes, est une imbécillité »
« Avant de faire un achat dans un magasin demandez-vous où ira votre argent ! »
« Le grand commerce tue le petit ; le petit tué, pas de concurrence, donc hausse des prix »
« Assimiler dabord, naturaliser ensuite »
« Naturaliser ne signifie pas assimilé »
« Le bon marché est toujours trop cher ! »
« Diminuer le prix des transports vous abaisserez dautant le prix de la vie »
« Evitez les soldes et occasions exceptionnels
Ils ne sont exceptionnels que pour ceux qui
les font. »
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28. « Bureau de placement pour les membres de la Ligue Nationale », 16 février 1924
Nous avons le plaisir dannoncer à nos lecteurs que nous avons organisé un bureau de
placement pour les Ligueurs. (
) Les services de notre bureau de placement sont gratuits. En
conséquence, les Ligueurs en quête, qui dun employé, qui dun emploi, sont invités à
sinscrire désormais à ce bureau auprès de M. Jasinski.
Archives du Canton de Vaud ; Bulletin des séances du Grand Conseil (ZAO 2)
29. Séance du 22 janvier 1923, Ligue nationale., (p. 896)
En janvier 1923, Charles Naine interpelle le Conseil dEtat à propos de ces groupes de combattants et
exige des renseignements sur leur légalité.
M. Naine.- (
) Jai posé deux questions : « Le gouvernement sait-il quune force armée
sorganise dans le Canton et plus spécifiquement à Lausanne, en dehors de lautorité légale,
et quelle est son attitude à son égard ? » (
)
Voici les faits que nous connaissons : Il sest organisé un groupe qui distribue un bulletin avec
entête : « Groupe des combattants », et au dessous : « Patrie.- Ordre ». Section de
. ». La
ligne est laissé en blanc ; et voici ce que ladhérent doit signer : « Le soussigné déclare
adhérer à la susdite association, qui a pour but la répression du désordre, au besoin par la
force ; il prend lengagement dobéissance à ses chefs
» puis la signature. Viennent ensuite
diverses rubriques se rapportant au signataire : « Nom, prénoms, profession, adresse exacte ;
avez vous une arme ? (cest évidemment une arme pour la discussion par la parole !) (
)
M. Dufour, conseiller dEtat :- (
) Pour empêcher ou dissoudre cette organisation, il faudrait
que le Conseil dEtat puisse se baser sur un texte légal, ou en tout état de cause que le but de
cette association soit contraire à nos lois. [lecture dextraits des statut de la LN] Je ne sais pas
si M. Naine voit dans ces extraits quelque chose qui permette de dire quil sest crée à
Lausanne une force armée ? (
) Jai pleinement confiance dans les personnes qui sont à la
tête de cette association à Lausanne et dans le Canton ; elles sont beaucoup moins nombreuses
que M. Naine le croit, et je suis persuadé que ces gens sortirons de la légalité que le jour où,
en suite de grève ou de désordres provoqués par les socialistes, ils verront la nécessité de
prêter leur concours à lEtat, jusquau moment où larmée interviendra.
30. Séance du 23 janvier 1923
M. Schopfer.- (
) Ils [les bourgeois] ont tellement bien réfléchi quils ont constitué une
garde civique, qui était le résultat dune initiative privée, et ils ont estimé pouvoir donner à
cette garde une attache officielle en la faisant approuver par le conseil communal ; mais on a
trouvé le moyen de la désarmer en partie en disant « Pas darmes à feu ! » seulement un petit
bâton pour se défendre, et on aurait ainsi vu cette garde civique complètement désarmée, alors
quelle aurait eu affaire à des malandrins en cas de troubles. Cest pourquoi les Unions
civiques ont formé une Ligue nationale, et dans le sein de cette ligue on a prévu que les
bonnes volontés qui se présenteraient pourraient prêter main forte à la police ; les traîtres ne
sont pas dignes den faire partie, puisquil y a, vous nous lavez dit hier !
(Une voix à
lextrême gauche : « est-ce que vous contestez nos renseignements ? ») Non ! (Même voix :
« Alors ils ont des armes ? »)
Vous navez quà être bien sages ! (
)
Il ne faut pas oublier, en effet, parlons une fois avec franchement, que nous sommes en état de
guerre civile avec vous, en tout cas au point de vue des esprits, et quand vous voudrez
descendre dans la rue, nous serons là pour vous y attendre !
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Approches politiques, socio-économiques et culturelles», UNIL 1999-2000)
Carola Togni
Les Gardes civiques en Suisse romande
Introduction : naissance et développement des gardes civiques
A la fin du 19
e
siècle, lors de la forte poussée des luttes ouvrières, des milices bourgeoises se
créent dans les grandes villes suisses . A Vevey, une garde civique est déjà organisée à partir
de 1907, après la grève des chocolatiers. Mais cest surtout au moment de la grève générale en
novembre 1918, et après celle-ci, que se développe véritablement le mouvement des gardes
civiques. En peu de temps, un dense réseau de formations paramilitaires se développe sur le
territoire helvétique. Certains historiens soutiennent lidée que les gardes civiques soient le
résultat dune réaction spontanée de citoyens face à la grève générale. Selon dautres,
limpulsion décisive vient des milieux dirigeants qui se préparent à la grève depuis plusieurs
mois. « Comme le montre la correspondance du général Ulrich Wille avec certains politiciens
bourgeois, on se prépare activement à déventuels troubles politiques déjà en novembre 1917.
Et pour ne citer quun seul autre exemple, plus de trois mois avant le déclenchement de la
grève générale elle-même, le Conseil Fédéral met sur pied en secret une commission spéciale
chargée dy faire face. Il se peut que quelques gardes civiques, notamment dans les très petites
villes, procèdent de laction spontanée de simples citoyens. Toutefois, les éléments à
disposition incitent à penser quil sagit là de lexception plutôt que de la règle. Dans la
plupart des cas, la naissance des gardes civiques résulte de démarches réfléchies et préparées
den haut. »
1
Dans une circulaire datée du 17 décembre 1918, le Conseil dEtat du canton de Vaud expose
que la situation en Suisse est incertaine et recommande aux communes la création de gardes
civiques. Suite à cette lettre, le Conseil communal de Lausanne débat de la question, et malgré
lopposition des socialistes, le règlement instituant la garde civique est accepté. Il sagit dun
service volontaire placé sous les ordres dun commandant nommé par la Municipalité, qui a le
pouvoir de recruter des hommes armés de cannes. Dautres villes vaudoises suivent ces
exemple : une garde civique est institué à Montreux et à Yverdon une garde civique est
organisé par la section de lUnion civique patriotique. A Genève, les premiers pas concrets
sont entrepris au tout début du mois de novembre et débouchent sur la création dune garde
plusieurs jours avant le commencement de la grève générale. Lorganisation sera incorporée
et gérée par lUnion civique suisse de Genève, fondée par Aubert Théodore. A La Chaux-de-
Fonds, la décision de créer une garde civique est formellement prise la veille du
déclenchement de la grève générale, lors dune rencontre entre le gouvernement cantonal et
le syndicat patronal des producteurs de la montre. Lobjectif de ces gardes civiques est « de
renforcer la police locale pour le maintien de lordre public ».
