Face aux émeutiers de l'anti-G8 et à leurs complices: les défenseurs des libertés répliquent enfin.
Face aux émeutiers de l'anti-G8 et à leurs complices: les défenseurs des libertés répliquent
Le Nouveau Libéral, Pierre Weiss, Numéro 117. 13 juin 2003
La défaite a peu d'amis. Et encore moins de responsables. Comme de bien attendu. Les G.O. (Grands Organisateurs) genevois de l'anti-G8 et donc du chaos de ce début de juin, à savoir la myriade d'associations et les partis de l'Alternative réunis sous la bannière du Forum social lémanique (FSL), ont-ils perdu la confiance des sympathisants pacifistes? Il suffit, pour les plus durs de ces agitateurs, de les considérer comme indignes du renversement du système capitaliste, de se tourner vers les plus fanatisés. D'utiliser les instruments légaux d'une Justice honnie pour déposer plainte sur plainte pour violence policière. De faire, au pire, le dos rond sous l'opprobre populaire. De verser dans la provocation hystérique en demandant la démission de Micheline Spoerri.
Or celle-ci mérite d'autant plus le soutien des libéraux et, au-delà, des citoyens genevois, qu'elle est venue à bout d'un exercice périlleux, compte tenu des contraintes politiques tétanisantes qui pesaient sur elle et la Police. Car le travail de Micheline Spoerri et celui de la Police n'ont pas été facilités, c'est une litote, par les démonstrations de capitulation par anticipation du Grand Conseil. Le FSL a pu se contenter de récolter les fruits de l'action de ses collaborateurs parlementaires en signant un mémorandum d'accord inique qui le mettait en position de force..
Mais ces G.O., notamment les de Marcellus, Decarro (tous deux fonctionnaires de l'Etat de Genève), Vaneck, Pagani et consorts, sont incapables d'écarter de leur rangs leurs complices casseurs déshonorant la République et ses valeurs. Déjà, certains doivent songer à repartir à l'assaut du prochain sommet réunissant des chefs d'Etats étrangers. Celui de l'information, qui se tiendra à Genève en décembre 2003, pourrait fort bien faire l'affaire, en attendant quelque conférence de l'OMC ou la réunion du World Economic Forum de Davos en janvier 2004. Le tout mené au nom de la liberté d'expression, évidemment, et au prétexte des problèmes de la galaxie, qui n'en a cure.
Retour obligé sur l'échec du FSL. Il tire son origine de sa stratégie pernicieuse de cohabitation avec des éléments violents, tels les Black Blocks anarchistes. Celle-ci n'a jamais été remise en cause par le FSL; elle a encore moins été dénoncée, si ce n'est par les plus modérés, mais timidement, par deux Verts, et seulement après la manif, au vu de ses conséquences délétères. Cet échec a aussi été favorisé par une gauche parlementaire qui s'est fait le fidèle porte-parole du FSL au Grand Conseil. Sous réserve d'inventaire, on pourrait provisoirement la diviser en accompagnants naïfs (Verts), en acteurs apprentis-sorciers (socialistes) et en meneurs sorciers (Alliance de Gauche). Remuez le brouet munichois de leur chaudron, et Genève déguste l'incapacité relative de l'Etat à maintenir l'ordre et la paix civile.
Le double flop de la manif
Cet échec exige des réponses fermes des partis de l'Entente, et singulièrement du parti libéral. Celui-ci avait en effet eu la clairvoyance de mettre en garde - au point de vouloir interdire le défilé - contre les dérives prévisibles des grandes manoeuvres du FSL. La liberté de manifester n'est pas un droit fondamental, n'a pas manqué de rappeler au Grand Conseil Michel Halpérin. Elle s'arrête là où commencent celle des citoyens de vivre en paix et celle des habitants de jouir de leurs propres biens et libertés. En majorité, ils proclament Plus jamais ça! . D'où une obligation d'initiative, par souci de cohérence, par volonté de défendre cette société ouverte contre ses ennemis, au sens que lui a donné le philosophe Karl Popper. Ce qui permettra au passage de compter ses amis, les fidèles et les prodigues. . .
