“A peine remis des blessures qu'il s'est vu infliger en marge du sommet du G8 d'Evian de juin dernier, Genève pourrait bien être à nouveau confronté à un défi majeur en termes de sécurité“.


A Genève, le G8, ce n'était qu'un début

Après les casses, les polices font face à leurs disparités. / Photo: Keystone

En cas d'échec lors du Sommet de Cancun, l'OMC pourrait être amenée à organiser une réunion ministérielle à Genève pour tenter de boucler le cycle de Doha. Une telle perspective interroge fondamentalement la capacité de la Cité de Calvin d'organiser de telles réunions.

Le Temps, Stéphane Bussard, Jeudi 28 août 2003

A peine remis des blessures qu'il s'est vu infliger en marge du sommet du G8 d'Evian de juin dernier, Genève pourrait bien être à nouveau confronté à un défi majeur en termes de sécurité. En plus du Sommet mondial sur la société de l'information, qui se tiendra en décembre prochain, le canton pourrait, comme l'a appris Le Temps, devoir assumer une deuxième mission sécuritaire d'envergure. Une réunion ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) – dont le siège est à Genève – pourrait y être organisée au printemps 2004.

Pour mesurer les craintes que peut susciter une telle perspective, il suffit de rappeler que l'OMC constitue, aux yeux des altermondialistes, l'icône des dérives néolibérales de la mondialisation. Il suffit aussi d'évoquer les manifestations anti-OMC qui avaient débouché sur de violents affrontements dans la Cité de Calvin en 1998. Mais aussi et surtout le traumatisme, encore très présent chez les Genevois, causé par les saccages des Rues-Basses lors des manifestations anti-G8. Cette perspective pose surtout une question fondamentale: Genève, et par ricochet la Suisse, est-il capable d'organiser une grande réunion internationale et d'en assurer la sécurité?

L'éventualité d'une rencontre ministérielle de l'OMC à Genève circule actuellement dans les milieux diplomatiques impliqués dans les négociations préparatoires du sommet de l'OMC à Cancun, au Mexique. Un sommet qui se tient dans moins de deux semaines et dont beaucoup prédisent l'échec. Toutefois, dans une tentative de boucler le cycle de négociations initié à Doha au Qatar à l'échéance prévue, soit en décembre 2004, des ministres de plusieurs Etats membres laissent entendre qu'ils souhaiteraient une nouvelle réunion ministérielle l'an prochain. Théoriquement, une telle réunion pourrait être organisée dans n'importe quel pays membre qui ferait acte de candidature pour l'accueillir. Pratiquement, les Etats sont toujours plus réticents à s'engager, de peur de s'exposer à de graves débordements qui accompagnent souvent ce type de sommet. En l'absence de candidature, il incomberait alors au siège de l'OMC, à Genève, de prendre les devants. Pour l'heure, la Confédération n'a cependant pas été approchée. Mais en tant que pays hôte, elle pourrait suggérer, le cas échéant, un autre lieu de réunion en Suisse si les problèmes sécuritaires genevois devaient être insurmontables.

Une réunion de l'OMC à Genève au printemps 2004? A l'heure où les polices engagées dans le cadre du G8 opèrent leur débriefing (voir ci-dessous), cette nouvelle échéance tomberait au plus mauvais moment pour Genève. Et pour cause. Au sommet de la hiérarchie policière, deux postes cruciaux doivent être repourvus: celui de chef de la police et celui, peut-être même plus stratégique encore, de commandant de la gendarmerie. La cheffe du Département de justice, police et sécurité, Micheline Spoerri, est certes en train d'examiner les quinze candidatures qui lui sont parvenues. Un nouveau chef pourrait être nommé dans les premières semaines de septembre. Mais le temps pour restaurer la sérénité au sein de la “Grande Maison” sera très court.

Si les candidatures proviennent aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur, certains responsables des syndicats de policiers avancent clairement leurs préférences. Il faut que ce soit un candidat choisi à l'interne. Cette prise de position ne manque pas de choquer ceux qui considèrent que les enjeux autour de ces nominations vont bien au-delà de réflexes corporatistes. De toute évidence, au moment où l'institution policière est encore déstabilisée et n'a pas encore digéré la crise provoquée par le G8, la priorité consiste clairement à reprendre en main les forces de l'ordre afin qu'elles soient à même de garantir à Genève son statut de ville internationale et, corollaire, l'accueil de grandes réunions internationales.