2
Cestà-dire sopposer à tout
mouvement de contestation et de remise en discussion de lordre établi, comme le dit plus
explicitement le conseiller communal de Lausanne, M. Mercanton : « La classe ouvrière nous
accuse de préparer une garde jaune, de créer des équipes de briseurs de grève. Oui, il faut
lavouer carrément nous serons des briseurs de grève si lintérêt de la communauté lexige !»
3
Moins explicites sont les informations concernant les moyens que se donnent ces gardes,
surtout au niveau de larmement. Les règlements des communes prévoient uniquement
1
Sébastien Guex, A propos des gardes civiques et de leur financement à lissue de la Première Guerre
mondiale, in: Jean Batou, Mauro Cerutti, Charles Heimberg, Pour une histoire des gens sans histoire, Ouvriers,
exclues et rebelles en Suisse 19
e
-20
e
siècle, ed. den bas, Lausanne 1995, p. 256
2
Circulaire du Conseil dEtat vaudois aux municipalités, 17 déc. 1918. (AVVevey, Dossier police 51.03)
3
Conseil communal de Lausanne, séance du mardi 29 avril 1919, p. 293
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(Dossier de sources réalisés dans le cadre du séminaire de recherche «Les classes moyennes 1920-1950.
Approches politiques, socio-économiques et culturelles», UNIL 1999-2000)
lutilisation de cannes, dans celui de Lausanne il est explicité quils ne peuvent pas avoir des
armes à feu. Mais les socialistes dénoncent un armement bien plus important.
En ce qui concerne la participation : à Lausanne, selon une lettre du comandant de corps du
6
janvier 1919
, la garde civique est composée de 1200 hommes.
4
En mars 1919, la Garde civique
de Vevey en compte 350,
5
et à la Chaux-de-Fond on compte 500 membres. A Genève,
plusieurs centaines de combattants sont recrutés principalement parmi les sociétés de
gymnastique et les étudiants .
6
Dans les mois suivant la grève générale, les gardes civiques, qui existent dans presque toutes
les localités de quelque importance, se coordonnent sur le plan national : le 5 avril 1919, la
Fédération Patriotique Suisse est fondée, avec Bircher à sa tête. Le but est de constituer un
réseau de gardes civiques et de mouvements réactionnaires. Théodore Aubert est chargé de
prendre contact avec deux autres associations patriotiques, la Ligue Nationale Suisse et
lUnion Patriotique Vaudoise, en vue dune collaboration.
Cest à loccasion de la grève des typographes à Lausanne et de la menace dune nouvelle
grève générale, que se forme en novembre 1922, un groupe de combattants. Le mois suivant
la Ligue Nationale Suisse est fondée.
7
Férocement anticommuniste, la Ligue soppose à tout
«fauteur de désordre, contre toute manifestation, quelle quelle soit, qui tendrait à diviser les
citoyens » et se propose de ne plus permettre « le renouvellement des honteux pourparlers de
1918 ».
8
Les sections de Lausanne et de Genève vont répondre à lappel de Théodore Aubert
et adhérer à la Fédération patriotique suisse.
La séance constitutive dune Union Patriotique Vaudoise est annoncée pour le 4 février 1923
par un comité dinitiative présidé par un colonel Rodolphe Rubattel, le conseiller national
Paul Maillefer y prennent la parole ainsi que Théodore Aubert qui parle du mouvement des
gardes civiques. Mais lUPV se révèlera incapable de créer une véritable union des sociétés
patriotiques locales. Une véritable Association Patriotique Vaudoise sera fondée le 24 février
1932 à Lausanne. Le marasme économique et les succès de la gauche vont contribuer au
succès de lAssociation.
Problématique : les gardes civiques, une tentative dencadrement social?
Les gardes civiques naissent en réaction aux manifestations du mouvement ouvrier. Tout est
fait pour alimenter dans la population suisse la peur de désordres, voir dune révolution
socialiste. Ces mouvements de gardes civiques sopposent aux intérêts de la classe ouvrière,
mais tout est fait pour nier cette opposition. Ces mouvements prétendent représenter toute la
population, sans distinction de classes, contre les extrémistes bolchevistes et pour la défense
de la Patrie. Dans son article Roland Bütikofer affirme que « la LNS apparaît comme une
expression de la petite bourgeoisie menacée par la crise qui propose une alliance bourgeoise
nationale contre le socialisme ». Dans quelle mesure la Ligue, et plus généralement tous ces
mouvements sont une « expression » de la petite bourgeoisie, dune classe moyenne qui donc
se définirait en opposition au mouvement ouvrier ? Ne sagit-t-il pas plutôt dun tentative de
la part des dirigeants politiques et des classes plus aisées, de sallier ces couches de la
population dans un élan patriotique. Dresser ainsi cette petite et moyenne bourgeoise,
particulièrement touchée par la guerre, contre le mouvement ouvrier et en défense à lordre
4
AVL, Corps de police, code 129, Années 1913-1918, cartable 2
5
Lettre du commandant de la garde de Vevey du 4. 8. 1919 à la Municipalité, (AVV) Dossier police 51.03
6
Sébastien Guex, op.cit.
7
Extrait du Procès-Verbal de lAssemblée générale de la LNS du 27 octobre 1927, Le Ligueur, organe officiel
de la Ligue nationale suisse, 10 Novembre 1923
8
« La Ligue Nationale, Le Ligueur, 13 juillet 1923
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Les gardes civiques en Suisse romande
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Approches politiques, socio-économiques et culturelles», UNIL 1999-2000)
établi. En même temps cela contribue à construire une identité à ces couches sociales. Une
identité qui se définit par opposition au mouvement ouvrier, et qui se base sur une défense des
valeurs patriotiques contre le socialisme et le grand capitale.
Il faut donc sinterrogés sur lorigine de ces organisations, sur qui participe à leur création,
quel est le public visé et qui répond à leur appel. Ces questions sont aussi liées aux objectifs et
aux activités de ces mouvements. Enfin se demander sil y a une volonté dencadrer la
population en créant des ligues, des associations hors partis. Encadrement qui permettrait de
contrôler ces couches, de leur donner une identité en opposition à celle du mouvement
ouvrier.
Démarche
Pour mon séminaire je me suis surtout concentrée sur les gardes civiques dans le canton de
Vaud, en partant de la circulaire que le Conseil dEtat envoie à toute les municipalités pour les
encourager à constituer une garde civique. La recherche dans les archives des villes de
Lausanne, Vevey, Montreux à montré que dans les trois villes il y a bien institution de gardes
civiques. Les discussions au sein des conseils communaux, ainsi que la correspondance de
ladministration, donnent plusieurs informations sur la création, les buts et le fonctionnement
de ces gardes. La correspondance avec dautres villes donne aussi des informations sur
dautres localités, et ouvre dautres pistes de recherche. A la Bibliothèque nationale jai aussi
trouvé le règlement de la garde civique
organisée au sein de lUnion civique suisse de Genève.
Dautres documents ont permis délargir la réflexion sur les gardes civiques au-delà de ces
trois villes vaudoises. Par exemple, la lettre de lUnion Civique Suisse de Genève et
lassociation patriotique argovienne, que jai trouvé dans les archives de Vevey, témoigne
dun tentative de regrouper tous ces associations patriotiques et ligues au niveau national.