Alors que certains, tel un sieur Juan Tortosa, l'un des responsables du FSL, n'hésitait pas à fanfaronner, au début du mois de mars 2003, au sujet du million de manifestants, évidemment pacifiques, qui aurait dû submerger Genève à l'occasion de l'anti-G8, leur nombre réel, quoique non négligeable, n'a pas dépassé quelques dizaines de milliers de personnes, poussettes comprises. Quantitativement, ce fut donc un flop. Il serait erroné de ne pas s'en souvenir, face à des spécialistes de l'agit-prop qui n'ont de cesse de se prévaloir du soutien des masses.
Mais le flop fut aussi qualitatif. Pour longtemps, l'ombre portée par l'antimondialisation sur ce canton, pendant ce trop long week-end de l'Ascension, restera gravée dans les yeux et les mémoires comme une suite d'explosions de violence, aussi incontrôlées que prévisibles, avec pour seul élément original la présence-connivence des badauds. D'où la tache noire qui va voiler les espoirs de ceux qui, vrais démocrates mais déçus de l'évolution de notre société, sont favorables à une autre forme de rapports économiques et sociaux. En l'occurrence, la vision donnée de l' antimonde pourrait décourager de se rendre dans l' autre monde les audacieux, qui n'ont rien à perdre, et les culpabilisés qui trop possèdent. En matière d'effet pervers, on ne pouvait rêver mieux! En termes de matérialisme historique, ce fut, pour paraphraser Lénine, un pas en avant, deux pas en arrière...
Pour les partis non extrémistes de l'Alternative, la fessée de l'histoire est douloureuse. Elle pourrait avoir une traduction aux élections fédérales de l'automne 2. Certains sentent déjà la menace, puisquils approuvent l'idée d'interpellations préventives des éléments violents après s'être opposés aux simples contrôles d'identité préventifs exclus du Mémorandum 3... Les voilà mis en demeure de choisir entre trois réponses. La première est intenable, la seconde irresponsable, la troisième seule est courageuse.
Intenable, le déni des faits: les exactions et autres violences n'étaient que broutilles, surtout en comparaison des dégâts commis par les Américains et leurs alliés en Irak, par les Espagnols au Pays basque, par Israël dans les Territoires, par les Russes en Tchétchénie, etc; surtout, il n'y a pas eu de morts. Plaie d'argent n'est pas mortelle, c'est vrai, et toute vie perdue est un drame. Pour autant, faut-il tout sacrifier au droit-de-l'hommisme, abandonner toute normes civilisées de comportement, laisser pervertir nos libertés? Irresponsable, la recherche fuyante de coupables: la police, voulue discrète par une majorité du Grand Conseil, a été discrète: haro sur elle et ses rares démonstrations de muscle; le Chef du Département de justice, police et sécurité aurait vu la situation lui échapper: sa démission est exigée, alors même que Micheline Spoerri se conformait à la doctrine d'engagement ratifiée par le Conseil d'Etat et, surtout, négociée par son Président avec le FSL. Alors surtout que Charles Beer jouait le trublion sur le Pont du Mont-Blanc et y perdait sa crédibilité.
Enfin, courageux, le retour à la raison de l'ordre libéral - et non libertaire marquée au coin de l'expérience. Il consiste en l'élaboration d'une codification des conditions de manifester: l'octroi d'autorisations aux anti-mondialistes, au vu de ce qui s'est passé, devra faire l'objet de conditions non négociées.
Laxisme et double discours de la gauche genevoise
En clair: les débordements anarchiques d'inspiration zapatiste, dont rêve Olivier de Marcellus, improbable sous-sous-commandant Marcos 4, liées à la pure chienlit des praticiens du chaos personnifiés par les Black Blocks bernois 5 devraient obliger les Verts et les Socialistes à se démarquer résolument de la violence en tant que phénomène. La majorité de la population, elle, la rejette. Ils doivent aussi à cette démocratie de tracer une ligne de démarcation d'avec les agitateurs d'extrême gauche et les voyous-casseurs, pour reprendre l'appellation adoptée par le Président Jacques Chirac pour disqualifier ces derniers. Voire à les dénoncer, sauf à accepter de se transformer en complices pénaux ou du mois moraux de leurs méfaits.