Jacques-Simon Eggly ne déclarait pas le contraire mardi en conférence de presse (Le Temps du 27 août): “La place de Genève et le rôle de la Suisse sur la scène internationale sont en jeu.” Le conseiller national libéral a ainsi déposé une motion invitant le Conseil fédéral à adopter une loi cadre réglant clairement les compétences entre cantons et Confédération. Sans parler de police fédérale, il s'agirait de rendre beaucoup plus efficace la collaboration policière intercantonale sous l'égide de la Confédération. Une manière de “revivifier le fédéralisme” pour que Genève et la Suisse ne tombent pas dans l'insignifiance.


Après les casses, les polices font face à leurs disparités

La séance de débriefing du G8 effectuée par les responsables des forces de l'ordre ne débouche pas vraiment sur du concret.

Titus Plattner

Lundi, à l'Hôtel de police de la Gravière, à Genève, les chefs des polices impliquées dans l'organisation du dernier Sommet du G8 se sont réunis pour un premier débriefing, comme l'a signalé dans son édition d'hier la Tribune de Genève. Organisée par le directeur suppléant de l'Office fédéral de la police, Zsolt Madaràsz, cette séance marathon (6 heures) n'a pas vraiment débouché sur du concret. Les participants se sont d'abord félicités que la mission principale qu'ils avaient reçue – c'est-à-dire la protection, le transport et l'hébergement des délégations se rendant au Sommet – avait été parfaitement accomplie. Selon un participant à la séance, la rencontre s'est tenue dans une atmosphère “très conviviale”.

Vaud avait dépêché le commandant de sa police cantonale, Eric Lehmann, et le commandant de la gendarmerie, Alain Bergonzoli; le Valais avait envoyé le commandant Bernard Geiger et Genève était représenté par le chef ad interim de la police, Christian Cudré-Mauroux, ainsi que par deux capitaines de la gendarmerie, leur commandant (malade durant le G8) ayant récemment quitté ses fonctions. L'Allemagne avait envoyé un officiel du Ministère de l'intérieur ainsi que les représentants des polices du Bade-Wurtemberg et de Bavière, les deux Länder dont étaient issus les 750 Schupos venus en renfort. Mais ni l'ancien commandant de la police vaudoise, Pierre Aepli, qui avait pourtant coordonné l'organisation de la sécurité durant le G8 pour la Suisse, ni un représentant des autres cantons, qui avaient massivement fourni des renforts, ni l'armée, qui avait envoyé plus de 4000 hommes sur le terrain, n'ont été invités.

Concernant le maintien de l'ordre lors des manifestations – qui, on se souvient, s'est un peu moins bien passé –, les participants à la séance ont essentiellement constaté les différences de doctrine d'engagement et de base juridique entre la Suisse et l'Allemagne. Les démarches préventives, comme l'arrestation de personnes notoirement violentes (genre Black Block) avant même qu'elles n'aient commis de délit, ne sont par exemple pas possibles en Suisse. Le travail de renseignement, afin de les identifier, y est également beaucoup plus difficile qu'en Allemagne. Il n'est pas exclu que, dans un avenir proche, les chefs des polices cantonales militent pour des modifications législatives afin de pouvoir intervenir avec davantage de fermeté. Un ajustement de la doctrine d'engagement des cantons romands (LT du 9 mai), dont les grandes lignes avaient été tracées en 1999, a aussi été évoqué. Celle-ci passe pour être particulièrement souple à l'égard des manifestants.

Ces réflexions sont particulièrement importantes dans la perspective de l'Eurofoot de 2008. Déjà aujourd'hui, les plus hautes autorités policières du pays se crispent rien qu'à son évocation (LT du 4 juin). A côté de cela, le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), qui se tiendra à Genève en début décembre et pour lequel une demande de renfort de policiers des autres cantons est déjà en route, semble être un sympathique pique-nique.

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