La lecture du Ligueur, organe officiel de la Ligue Nationale, fourni plusieurs informations
concernant les positions idéologiques et les buts déclarés de cette organisation, qui est allié au
groupe de combattants. Ces mêmes positions anticommunisme, critique du mouvement
ouvrier, patriotisme,
- se retrouvent dans plusieurs autres documents de lépoque
concernant les gardes civiques, ainsi que dans louvrage de Théodore Aubert « Une forme de
défense sociale, Les Unions Civiques », Paris, extrait de Mercure de France, 1921.
SOURCES
1. Circulaire du Conseil dEtat du Canton de Vaud à Messieurs les Préfets et, par eux,
aux Municipalités du Canton, 17 déc. 1918. (Arch. Ville de Vevey, Dossier police 51.03)
Messieurs,
La situation politique actuelle, en Suisse, et les événements futurs incertains exigent qu les
autorités communales prennent, sans retard, des mesures de nature à parer aux menaces des
fauteurs de désordres qui semblent vouloir persévérer dans la voie de la démagogie et de
lillégalité.
Dans plusieurs localités du canton des « gardes civiques » se sont déjà constituées. Les gardes
civiques sont prévues au chapitre 3, article 17 c, de la loi du 18 mai 1876 sur les attributions et
la compétence des autorités communales. Le Conseil dEtat en recommande vivement
linstitution dans toutes les communes importantes.
Réunissant tous les citoyens suisses de bonne volonté, dont la conduite et la moralité inspirent
confiance, sans distinction dopinion politique et fermement résolus à protéger et à défendre
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nos libertés et nos institutions démocratiques, les gardes civiques, si lon veut quelles
puissent rendre les services quon est en droit dattendre delles, doivent être organisées sur
une base simple et pratique ; elles devront comprendre les éléments suivants :
1° La garde civique proprement dite, qui revient la mission, en cas de besoin, de renforcer
la police locale pour le maintien de lordre public. (
) Pour lorganisation plus complète
(signes distinctif, armement, etc.) nous renvoyons au règlement de la garde civique de
Vevey).
2° Des groupes spéciaux ayant chacun une mission spéciale déterminée, en cas de cessation
générale du travail ; ces groupes, dont le noyau sera formé de spécialistes, devront pouvoir
assurer, avec laide de citoyen qualifiés et des ouvriers non grévistes :
a)La publication dun ou de plusieurs journaux quotidiens ;
b)le fonctionnement des services publics (eau, gaz, électricité, tramways).
c)le service de liaison à lintérieur des localités et avec lextérieur (pas cycles motocycles,
etc.)
d)le service du ravitaillement et de distribution des vivres.
(
) Au nom du Conseil dEtat :Le président,
A. Thélin
Le Chancelier,
G. Addor
Lausanne
Archives de la ville de Lausanne (AVL)
Bulletin du Conseil communal de Lausanne, 1919, 1
AVLP 201
3.682
Suite à la circulaire du Conseil dEtat rapportée plus haut, le Conseil communal de Lausanne débat de
la question dès le mois de février. Il sagit d'institutionnaliser une garde déjà existante, qui sétait crée
après la grève générale. Après plusieurs séances de discussion, et malgré lopposition des socialistes,
le règlement instituant la garde civique est accepté. Toutefois, cette opposition socialiste fait naître des
débats intéressants au sein du Conseil communal, obligeant les défenseurs de la garde à répondre à
plusieurs questions sur le fonctionnement et les buts de cette organisation.
2. Séance du mardi 25 mars 1919, p. 180
M. Gorgerat, rapporteur. (
) La garde civique, comme le relève très justement le préavis
municipal, doit être composée de tous les citoyens, à quelque classe de la population quils
appartiennent et quelles que soient leurs opinions politiques. Ce ne doit être ni la « garde
rouge » ni la « garde blanche », mais la garde lausannoise, ou si vous me permettez ce mot
« la garde rouge et blanche ». En outre, plusieurs membres de la Commission ont insisté sur le
fait que cette garde bien que devant être militairement disciplinée, doit conserver le caractère
de « garde bourgeoise », cest-à-dire civile. Et ce sentiment doit être exprimé pour marquer
précisément le caractère démocratique et populaire de cette institution communale.
3. Séance du mardi 15 avril 1919, p. 255
M. Ch. Jaton, rapporteur. (
) Jestime que nous navons pas besoin dune garde civique,
la police communale est la police cantonale étant suffisantes pour maintenir lordre, si
désordre il y a, ce qui nest pas à prévoir. (
) Il est certain que cette institution est une
véritable organisation de jaunes ou pour mieux dire de briseurs de grève, et pour laquelle, en
qualité de représentant des travailleurs dans cette salle, je ne pourrai jamais souscrire.
On nous parle de garde rouge et blanche et on fait appel à toutes les bonnes volontés sans
distinction dopinion et de partis ; on veut organiser une armée de citoyens contre la classe
travailleuse et on demanderait à cette même classe de collaborer à cette organisation ; non,
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Messieurs, ce nest pas possible. On parle encore de bonne entente ; seulement, il me semble
quon fait juste le contraire et que lon creuse encore plus profond le fossé qui existe déjà
entre les différentes classes de la population. Le meilleur moyen quil a aurait pour avoir la
bonne entente et pour éviter des troubles, ce serait de pratiquer la justice à légard de la classe
laborieuse. (
)
M. F. Ribi. (
) Larmistice est signé; depuis plus de six mois, larmée est démobilisée, il
ny a plus de danger dinvasion. La garde civique est donc dirigée contre un ennemi intérieur.
Mais qui est-il cet ennemi intérieur imaginaire ? Est-ce la classe laborieuse qui, pendant ce 4 _
ans a dû supporter des privations et qui ne sest livrée quà des revendications justifiées.
4. Séance du mardi 29 avril 1919, p. 293
M. Masson.- (
) Depuis la dernière séance nous avons pu nous renseigner et nous avons
appris bien des choses. Tout dabord la garde civique na pas attendu davoir une consécration
officielle pour, tout de suite, non pas entrer en fonctions, mais sorganiser, user de nos
édifices publics pour y donner des cours. Et savez-vous ce qui sest passé, ce quon enseigne
dans ces cours ?Non pas à maintenir lordre, à prendre des mesures pour assurer les services
publics, le service de la presse, le service des tramways et dautres services, mais on pourrait
presque dire quon y enseigne lassassinat (Rires, bravos à lextrême gauche, protestations
sur les autres bancs). Cest exact, messieurs. Sans que MM. Les dirigeants de la garde civique
laient voulu, des circulaires confidentielles sont tombées entre nos mains. (
) Nous savons
quel est le genre dexercices quy enseigne MM. Huguenin et Cherpillod : ce nest pas autre
chose que le bâton et le jiu-jitsu. (
)
M. Méan.- (
) Je me suis occupé de la garde civique dès le début ; or ce qui ma frappé cest
précisément le fait que toutes les classes de la population ont senti le besoin de faire front
contre le désordre, il est dès lors faux de prétendre ici que la garde civique est organisée
contre la classe ouvrière. Je voudrait que nos collègues de lextrême gauche jettent un coup
dil sur la liste des personnes qui dès le début se sont fait inscrire dans la garde civique ; ils
pourraient constater que de nombreux ouvriers ont demandé den faire partie. (Protestations
sur les bancs de lextrême gauche : Ah non !) Jai les noms. (A lextrême gauche : Donnez-
les.) Sil y a violence la garde civique sera mobilisée. M. Rosselet dit : Et la grève
Si la
grève générale éclate à nouveau, voulez-vous refuser à ceux qui veulent travailler pour vivre
le droit de le faire !(
)
M. Mercanton.- (
) La classe ouvrière nous accuse de préparer une garde jaune, de créer
des équipes de briseurs de grève. Oui, il faut lavouer carrément (A lextrême gauche : Ah, ah,
(
) nous serons des briseurs de grève si lintérêt de la communauté lexige ! Du reste il
faudrait être peu malin pour ne pas vouloir le reconnaître. (
) Je ne pourrai jamais admettre
la grève des services publics. Cest pourquoi, soyez sûrs dautre part que nous ne nous
immiscerons jamais dans un grève privée.(
)
5. Séance du mardi 13 mai 1919, p. 336
Lettre du personnel des Tramways lausannois au Conseil communal de Lausanne
Lausanne, le 12 mai 1919
Messieurs,
Avant que le règlement instituant une garde civique soit définitivement adopté,
permettez-nous, Messieurs, de venir attirer votre attention sur limportance, les conséquences
quaurait pour nous la mesure que vous allez prendre à légard des ouvriers et employés des
services publics, en faisant intervenir la garde civique dans les conflits purement
professionnels. Vous tenez de nous enlever par ce moyen notre dernière ressource pour faire
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admettre par notre administration nos revendications les plus légitimes, ou faire rapporter des
mesures injustes ou des abus de pouvoir, nous serions alors livrés sans aucun moyen de
défense au bon plaisir et même à larbitre de nos patrons. (...)