Ces débordements forcent aussi à reconnaître que l'on ne peut être observateur neutre des manifs et médiateur en même temps, voire inspirateur-dictateur des actes du gouvernement, telle député Brunier qui s'est cru en mesure d'exiger du président du Conseil d'Etat une mise en minorité de Micheline Spoerri au sein du Gouvernement. Et de contribuer, avec Charles Beer qui se revoyait déjà en syndicaliste, à l'échappée du Pont du Mont-Blanc des casseurs déguisés en pseudo-pacifistes car s'étant délestés de leurs armes, entre une haie d'honneur faite par la Police. L'acte de trop, de ceux qui tuent une réputation, qui laminent une autorité, une position durement acquise.
En un régime où la séparation des pouvoirs aurait encore un sens, cela porterait un nom susceptible de condamnation politique publique par le Gouvernement. A Genève la laxiste, ce n'est qu'une preuve supplémentaire de la faible épaisseur du vernis démocratique d'une certaine gauche qui n'a de cesse de saper la confiance des citoyens envers les institutions et leurs élus.
En somme, qu'on le regrette ou qu'on s'en réjouisse, cette fessée délégitime ceux qui se réclament de l'anti-mondialisation, cette gauche bien-pensante qui pratique l'affaiblissement, voire le renversement des valeurs démocratiques comme Monsieur Jourdain la prose.
A cet égard, la motion de l'Alternative 1542, adoptée par une majorité du Grand Conseil (droite exclue) sur la stratégie d'engagement des forces de l'ordre renvoie d'ailleurs explicitement dans ses considérants à l'attitude inutilement agressive et provocante de la Police à Cornavin le 29 mars 2003. Et les déclarations préparatoires6 n'ont pas manqué au Grand Conseil pour montrer au Gouvernement, qui n'en demandait peut-être pas tant, dans quel sens soufflait le vent de la faiblesse. Parler enfin de syndrome Chervet 7 n'est donc pas hors de propos pour expliquer la retenue, parfois étonnante pour le grand public et les victimes, des forces de l'ordre genevoises, notamment lors des nuits d'émeute du samedi 31 mai et du dimanche 1er juin.
De toutes ces incohérences perverses des antinatifs (et non alternatifs), les libéraux n'ont pas été dupes. La conclusion de l'intervention de Claude Aubert à la séance extraordinaire du Grand Conseil du 10 mai 2003 résonne encore à nos oreilles: Si jamais Genève se trouve saccagée après le G8, vous ne verrez aucun organisateur dire à la population genevoise: Excusez-nous, nous avons semé le vent, et vous avez récolté la tempête !
Les propositions du Parti libéral
A ce stade, il serait insuffisant, pire: irresponsable, de passer les dégâts aux biens privés et publics par pertes et profits, de considérer les manifs comme une servitude inhérente à la vocation internationale de Genève, de ne voir dans les débordements des citoyens transgressant toute norme et se transformant en pillards d'occasion qu'un coup de canif aux valeurs de la démocratie. Avec ou sans Schadenfreude. Plusieurs actions seront donc proposées lors de la prochaine séance du Grand Conseil par la députation libérale.
Il s'agit d'abord de condamner fermement les observateurs-abuseurs de leur rôle.
De poursuivre ensuite les voyous-casseurs et les instigateurs des violences sur les plans pénal et civil, voire administratif pour les fonctionnaires de l'Etat qui auraient manqué aux obligations de leur statut.
L'extrémisme violent doit aussi faire l'objet d'un surcroît d'attention; les expériences étrangères et suisses en matière de manifestations anti-mondialistes le justifie a priori. Les libertés fondamentales ne sont pas discutables. Le maintien de l'ordre est leur meilleur garant, tant elles sont précieuses.
