Malgré ses négations, Micheline Spoerri a failli, ces 20 minutes de vandalisme, sont de sa faute. Il est vrai que d'autres ministres sont également coupables de complaisance avec certains émeutiers comme Moutinot ou Beer!


Micheline Spoerri veut l’armée pour les prochaines manifestations

“Sur un plan matériel, j’estime nécessaire de créer un fonds de réserve au niveau national, afin de dédommager les personnes qui ont été lésées au cours d’événements comme le G8.”

Tribune de Genève, Valérie Duby et Adélita Genoud, Mercredi 3 septembre 2003


Photo Laurent Guiraud

Trois mois après le Sommet d’Evian et les troubles qui ont secoué Genève, Micheline Spoerri, présidente du Département de justice, police et sécurité (DJPS) fait le point et tire les leçons de l’événement. Pour la magistrate libérale, l’armée doit être mobilisée lors de manifestations à risques.

- Quelles conséquences majeures tirez-vous du Sommet d’Evian?
- Après les événements que nous avons vécus dans notre ville, nous devons procéder à une nouvelle évaluation des moyens. Le projet USIS (sécurité intérieure) est en panne, il faut donc se tourner du côté de l’armée. Ses missions doivent être élargies. D’ailleurs, si les policiers allemands n’étaient pas venus renforcer nos effectifs, j’aurais probablement dû recourir à cette solution pour endiguer les débordements liés au G8.

- L’armée a-t-elle le droit d’intervenir en matière de maintien de l’ordre?
- Je dirais que, dans un premier temps, l’armée peut décharger les policiers de tâches telles que la protection des personnes, des résidences et aussi des escortes. C’est une chose que j’envisage très sérieusement pour le Sommet de l’information qui a lieu en décembre. Dans un second temps, il s’agirait de former des militaires en matière de maintien de l’ordre. Mais attention, je ne parle pas des recrues. Uniquement de militaires professionnels (services longs). C’est un débat fédéral urgent qu’il convient de lancer sur le plan politique. Je compte d’ailleurs aborder le sujet lors de la prochaine séance de la délégation intercantonale, qui avait été formée à l’occasion du Sommet d’Evian.

- Quel autre "remède" prescrire pour éviter les dégâts matériels que Genève a subis?
- La Suisse est un pays très attaché à la protection des individus. Ce principe est, selon moi, poussé à son paroxysme et se fait au détriment de la protection de l’Etat. Rendez-vous compte que nous n’avons pas les moyens légaux d’empêcher les perturbateurs d’entraver l’ordre public! D’autres pays peuvent à titre préventif placer des individus en garde à vue s’ils sont identifiés comme fauteurs de troubles. Ce n’est pas le cas chez nous. Sur un plan matériel, j’estime nécessaire de créer un fonds de réserve au niveau national, afin de dédommager les personnes qui ont été lésées au cours d’événements comme le G8. Et cela même si l’Etat n’est pas responsable des débordements.

- Justement, à propos de dédommagements, où en est le travail de la cellule d’indemnisation, mise sur pied par le Conseil d’Etat?
- La collecte des données est terminée, il reste encore à plancher sur la répartition. A cet égard, la France a indiqué prendre une partie de la facture à sa charge. J’entends bien que la Confédération répercute cette contribution sur les différents acteurs concernés.

- Vos rapports avec la Berne fédérale ne semblent pas avoir été toujours au beau fixe... Vous avez dû beaucoup insister pour faire venir les policiers allemands!
- Il faut préalablement relever que l’accord bilatéral en matière de police et de douane pouvait être conclu à deux niveaux: entre les pays ou entre les cantons et les Länder. Dans ce dernier cas de figure, celui qui avait été retenu, la Confédération n’aurait joué qu’un rôle de boîte aux lettres, en quelque sorte. Variante qu’elle a refusée. Or, en s’ingérant dans le dossier G8, elle nous a clairement handicapés dans notre travail. Jusqu’au dernier moment, nous n’avons pas su si les Allemands allaient venir!

- Revenons au début du mois de juin. Votre absence sur le pont du Mont-Blanc a été beaucoup critiquée, notamment pas les députés de gauche. Avec du recul, pensez-vous que votre présence était indispensable?
- Je le dis une fois pour toutes: ma place n’était pas sur le pont du Mont-Blanc! Me rendre sur le champ de bataille aurait même constitué la pire erreur que je puisse commettre. Ma place était au poste de commandement du Nouvel Hôtel de police (NHP), aux Acacias.
De là, et de là uniquement, en rapport constant et direct avec tous les intervenants en matière de sécurité, il était possible de prendre des décisions.

- Quelles autres leçons tirez-vous du G8?
- Il appartiendra notamment à la Commission extraparlementaire, qui devrait être nommée mercredi par le Conseil d’Etat, de dire si les objectifs fixés ont été atteints. A noter que cette Commission sera notamment constituée d’un ancien conseiller d’Etat et d’un ancien commandant de gendarmerie. Nous sommes dans une nouvelle ère. En matière de maintien de l’ordre, la Suisse doit pouvoir s’organiser autrement. Il faut certes revoir certaines stratégies, par exemple en ce qui concerne les équipements des policiers jugés trop lourds. Il faut aussi mettre l’accent et améliorer le renseignement. Mais surtout, la police doit pouvoir faire son travail correctement. Il ne faut plus d’interférences politiques.
En outre, j’ai demandé qu’une délégation du Conseil d’Etat soit créée pour le Sommet de l’information. En cas de crise, je pourrai immédiatement compter sur celui qui sera alors président du Conseil d’Etat, Robert Cramer, et sur le responsable de l’Economie publique, Carlo Lamprecht.


Nominations imminentes à la tête de la police

Micheline Spoerri le certifie: la police aura bientôt un nouveau chef. Hier, à l’occasion du traditionnel Conseil de direction du mardi, la magistrate a fait le point avec ses cadres sur l’état de la procédure de nomination. Rappelons que quinze personnes ont postulé pour cette place laissée vacante depuis le départ de Christian Coquoz, en avril. Parmi les candidats, quatre sont issus du Département de justice, police et sécurité. Micheline Spoerri pourrait-elle aussi nommer quelqu’un qui n’a pas postulé? "Absolument, pour autant bien sûr que telle ou telle personne ait donné son accord", sourit la magistrate, qui devrait soumettre tout prochainement le dossier à ses collègues du Gouvernement.

En ce qui concerne le remplacement du commandant de la gendarmerie, une procédure interne simple sera mise au concours.
V.Dy/Ad.G.

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