Au nom du Syndicat du personnel T.L.,
Le président Ch. Husson
Le Secrétaire R. Henry
AVL ; Corps de police, code 129 ; Années 1913-1918, cartable 2; Gardes civiques
6. Règlement de la garde civique de la Commune de Lausanne
Après une longue discussion sur lentrée en matière, le règlement est discuté pendant plusieurs
séances. Les socialistes nobtiennent que deux concessions : linterdiction pour la garde civique
dintervenir pendant une grève, sil ny a pas de désordre, et linterdiction dutiliser des armes à feu.
Les discussions portent aussi sur la nécessité de la publication dune feuille officielle et sur lâge
nécessaire pour entrer dans la garde. Le Conseil communal approuve le règlement lors de la séance du
13 mai 1919. Le Conseil dEtat lapprouve aussi, à lexception de larticle 14, que jai mis entre
parenthèses.
Article premier. Une garde civique, composée de citoyens suisses, domiciliés à Lausanne,
est créée dans la Commune.
Art. 2. Le service de la garde civique est volontaire et gratuit.
Art. 3. La garde civique a pour but :
a) de prêter au besoin et en cas durgence, main-forte aux polices cantonales et communales,
en vue du maintien de lordre public. La garde civique ne pourra en aucun cas intervenir
dans une grève, sil ny a pas de désordre (services publics exceptés).
b) dexécuter conjointement avec la police des missions spéciales, tendant à assurer
notamment :
1. La publication dune feuille officielle dinformation.
2. Le fonctionnement des services publics (eaux, gaz, électricité, tramways).
3. Le service de liaison à lintérieur de la ville et avec lextérieur (par cycles, motocycles,
etc.).
4. Le service du ravitaillement et de distribution des vivres.
Art. 4. Elle est placée sous les ordres de la Municipalité de Lausanne, qui décide de sa mise
sur pied et de son licenciement.
Art. 5. La garde civique est sous lautorité dun commandant qui sadjoint les sous-ordres
nécessaires pour son bon fonctionnement. Le Commandant est nommé par la Municipalité.
Art. 6. Les citoyens disposés à faire partie de la garde civique doivent être âgés de 18 ans
révolus ; ils sannoncent par écrit au commandant, le bureau décide de leur admission ; ils
signent alors un acte dengagement, qui est contresigné par les parents ou tuteurs en cas de
minorité. Toutefois les mineurs ne peuvent être employés à des tâches de police.
Art. 7. - Les hommes engagés figurent sur le contrôle de la compagnie à laquelle ils
appartiennent et sengagent par leur signature :
a) à se conformer strictement aux règlement et aux ordres des chefs de la garde civique.
b) à se présenter à toute convocation du chef ou de son remplaçant, ou à tout autre signal
dalarme.
Art. 8. Tout garde porte dans lexercice de ses fonctions le brassard fourni par le chef de
compagnie et comme arme une forte canne fournie par la garde. Dans lexercice de leurs
fonctions, les gardes civiques nont pas le droit de porter dautres armes, des armes à feu en
particulier. Il est strictement interdit de porter le brassard en dehors des cas de mise sur pied
partielle ou totale de la garde civique.
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Art. 9. Toute démission doit être donnée par écrit au Commandant de la garde, au moins 15
jours à lavance.
Art. 10. Le bureau de la garde civique peut prononcer lexclusion de la garde de tout homme
dont la conduite ou la tenue dans le service de garde ou dans sa vie ordinaire, seraient
incompatibles avec ses fonctions, ainsi quen cas dabsences répétées.
Art. 11. Les absences non justifiées et les fautes de disciplines seront déférées à la
Municipalité qui prononce dans sa compétence.
Art. 12. La Municipalité est autorisée à engager les frais nécessités par le fonctionnement de
la garde civique, notamment pour la nourriture et le logement en cas de service prolongé.
Art. 13. Le bureau de la garde civique est autorisé à prescrire, dans les limites ci-dessus, un
règlement de service pour la garde civique.
(Art. 14. Dès que la situation est assez grave pour justifier la levée de la garde civique, les
débits de boissons alcooliques seront fermés ipso facto.)
7. Lettre du commandant Baumann à la Municipalité, le 15. 7. 1919
Nous avons appris par la voie des journaux, que de nombreuses modifications avaient été
apportées à ce règlement, entre autre la suppression du recrutement des jeunes gens de 18 à 20
ans (diminution : 400 hommes environ), et la limitation de larmement à une simple canne.
(
) Larmement dune seule canne ne nous paraissant pas suffisant, nous aurions désiré
remettre à nos gardes une matraque, comme sont déjà armés plusieurs gardes civiques du
Canton.
8. Lettre de loffice central de lUnion des Villes suisses aux membres, du 17 déc. 1918
Union des villes suisses : constituée en novembre 1897, elle regroupe les représentants de tous les
chefs-lieux cantonaux, ainsi que des villes comptant plus de 10000 habitants. Selon les statuts, le but
de lassociation est de sauvegarder les intérêts communs ; assistance aux villes lors de requêtes aux
autorités ; mesures propres à faciliter les relations réciproques ; traitement de questions concernant les
administrations municipales. En 1919 G. von Schulthess occupe le poste de secrétaire, le président est
P. Maillefer. («1897 1972 Union des villes suisses », BN, V Schweiz, Nbq 4667)
Messieurs,
Une des conséquences de la grève générale fut la création de gardes civiques dans la plupart
des villes suisses. Nous attachons une grande importance à connaître lopinion de nos villes à
ce sujet délicat et désirons particulièrement savoir quelle part elles ont prise à la formation de
ces gardes. Cest pourquoi nous vous prions de répondre au questionnaire ci-après :
1. Sest-il formé chez vous ensuite de la grève générale une organisation ayant le caractère
dune garde civique ? Etait-elle prévue dans un des règlement de votre municipalité ou
dans la loi sur les communes ? Peut-être en relation avec lorganisation des pompiers ?
