29 mars 2003, jour de la manifestation anti-OMC. “A l’issue de cette manifestation, en fin d’après-midi, une trentaine de personnes se livrent à des déprédations en ville de Genève. Ainsi que dans le secteur de Cornavin. La police avait dès lors reçu pour ordre d’escorter les manifestants jusqu’à la gare.“ La syndicaliste Denise Chervet a été blessée par le FN303, aujourd’hui interdit dans le Corps de police genevois, mais son fils aussi porte plainte. Ainsi, comme victimes du G8, la démission de l’ancien chef de la police démissioné et un capitaine de gendarmerie inculpés. Les vandales, eux, sortent sans problèmes!


Affaire de Cornavin: un policier est convoqué par le juge. Le gendarme avait utilisé sa matraque sur le fils de la syndicaliste qui avait été blessée au visage.
 
Tribune de Genève, Valérie Duby, Vendredi 20 fevrier 2004

On se souvient tous de la balle marquante de Cornavin, qui a bien sûr entraîné les blessures de la syndicaliste Denise Chervet, mais aussi la démission de l’ancien chef de la police et l’inculpation d’un capitaine de gendarmerie. On se rappelle aussi que l’enquête administrative, menée à la demande du Conseil d’Etat, a blanchi le gendarme qui a tiré sur la manifestante, ainsi que son lieutenant.
La procédure administrative n’est pas terminée pour autant puisque de nouvelles investigations ont été demandées. Celles-ci portent cette fois sur quatre collaborateurs de la police, dont l’ancien commandant de la gendarmerie aujourd’hui à la retraite.

Dans ce dossier sensible, on apprenait récemment qu’un autre policier se trouvait désormais dans la ligne de mire de la justice, pour avoir utilisé son tonfa (sorte de matraque) sur le fils de Denise Chervet, Joshua. Le 26 février prochain, ce gendarme est convoqué par le juge d’instruction en charge de l’enquête. L’homme a reçu un mandat de comparution et sera entendu en vue d’une éventuelle inculpation.

Déprédations

Pour bien comprendre cette affaire, il faut remonter au 29 mars 2003, jour de la manifestation anti-OMC. A l’issue de cette manifestation, en fin d’après-midi, une trentaine de personnes se livrent à des déprédations en ville de Genève. Ainsi que dans le secteur de Cornavin. La police avait dès lors reçu pour ordre d’escorter les manifestants jusqu’à la gare. Là, plusieurs interpellations ont eu lieu. Là, Denise Chervet a été blessée par le désormais tristement célèbre FN303, aujourd’hui interdit dans le Corps de police genevois. Denise Chervet se trouvait avec son fils, ayant participé à la manifestation, lorsque la police a commencé son intervention. Un gendarme en tenue antiémeute a pris Madame Chervet par le bras afin qu’elle s’éloigne des escaliers menant au quai. Son fils est arrivé en courant, intimant au policier de laisser sa mère tranquille.

"Utilisation légitime" mais...

La suite? Les éléments rapportés ci-dessous proviennent de vidéos amateurs (des personnes non identifiées) qui ont été fournies par Denise Chervet. Sur ces images, on verrait Joshua arroser les policiers avec une boisson gazeuse. F
ace à un cordon de police qui avance dans sa direction, Joshua reçoit un coup de matraque. Une plaie qui a nécessité des points de suture. En date du 15 avril, plainte a été déposée pour lésions corporelles simples et graves. Le juge a rendu une ordonnance de soit-communiqué, sans inculpation. Denise Chervet a alors recouru contre cette décision auprès de la Chambre d’accusation, qui a admis ce recours et a demandé au juge de procéder à l’inculpation du gendarme.

Les juges de la Chambre ont estimé que l’utilisation de la matraque était légitime et proportionnée au but poursuivi, à savoir faire reculer Joshua. Par contre, une fois cet objectif atteint, le jeune homme étant en train de reculer, il n’y avait apparemment plus nécessité d’asséner un coup de tonfa sur le bras de Joshua pour le faire obéir.

Le tonfa pas remis en question

A la police genevoise, même si personne ne veut commenter ou remettre en cause une décision de justice, on semble tout de même sous le choc. Car le gendarme a spontanément reconnu être l’auteur du coup de tonfa. "Lorsque l’on pense aux véritables perturbateurs, on peut avoir l’impression que le droit n’est plus la codification du bon sens", peut-on lire dans un rapport interne de la police.

Urs Rechsteiner, le chef de la police, ne tient pas à se prononcer sur cet aspect du dossier. En revanche, il confirme aux policiers en charge du maintien de l’ordre que "l’utilisation du tonfa, de même que notre doctrine d’engagement en matière de maintien de l’ordre, n’est absolument pas remise en question".

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