Parallèlement, les forces de l'ordre, genevoises, confédérées, suisse et allemande, méritent de recevoir l'expression du soutien du Parlement. Elles ont peut-être évité que certains ne recourent à la loi du Talion! Une police plus efficace est aussi nécessaire pour contribuer au retour de la confiance de la population et des entreprises, y compris de celles qui imagineraient venir s'établir à Genève.
Last but not least, les lésés, et notamment les commerçants, doivent recevoir l'assurance de l'Etat de sa célérité à régler leurs problèmes.
A ces conditions et dans cette perspective, les répliques des défenseurs des libertés pourront remonter le courant, lutter contre l'entropie d'un système décadent. Peut-être pourront-elles bénéficier de l'appui de ceux qui auront compris les conséquences de leurs errements. Quant au gouvernement, il lui revient de se montrer à nouveau sous un jour collégial en période de beau temps comme il aurait dû le faire sous la tempête. Mais là, aucune loi ni motion n'est envisageable.
A naïf, naïf et demi? Che sarà, sarà.
Notes
1 La Police assure une présence discrète vis-à-vis des manifestants tout au long de la manifestation. Elle garde un contact constant avec le FSL, notamment en cas de débordements, Le FSL prend acte qu'elle protégera physiquement les zones interdites de manifestation, comme la Rive droite, les Rues basses ainsi que tout bâtiment et site à risque. Durant toute la période de manifestations autour du 1 juin, la Police s'engage à ne pas faire d'interventions ou de contrôles d'identité préventifs, sauf en cas de menace imminente, concrète et grave pour l'ordre public par un groupe de personnes. Extrait du Mémorandum d'accord entre le Conseil d'Etat et la Police genevoise et le FSL du 23 mai 2003.
2 En revanche, pour les élections municipales, il est trop tard!
3 Aux dires d'Antonio Hodgers à l'émission Mise au point de la TSR du 8 juin 2003.
Ce serait pour le moins une ironie du destin que de voir le retour des fiches (pour les manifestants-hooligans) provoqué par leurs plus vifs contempteurs d'alors. Mais, après tout, on le fait bien pour les supporters violents des équipes de football.
4 Voir un texte édifiant, écrit après la manifestation auti-G8 de Gênes, par Olivier de MarcelIus, Against globalisation : some old problems and a new kind of movement, www.commoner.org.uk/01-2ground-zero.htm
5 Selon une déclaration à Dimancbe.ch du 8 juin 2003 du chef ad interim de la Police genevoise.
6 Le député socialiste Brunier n'a pas hésité à affirmer au Grand Conseil, lors du débat consacré au G8, que deux scénarios sont possibles pour diminuer la pression: le premier, qui s'est déroulé à Gênes, soit une ville fantôme, paniquée, évacuée, une ville dans laquelle un appel à fermer les magasins avait été lancé. Il y a un autre scénario qui consiste à accueillir les gens qui viennent dans la plupart des cas pacifiquement. Nous proposons de créer un univers d'accueil festif et convenable. Une position, qu'apprécieront au passage les commerçants, Sa collègue de parti Fehlmann-Rielle n'a pas hésité à la reprendre: Plus la manifestation sera festive et conviviale, moins les risques de violence et de dérapage seront grands, Cela implique évidemment un service d'ordre qui soit cohérent, efficace, mais aussi discret. Le député, toujours socialiste, Sommaruga a surenchéri: Les manifestants qui se rendront à Genève ne veulent s'en prendre ni à la Suisse, ni à Genève, ils viennent simplement exprimer à Genève un message. Leurs accompagnants aussi? Quant à la présidente des Verts, Sylvia Leuenberger, elle a clairement déclaré que en ce qui concerne les commerçants, plutôt que de barricader leurs échoppes, nous leur recommandons d'installer des drapeaux multicolores portant l'inscription paix afin d'éviter de faire l'objet d'attentions particulières. Ce qui revient à se rendre à l'ennemi. Source: Mémorial du Grand Conseil, www.geneve.ch/grandconseil/memorial/
7 Du nom de la syndicaliste fribourgeoise atteinte au visage d'une balle marquante remplie de peinture pour avoir lancé un objet contre un policier ce jour-là et qui a porté plainte contre la Police.