2. Quel est son but ? Comment est-elle organisée ? (
)
3. Doù est partie linitiative ? Sont-ce les autorités communales qui ont donné cette idée ?
Lont-elles seulement appuyée moralement ? Sagit-il dune initiative purement privée ?
4. Avez-vous depuis la création de la garde civique de votre ville pris des mesures
quelconques, en sorte quelle puisse être considérée comme institution officielle. (
)
5. Quelle sera au moment opportun la tâche de votre garde civique ? Pensez-vous lui confier
le soin de maintenir en activité des entreprises publiques, ou la munir contre les tentatives
des grévistes de compétences de force armée ?
6. Les inscriptions pour la garde civique ont-elles été nombreuses dans votre ville ?
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7. Constate-t-on une vigoureuses opposition à cette nouvelle institution ? Doù vient-elle et
quels sont les arguments ?
8. Quelles mesures pensez-vous prendre pour empêcher que la mobilisation de la garde
civique, en cas de nécessité, ne soit considérée par lopposition comme une provocation,
ce qui ne ferait que creuser plus profondément encore labîme entre les diverses classes de
la population ?
Office central de lUnion des villes suisses : Dr. G. de Schulthess
Dans les archives des villes de Lausanne et de Vevey se trouvent des lettres de réponse à ce
questionnaire, mais elles ne nous fournissent pas plus dinformations que celles que nous avons déjà
dans les autres sources du dossier. Pour Lausanne la réponse datant de janvier 1919 est incomplète,
puisque la discussion en conseil communal na pas encore commencée. Il y a quand même deux
éléments intéressants : au point 3 on répond que « La formation de cette garde est due à linitiative de
quelques citoyens, avec lappui de lautorité » ; on dit que le nombre des inscriptions a répondu à
lattente des organisateurs. Enfin, on affirme quil ny a aucune opposition à la création de cette garde,
évidemment les discussion au conseil communal ne sont pas encore débutées. (Lettre de la direction de
police de Lausanne à loffice centrale de lUnion des Villes suisses , 23 janv. 1919, AVL ;Corps de
police, code 129 ; Années 1913-1918)
Vevey
A Vevey le règlement de la garde civique date de 1907, je ne rapporte ici que quelques extraits, vu la
similitude avec le règlement de Lausanne. Dans les archives de la ville un dossier sur les gardes
civiques contient des correspondances et autre matériel intéressant concernant les gardes civiques à
partir de 1907 jusquen 1923. Par contre, je nai trouvé aucune allusion aux gardes civiques dans les
procès verbaux du conseil communal.
Archives Ville de Vevey (AVV) ; Dossier police 51.03 -garde civique 1907-1920
9. Règlement de la garde civique de la commune de Vevey
Art.2.- Cette garde civique est organisée pour prêter, au besoin et en cas durgence, main-forte
à la police en vue du maintien de lordre public. Elle est placée sous les ordres de la
Municipalité (Loi 1876, art. 17) qui décide de sa mise sur pied et de son licenciement.
Art. 3.- La Garde civique est commandée par un officier auquel est adjoint létat-major
nécessaire. Le commandant et son état-major sont nommés par la Municipalité.
Art. 4.- Leffectif de la Garde civique est fixé par la Municipalité. Les citoyens disposés à en
faire partie sinscrivent après du commandant. LEtat-major réuni décide de leur admission.
Les recrutés sont inscrits sur un registre de contrôle et signent lengagement de répondre au
premier appel, de se conformer strictement aux règlements et aux ordres des chefs de la Garde
et dobserver une discipline et une conduite irréprochables.
Art. 7.- Tout garde porte comme insigne distinctif un brassard et, comme arme, une canne.
Brassard et canne sont fournis par la Commune. Il est strictement interdit de les porter en
dehors des cas de mise sur pied de tout ou partie de la Garde civique.
Art. 8.- les absences non justifiées et les fautes de discipline sont déférées à la Municipalité
qui prononce, dans sa compétence, une amende pouvant lélever à 12 francs, et à 18 francs en
cas de récidive. (Lois 1876 et 1896) Sans préjudice des peines qui précèdent, la Municipalité
peut prononcer lexclusion de la Garde civique, sur préavis de létat-major, de tout garde dont
la conduite ou la tenue dans la vie ordinaire ou dans le service de la Garde serait incompatible
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avec ses fonctions. Cette exclusion peut être aussi prononcée en cas dabsence ou de fautes de
discipline répétées.
10. Règlement de service de la garde civique de Vevey (dans le livret de la garde civique)
Article premier.- La Garde civique doit, par sa tenue, inspirer le respect et la confiance.
Art. 2.- Le garde doit une obéissance absolue à ses chef.
Art. 3.- Il ne se servira de son arme que sur ordre ou en cas de légitime défense.
Art. 4.- La Garde civique est alarmée par carte ou, en cas durgence, pas une sonnerie des
cloches de la place Orientale, de St Jean et de la Grenette. Ce signal est donné par six coups
consécutifs répétés plusieurs fois.
Art. 5.- Les hommes doivent se présenter au lieu de réunion de leur compagnie, munis de leur
canne et du brassard. La feuille de présence est immédiatement établie par les chefs de
compagnie. (
)
11. Lettre de recrutement pour la garde civique signée par le commandant Maillard
Cher concitoyen,
Vu les événements qui se sont passés ces temps derniers et le mouvement bolchevique qui ne
paraît pas être arrêté, des gardes civiques ont été organisées un peu partout en Suisse, pour le
maintien de lordre public.
Depuis 1907, une garde civique existe à Vevey. Tous les citoyens partisans de lordre, doyens
et jeunes, incorporés dans larmée ou non, devraient y faire partie.
Nous attirons votre attention sur les deux cas qui pourraient très probablement se présenter et
qui demanderaient votre concours :
1° En cas de désordres régionaux, alors que larmée ne sera pas mobilisée, les citoyens-
soldats, comme les civils, voudront apporter leur concours aux autorités.
2° En cas de désordres dans lensemble du pays, la collaboration de tous les bons citoyens,
non mobilisables, sera nécessaire aux autorités, avant, pendant et après la mise sur pied de
larmée.
En faisant une révision du contrôle de la garde civique, nous avons remarqué que votre nom
ny figure pas encore !
Nous vous invitons donc, Monsieur et cher citoyen, à bien vouloir remplir le bulletin
dinscription ci-dessous et à le retourner de suite au Commandant de la garde
Garde civique de Vevey, le commandant Gustave Maillard
12. Lettre du commandant à la Municipalité de Vevey, datée du 7 février 1919
Par un récent recrutement, leffectif de la garde civique sélève à 350 hs. dont la moitié
seulement est armée de matraque et comme cet instrument ne peut se fabriquer actuellement,
il a lieu de se préoccuper de son remplacement. Jattire donc lattention de la Municipalité sur
larmement incomplet de sa garde civique.
13. Lettre de lentreprise H. & R. Matter de Lausanne, à la Municipalité de Vevey , 2
juin 1919
Monsieur le Syndic,
Ayant fabriqué pour diverses communes des cannes spéciales pour les gardes civiques, nous
pensons que cela pourrait vous intéresser et nous permettons, par la présente, de vous les
offrir. Nous sommes à votre disposition pour vous soumettre des échantillons.
