Le projet de Pascal Couchepin de rencontrer le 1er juin 2003 Georges W. Bush en route pour le G8 à Evian, permet à des boursouflures de faire ce qu'ils adorent, l'important!


G8: fin de la polémique et début du dialogue. La bisbille entre Berne et Genève sur la rencontre Bush-Couchepin a vécu.

Tribune de Genève, Eric Budry, 19 avril 2003 

"M.Couchepin est un latin, il est connu pour ses réparties. Mais je suis certain que la tension va retomber dès qu’il aura réellement pris connaissance de notre demande." Laurent Moutinot avait vu juste. Après une conversation téléphonique jeudi soir entre le président de la Confédération et le président du Conseil d’Etat genevois, la polémique a cessé. Et Pascal Couchepin est entré en matière sur un déplacement dans un autre lieu qu’à l’aéroport de sa rencontre avec GeorgeW. Bush le 1er juin prochain.

L’affaire avait éclaté mercredi, après que Laurent Moutinot eut annoncé à la presse que le Conseil d’Etat avait écrit au Conseil fédéral pour lui demander de pas organiser dans l’enceinte de l’aéroport international de Genève la rencontre entre les présidents des Etats-Unis et de la Confédération. Pascal Couchepin, interrogé le jour même par un journaliste, avait lancé que "Genève ne devait pas se comporter en enfant gâté" et assumer ses responsabilités de ville internationale.

"Touriste capricieux"

Piqué au vif, Laurent Moutinot répondait par média interposé que M.Couchepin se comportait comme un touriste anglais exigeant, au sommet du Cervin, de pique-niquer en ce lieu. "Et comme son guide lui dit que ce serait moins dangereux de le faire dans la vallée, concluait-il, le touriste lui ordonne de le faire puisqu’il est guide."

Fin des petites phrases assassines, passons aux choses sérieuses. Tout d’abord, Pascal Couchepin, actuellement à Athènes en raison de la Conférence européenne, s’est montré plus conciliant dès jeudi. Bien qu’il estime toujours que l’aéroport est l’endroit le plus approprié, il a confié le dossier à la délégation du Conseil fédéral pour la sécurité, présidée par Micheline Calmy-Rey. C’est donc l’ancienne conseillère d’Etat qui sera chargée de déterminer, en collaboration avec les polices et la France, le lieu de la rencontre.

Deuxièmement, la fameuse lettre envoyée au Conseil fédéral en réalité par la délégation intercantonale Vaud, Valais, Genève montre bien à quel point les autorités sont inquiètes. Elles demandent ainsi à Berne de solliciter l’envoi de renforts policiers venant d’Allemagne.

Genève s’organise

Dans ce contexte, il semble particulièrement bienvenu que le Gouvernement genevois ait enfin mis en place les structures indispensables de négociation avec les organisateurs des manifestations anti-G8. Le président du Conseil d’Etat rencontrera du reste jeudi matin le Forum social lémanique pour une prise de contact. S’il estime normal que le président du collège s’affiche au premier plan vu l’importance du dossier, Laurent Moutinot insiste aussi pour dire qu’il n’y a aucune mise sous tutelle de Micheline Spoerri. Laquelle gère toute la partie opérationnelle. Laurent Moutinot estime par ailleurs que seul un dialogue continu entre tous les acteurs permettra d’éviter les débordements. "J’ai le sentiment très net que les organisateurs de la manifestation sont conscients des risques. Et qu’ils ne veulent pas que cela tourne mal. Dès lors, en maintenant les contacts de manière permanente avec eux, je suis persuadé que nous parviendrons à maîtriser la situation."


L'essentiel de la lettre adressée au Conseil fédéral

Monsieur le président de la Confédération Mesdames et Messieurs les conseillers fédéraux, La délégation intercantonale des trois cantons concernés par la préparation du Sommet d’Evian s’est réunie hier soir à Lausanne.

Elle a pris connaissance au cours de sa séance d’une lettre adressée à sa présidente, Madame la conseillère d’Etat Micheline Spoerri, par la direction générale de l’aéroport international de Genève, qui témoigne de sa très vive inquiétude quant à la sécurité du trafic aérien et des passagers devant les risques, de perturbation liée aux nombreuses manifestations altermondialistes entourant le G8.

Notre délégation partage les préoccupations de la direction de l’aéroport. Depuis la confirmation de la rencontre du président Bush avec le président de la Confédération suisse à l’aéroport le 1erjuin prochain, la probabilité de manifestations ayant les installations aéroportuaires pour cible s’est accrue. Elle a même été publiquement évoquée par différents organisateurs de la grande manifestation.

Après avoir fait le point avec le comité directeur, force nous est de constater que, même avec les renforts confédérés attendus et le service d’appui de l’armée, il ne sera pas possible aux autorités cantonales de maîtriser là situation avec les effectifs policiers à disposition, ce d’autant plus qu’en marge du G8, il est malheureusement devenu habituel que les manifestations s’accompagnent d’actes de violence contre les personnes et contre les biens. Il nous apparaît dès lors nécessaire que le Conseil fédéral s’interroge sur l’opportunité de localiser à l’aéroport international de Genève la rencontre susmentionnée.

En tout état, le problème du renforcement des forces de police confédérées par des forces de police étrangères est posé. Dans la logique des accords signés avec la République française, nous avons par l’intermédiaire du préfet de Haute-Savoie exploré les possibilités d’obtenir pour protéger le périmètre sécurisé de l’aéroport de Genève le renfort de 500 fonctionnaires de police français. Il semble que le Ministère de l’intérieur français s’apprête à répondre négativement à une telle démarche.

Compte tenu de la proximité du Sommet d’Evian, nous avons également évoqué la possibilité de faire appel aux mécanismes prévus par l’article22 de l’Accord de coopération judiciaire et policière germano-suisse et vous saisissons par la présente de notre demande très pressante de transmettre une demande d’assistance fondée sur cette déposition aux autorités de la République fédérale d’Allemagne, si le refus français devait se confirmer.

Nous vous suggérons de faire le point sur les questions évoquées dans cette lettre et sur diverses autres questions urgentes liées à la préparation du Sommet d’Evian, et plus particulièrement sur celle des dommages collatéraux liés à ce Sommet et leur prise en charge par la Confédération. Nos trois Gouvernements sont en effet constamment interpellés par la population et plus particulièrement par les milieux économiques à ce sujet. Une réponse rapide, avant fin courant, sur cet objet nous obligerait.

Nous vous prions de croire Monsieur le président de la Confédération, Mesdames et Messieurs les conseillers fédéraux, à l’expression de notre haute considération.

Micheline Spoerri . La présidente de la délégation intercantonale des cantons de Genève, Vaud et Valais.

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