"Je ne veux pas qu’on se serve de moi, surtout à des fins politiques", s’insurge quant à lui Guy Smallman mais il envisage de porter plainte.


G8: plaignant britannique contre la police. Guy Smallman a eu le mollet déchiqueté. L’affaire pourrait se terminer devant un tribunal.

Tribune de Genève, Antoine Grosjean, Jeudi 12 juin 2003

Le photographe indépendant anglais Guy Smallman (photo), blessé au mollet gauche par une grenade à concussion, envisage de porter plainte contre la police. Une hypothèse encore discutée avec son défenseur, Me Raymond de Morawitz. "C’est une chose parfaitement possible", indique l’avocat qui souhaite encore se donner quelques heures de réflexion. "Ceci dit, s’agissant d’une blessure aussi grave que celle-là, je pense que le Ministère public devrait se saisir d’office du cas, selon la prescription de l’article 125, alinéa 2, du Code pénal. Celui-ci réprime les auteurs de lésions corporelles commises par négligence."

Le dimanche 1er juin vers 16h, lors des affrontements survenus après la manifestation transfrontalière contre le G8, une grenade assourdissante touche par-derrière le photographe au mollet, déchiquetant les muscles et sectionnant deux nerfs. "Ces trois dernières années, j’ai couvert de nombreuses manifestations, à Gênes, Prague, Nice, Barcelone ou Bruxelles", confie Guy Smallman. "Je m’étais fait une spécialité d’être "sur le front". Cette fois-ci, pour changer, je voulais suivre une manifestation que je pensais plus tranquille, faire de belles photos colorées du défilé. Et c’est la première fois que je suis blessé!"

Visite refusée

Guy Smallman ne devrait pas recouvrer l’usage de sa jambe avant plusieurs mois. Il pourrait en ressortir boiteux. Selon ses propos, les nerfs sectionnés ne peuvent être reconnectés et les muscles du mollet sortent affaiblis de cette blessure. Le reporter anglais, qui retourne aujourd’hui dans son pays, devra suivre un traitement intensif de physiothérapie.

Le 7 juin, alors qu’il est à l’hôpital depuis près d’une semaine, Guy Smallman n’a pas souhaité recevoir la conseillère d’Etat Micheline Spoerri. Celle-ci, que nous avons vainement tenté de joindre hier, voulait lui rendre visite. Dans un premier temps sollicité par la magistrate, il lui a dit de s’adresser à son avocat. Ce qu’elle n’a pas fait, selon Me de Morawitz. En revanche, elle est revenue sans prévenir le 7 juin, alors que le reporter avait subi la veille une greffe de la peau et qu’il était encore sous le choc opératoire. Pour cette visite que Micheline Spoerri voulait rendre "à titre personnel et humanitaire", elle est arrivée avec un photographe. Me de Morawitz qualifie de "regrettable maladresse" le fait d’être venue ainsi accompagnée. "Je ne veux pas qu’on se serve de moi, surtout à des fins politiques", s’insurge quant à lui Guy Smallman. Le 2 juin, au lendemain de sa blessure, le photographe avait déjà refusé une visite du chef de la police.

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