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(Dossier de sources réalisés dans le cadre du séminaire de recherche «Les classes moyennes 1920-1950.
Approches politiques, socio-économiques et culturelles», UNIL 1999-2000)
Montreux
Aux archives de la ville de Montreux, je me suis limitée à consulter les procès verbaux du conseil
communal pour voir si on faisait allusion à la création dune garde civique, suite à la grève générale et
à la circulaire du Conseil dEtat. Dans la commune de Châtelard-Montreux, comme dans celle de
Planche, il y a effectivement création dune garde civique. Des recherches plus approfondies seraient
nécessaires pour avoir plus de détails sur sa mise en place effective, sur son fonctionnement et ses
activités. Le vu de M. Rumpf, en mai 1920, laisse supposer que cette garde na pas eu une réelle
activité du moins jusquà cette date. Je ne rapporte que les sources concernant Châtelard-Montreux,
pour Planche cest la même procédure.
Archives de la ville de Montreux (AVM)
Protais verbaux du Conseil communal du Châtelard-Montreux, 1915-1921 ; B 12
14. Séance du 13 mars 1919 ; Préavis. Organisation dune garde civique, p. 152-154
La municipalité présente un préavis tendant à lorganisation dune garde civique et à la
réglementation de ce nouveau corps. Afin den réaliser la mise en vigueur elle demande
lurgence. Celle-Ci est admise par le Conseil. Le préavis est renvoyé à lexamen dune
commission chargée de rapporter dans cette séance.
(
)
M. Albert Pueuzieux rapporte au nom de la commission chargée de lexamen du préavis de la
municipalité et du projet de règlement pour cette garde civique. La commission conclut en
proposant au conseil communal ladoption de lorganisation dune garde civique avec les trois
vux suivants :
1
er
vu : que chaque garde civique soit mis en possession dun brassard et dune carte
didentité qui seront remis a domicile sitôt leur incorporation admise, pour éviter tout retard
sur la place de rassemblement dans lorganisation.
2
ème
vu : quil soit procédé à létude dune assurance de chaque garde en cas de maladie
accident ou mort contracté dans laccomplissement de leurs fonctions.
3
ème
vu : la commission estime que la rétribution de chaque garde simpose pour permettre à
chaque citoyens de remplir ses fonctions sans quil en résulte pour lui un trop grand préjudice
financier, attendu quil sagit de la garde des biens de la communauté.
Lorganisation dune garde civique est votée à lunanimité. Les vux 1 et 2 de la commission
sont admis à une grande majorité tandis qu le 3
ème
est écarté pour 21 voix contre 8.
15. Séance du 24 mai 1920 ; p.225
Vu individuel :M. Edouard Rumpf dépose le vu qui ai-après : « La Municipalité est invitée
à activer lorganisation de la Garde civique dont la création a été votée le 13 mars 1919. »
Monsieur le syndic rappelle que tout ce qui concerne lorganisation de la Garde civique a été
confié à un Etat major à qui la Municipalité transmettra ce vu.
Genève
16. Union civique suisse (BN; V Schweiz, 3192)
Garde civique carte de légitimation - Règlement
Une assemblée convoquée par le Club alpin et Théodore Aubert, eut lieu le 7 novembre 1918, elle
groupait une centaine de représentants de diverses sociétés genevoises, tireurs, gymnastes, associations
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Approches politiques, socio-économiques et culturelles», UNIL 1999-2000)
savantes et artistiques, étudiants, carabiniers, délégués de travailleurs. Cest là la naissance de lUnion
civique genevoise et de ses gardes civiques. Lécrivain Gonzague de Reynold, alors président de la
« Nouvelle Société Helvétique », prétend (Mes mémoires, Genève 1963, tome III, p. 340) avoir été
linspirateur de la création des Unions civiques de Genève et du reste de la Suisse. Le témoignage de
Aubert , en revanche, semble confirmer la « spontanéité » de cette création.
(Mauro Cerutti, « Le mouvement ouvrier genevois durant la première guerre mondiale et la grève
générale », in: Vuilleumier,
., La Grève générale de 1918 en Suisse, p. 175)
Article premier.- La Garde civique est organisé dans le sein de lUnion civique suisse de
Genève. Sa tâche est de prêter main-forte aux Autorité régulières (Conseil dEtat, maires,
Commandant de place, police, etc.) en vue du maintien de la légalité, de lordre et de la
sécurité publics (calamités publiques) et de prêter assistance sur demande autre services
auxiliaires économiques de lU.C.S. (
)
Art. 2.- Les organes directement sont : le Comité, la Commission exécutive de la Garde
civique, les chefs de secteurs, de sous-secteurs, de postes, de patrouilles.
(
)
17. Appel de lUnion Civique Suisse de Genève et lassociation patriotique argovienne,
pour la créations dun faisceau fédéral des ligues, associations, unions gardes civiques et
patriotiques existants en Suisse, mars 1919 (AVV, Dossier police 51.03)
Messieurs et chers Confédérés,
Sur la demande de lUnion civique suisse de Genève, lAssociation patriotique argovienne a
bien voulu prendre en mains, dès lautomne 1918, lorganisation préliminaire du faisceau
fédéral des ligues, associations, unions gardes civiques et patriotiques existant dans notre
pays. La formation de ce faisceau était proposée par le Comité Central du Club Alpin Suisse
dans son appel de novembre 1918-
Lassociation Patriotique argovienne et lUnion Civique Suisse de Genève sont entrées en
rapport par correspondance avec les groupements ci-dessus mentionnés ; déjà de nombreux et
utiles renseignements ont été échangés et lon a pu se rendre compte quen face des dangers
de lheure actuelle, une grande uvre civique sélaborait dan nos Cantons. Nous désirons
maintenant consolider ces rapports cordiaux en suivant lantique tradition des Diètes
helvétiques ; nous en exclurons toutefois les controverses politiques.
Nous vous prions donc instamment de députer un ou plusieurs représentants de votre
groupement à lassemblée des délégués qui aura lieu à Olten le samedi 5 avril (
).
Voici lordre du jour de lassemblée des délégués :
-Constitution définitive du faisceau fédéral.
-Détermination de ses principes, des buts quil poursuit et de ses moyens daction.
-Désignation du Vorort
-Discussion et votation sur le projet de Statut
-Assurance des Gardes Civiques
Au nom de lUnion Civique argovienne:
Dr. Bircher, Fricken, Heiniger, Schäfer, Steiner
Au nom de lUnion Civique Suisse de Genève :
Le président : A. Benoud, le vice-
président : Th. Aubert, Francis Meylan, G. A. Müller
Cette démarche donnera naissance le 5 avril 1919, à la Fédération patriotique suisse (FPS), avec
Bircher à sa tête. La FPS, qui a son centre à Aarau, a lambition de devenir la branche faîtière de toutes
les principales associations cantonales. Théodore Aubert est chargé de prendre contact avec la Ligue
nationale et lUnion patriotique vaudoise en vue dune collaboration.
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18. Théodore Aubert, « Une forme de défense sociale, Les Unions Civiques », Paris,
extrait de Mercure de France, 1921
(
) Les organisations civiques vont donc présenter deux formes principales dactivité quon
distinguera sous les noms de Services auxiliaires économiques destinés à combattre la
dislocation économique et de Gardes civiques, dont le rôle sera daider les pouvoirs dans la
répression de la violence et le combat contre le terrorisme. (
) Les femmes sont appelées à
rendre de grands services dans de multiples branches des services auxiliaires économiques,
par exemple dans les P.T.T. ou pour lorganisation de cuisines et de cantines à lusage des
volontaires ou de la population ; ou encore elles remplaceront les infirmières des hôpitaux ;
enfin les bureaux de lorganisation civique seront heureux de leur concours, surtout si elles
connaissent la sténographie et la dactylographie ; leur expérience et leur connaissance des
affaires du ménage en feront dutiles conseillères dans toute lactivité relative au
ravitaillement. (
) Les Gardes civiques se placent sous les ordres des autorités régulièrement
élues. (
) Un rapprochement sest fait, continue à se faire au sein des organisations civiques
entre les hommes qui signoraient ou que séparaient les opinions ou confessionnelles ; ce
rapprochement a eu lieu sur la base dun amour commun pour la patrie et ses institutions.
Le Ligueur
Organe officiel de la Ligue nationale suisse. Lausanne, 1923-25 (BN F 562)
La Ligue Nationale est fondée le 1
er
décembre 1922, suite à la grève des typographes lausannois. La
LNS se dote dun comité directeur et dun secrétariat permanent à Lausanne, de comités cantonaux et
dun comité fédéral. Dans le canton de Vaud, une section se forme à Yverdon, Rolle, Montreux et le
Mont. Genève aura également sa section ainsi que Fribourg, dès la fin de lannée 1923. Elle sallie en
outre avec un mouvement analogue de Zurich, la Kreuzwehr.
9
Les sections de Lausanne et de Genève
vont répondre à lappel de Théodore Aubert et adhérer à la Fédération patriotique suisse. Quelques
actions importantes : en mars 1923, le Comité, dentente avec lUnion Patriotique Vaudoise et la
Fédération Vaudoise des Jeunesses campagnardes ont lancé une pétition contre le service civil. Le 6
mai une délégation se présente auprès du plénipotentiaire russe Worowsky, pour faire savoir que sa
présence est indésirable. Après 1923 la Ligue commende à péricliter, mais elle participe encore en
1626 à la participation à la campagne contre la candidature de Robert Grimm à la présidence du
Conseil national. Lors de sa dissolution, la majorité des membres ont adhéré à lAssociation
Patriotique Vaudoise.
La LNS commence à publier Le Ligueur dès le 13 juillet 1923, cest un hebdomadaire, ensuite il
devient bi-mensuel dès le mois de juillet 1925, sa parution est suspendue au mois de juillet 1926. Le
bulletin qui sort le 1
er
février 1927 nest plus quun insignifiant feuillet paraissant trois fois lan. Dès
cette date, les derniers ligueurs reçoivent Le Front national, organe de la FPS en français, qui
commence à paraître dès le mois doctobre 1930.
19. P. J. B., « La Ligue Nationale », 13 juillet 1923
Nous sommes heureux de présenter ce journal à tous les citoyens, sans distinction de classe,
sans distinction de partis, à tous ceux qui aiment encore leur Patrie et qui ne demandent quà
contribuer, dans la mesure de leurs moyens, à sa prospérité. (
)
Pourquoi nous avons fondé la Ligue Nationale
En novembre 1922, les Typos se mettent en grève à Lausanne et dans les principales villes de
Suisse. Des nouvelles alarmantes nous parviennent de tous les cantons. Le public sénerve,
lon se sent à la veille dune grève générale. Il faut à tous prix empêcher une répétition des
9
Extrait du Procès-verbal de lAssemblée générale de la L. N. du 27 octobre 1923, Ligueur, 10 nov. 1923
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douloureux événement de 1918, et le seul moyen qui soffre à tous les citoyens patriotes pour
éviter une nouvelle calamité à notre pays, est de fonder une Ligue défensive.
(
) Les chefs communistes, les agitateurs nauront plus devant eux « larmée soutien du
capitalisme », leurs camarades trouveront à leurs rendez-vous dautres « camarades-citoyens »
résolus à maintenir lordre ; cela les fera réfléchir davantage.
Ses buts
(
)Elle est en tout premier lieu anticommuniste, le communisme nayant pas de frontière.
(
) Elle sélèvera par contre avec la dernière énergie contre tout fauteur de désordre, contre
toute manifestation, quelle quelle soit, qui tendrait à diviser les citoyens. (
) Elle respectera
la Constitution et soutiendra les citoyens désignés par la Nation pour faire respecter, tant que
lhonneur les guidera ; mais elle ne permettra en aucun cas le renouvellement des honteux
pourparlers de 1918.
20. Extrait du Statuts de la Ligue Nationale
1. La Ligue a pour but :
a) de défendre la liberté et les droits des citoyens et des cantons ;
b) de sopposer à toute tentative, doù quelle vienne, qui menacerait la liberté du
travail ;
c) de lutter cotre les abus du fonctionnarisme ;
d) de combattre énergiquement toute action contraire au sentiment nationale et au
patriotisme ;
e) détudier et de résoudre toute question dintérêt patriotique.
21. « Les chemises noires »,
13 juillet 1923
(
)Le seul fait davoir sauvé lItalie du communisme doit valoir au fascisme la
reconnaissance non seulement des Italiens, mais de tous les peuples civilisés. Des gens
critiqueront peut-être la méthode quil a employée pour arriver à ses fins. Toutes les violences
ne sont point condamnables, il faut avoir la franchise de le reconnaître. La violence défensive
qui cherche à vaincre une violence offensive et tyrannique est bonne et quelque fois
nécessaire.
22. « Socialistes et classes moyennes », 28 juillet 1923
Cest un lieu commun que de célébrer les classes moyennes. Elles sont, en effet, un
inépuisable réservoir dénergies morales, intellectuelles et économiques pour les nations qui
ont la bonne fortune de les posséder.
Aussi, les fauteurs de désordre économique et social les prennent-ils violemment à partie. Au
récent congrès des coopératives belges, les chefs du mouvement socialiste sen sont pris à la
classe moyenne. (
) Voilà des termes qui , plus que les discours officiels, montrent sous son
vrai jour lantagonisme entre les révolutionnaires partisans du nivelage, artisans de la misère
pour tous et du collectivisme, et les classes moyennes, grandes créatrices de mieux-être et
soucieuses, non de supprimer, mais de multiplier, par leffort personnel, la propriété
individuelle. La haine des coopérateurs belges sexplique donc. Félicitons ces
révolutionnaires de leur clairvoyance et remercions-les de nous en faire part.
23. « Groupons-nous », 11 août 1923
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La Ligue sait quil y a, aux bases de certaines revendications ouvrières beaucoup de bien-
fondé à côté dexagérations flagrantes ; elle sait aussi que linjustice de quelques uns, a
poussé de nombreux mécontents dans le camp des extrémistes. Cest pourquoi elle
semploiera à faire régner cette équité qui devrait être à la base dune vraie démocratie. Ce
programme a valu à la Ligue Nationale de nombreuses adhésions douvriers et de salariés
dont elle défendra les intérêts avec autant dardeur que ne le feraient les syndicats eux-mêmes.
24. « Avis à nos lecteurs », 1 septembre 1923
« Le Ligueur » nest pas une entreprise commerciale ; les collaborations y sont gratuites.
A cause de cela, il na pas à ménager telle ou telle influence et il ose tout dire pour atteindre
sont but qui est le suivant : « Défendre lordre social, basé sur la prospérité individuelle,
contre ses désagrégateurs quels quils soient. » Ce programme ne tolère pas de neutres :
quiconque nest pas avec nous est contre nous.
Que les bourgeois « inconscients » qui alimentent les imprimeries et autres coopératives
communistes, soit par des insertions doit pas tout autre mode de soutien, se le tiennent pour
dit. (lavis continue à paraître dans plusieurs numéros)
25. M. Bl., « Bourgeois groupez-vous ! », 8 septembre 1923
(
) En face des socialistes organisés, Bourgeois groupez-vous ! Aux troupes des premiers,
conduites par des chefs poursuivant le plus souvent la seule réalisation dambitions
personnelles, opposez les masses profondes des citoyens désintéressés qui veulent le maintien
de nos institutions nationales. (
)
26. Brutus, « fin et les moyens », 22-29 septembre 1923
-Depuis tantôt quatre ans, la charrue stationne devant les bufs ; le champ ne produit pas, et
lon sen étonne
(
)
-La cause, cest la cherté de notre coût de production (
)
-Pour diminuer le coût de production, il faut diminuer le coût de la main douvre à parité de
ce quelle se paie à létranger.
-On ne peut songer à payer 20 francs le travail dun ouvrier qui nen faut que 10 à
lexportation.
-Pour diminuer le coût de production, il faut diminuer le coût de la vie, et pour diminuer le
coût de la vie, il faut commencer par diminuer les dépenses de lEtat et les charges qui pèsent
au contribuable.
-Pour réduire les dépenses de lEtat, il faut simplifier la paperasserie, diminuer les salaires des
fonctionnaires, ou bien en licencier une bonne partie, ce qui permettrait de conserver leur
salaires à ceux restant en charge, moyennant quil assument la besogne de ceux qui auront été
licenciés.(
)
-La crise qui sévit depuis la guerre a eu des répercussions extrêmement graves, et parfois
même terribles, sur la plupart des citoyens. Chacun en a eu plus ou moins sa part, sauf les
fonctionnaires pour qui le souci du lendemain est inexistant, leurs ressources étant assurées et
réglées comme du papier à musique.
27. Slogans qui apparaissent souvent dans plusieurs numéros du Ligueur
«Soutenir par sa réclame les partisans de désordre, est une lâcheté »
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Approches politiques, socio-économiques et culturelles», UNIL 1999-2000)
« Commerçant ! si vous soutenez pas votre réclame un journal contraire à vos opinions, vous
vous désavouez vous-même »
« Faire gagner ceux qui soutiennent les extrémistes, est une imbécillité »
« Avant de faire un achat dans un magasin demandez-vous où ira votre argent ! »
« Le grand commerce tue le petit ; le petit tué, pas de concurrence, donc hausse des prix »
« Assimiler dabord, naturaliser ensuite »
« Naturaliser ne signifie pas assimilé »
« Le bon marché est toujours trop cher ! »
« Diminuer le prix des transports vous abaisserez dautant le prix de la vie »
« Evitez les soldes et occasions exceptionnels
Ils ne sont exceptionnels que pour ceux qui
les font. »
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Approches politiques, socio-économiques et culturelles», UNIL 1999-2000)
28. « Bureau de placement pour les membres de la Ligue Nationale », 16 février 1924
Nous avons le plaisir dannoncer à nos lecteurs que nous avons organisé un bureau de
placement pour les Ligueurs. (
) Les services de notre bureau de placement sont gratuits. En
conséquence, les Ligueurs en quête, qui dun employé, qui dun emploi, sont invités à
sinscrire désormais à ce bureau auprès de M. Jasinski.
Archives du Canton de Vaud ; Bulletin des séances du Grand Conseil (ZAO 2)
29. Séance du 22 janvier 1923, Ligue nationale., (p. 896)
En janvier 1923, Charles Naine interpelle le Conseil dEtat à propos de ces groupes de combattants et
exige des renseignements sur leur légalité.
M. Naine.- (
) Jai posé deux questions : « Le gouvernement sait-il quune force armée
sorganise dans le Canton et plus spécifiquement à Lausanne, en dehors de lautorité légale,
et quelle est son attitude à son égard ? » (
)
Voici les faits que nous connaissons : Il sest organisé un groupe qui distribue un bulletin avec
entête : « Groupe des combattants », et au dessous : « Patrie.- Ordre ». Section de
. ». La
ligne est laissé en blanc ; et voici ce que ladhérent doit signer : « Le soussigné déclare
adhérer à la susdite association, qui a pour but la répression du désordre, au besoin par la
force ; il prend lengagement dobéissance à ses chefs
» puis la signature. Viennent ensuite
diverses rubriques se rapportant au signataire : « Nom, prénoms, profession, adresse exacte ;
avez vous une arme ? (cest évidemment une arme pour la discussion par la parole !) (
)
M. Dufour, conseiller dEtat :- (
) Pour empêcher ou dissoudre cette organisation, il faudrait
que le Conseil dEtat puisse se baser sur un texte légal, ou en tout état de cause que le but de
cette association soit contraire à nos lois. [lecture dextraits des statut de la LN] Je ne sais pas
si M. Naine voit dans ces extraits quelque chose qui permette de dire quil sest crée à
Lausanne une force armée ? (
) Jai pleinement confiance dans les personnes qui sont à la
tête de cette association à Lausanne et dans le Canton ; elles sont beaucoup moins nombreuses
que M. Naine le croit, et je suis persuadé que ces gens sortirons de la légalité que le jour où,
en suite de grève ou de désordres provoqués par les socialistes, ils verront la nécessité de
prêter leur concours à lEtat, jusquau moment où larmée interviendra.
30. Séance du 23 janvier 1923
M. Schopfer.- (
) Ils [les bourgeois] ont tellement bien réfléchi quils ont constitué une
garde civique, qui était le résultat dune initiative privée, et ils ont estimé pouvoir donner à
cette garde une attache officielle en la faisant approuver par le conseil communal ; mais on a
trouvé le moyen de la désarmer en partie en disant « Pas darmes à feu ! » seulement un petit
bâton pour se défendre, et on aurait ainsi vu cette garde civique complètement désarmée, alors
quelle aurait eu affaire à des malandrins en cas de troubles. Cest pourquoi les Unions
civiques ont formé une Ligue nationale, et dans le sein de cette ligue on a prévu que les
bonnes volontés qui se présenteraient pourraient prêter main forte à la police ; les traîtres ne
sont pas dignes den faire partie, puisquil y a, vous nous lavez dit hier !
(Une voix à
lextrême gauche : « est-ce que vous contestez nos renseignements ? ») Non ! (Même voix :
« Alors ils ont des armes ? »)
Vous navez quà être bien sages ! (
)
Il ne faut pas oublier, en effet, parlons une fois avec franchement, que nous sommes en état de
guerre civile avec vous, en tout cas au point de vue des esprits, et quand vous voudrez
descendre dans la rue, nous serons là pour vous y attendre !