Pierre Weiss commence une critique mais ne va pas jusqu'au bout, dénoncer les manipulations du mouvement "altermondialiste" par des organisations marxistes en concurrence pour le leadership. En effet, les staliniens et trotskistes se haïssent, les maoïstes en apparence défunts mais qui règnent dans des mouvements comme Nord-Sud, fin de la dette, etc., tous étant d'accord pour cracher sur les social-traîtres. Le marxisme, si la plupart des partis communistes sont moribonds, s'est transformé et se maintient à travers de nombreux avatars se réclamant de l'“anti-capitalisme” usant des méthodes de subversion et de manipulation de l'agit-prop bolchevik.


La quadruple imposture des “altermondialistes”

PIERRE WEISS sociologue, député libéral. Invité Tribune de Genève, 28.05.03

“La première imposture est politique. Les “altermondialistes ” s'abritent derrière des organisations à -la fois opaques et peu démocratiques.”

Une qualité doit être reconnue aux prétendus “altermondialistes”: leur remarquable capacité à user des médias... et à les abuser. Ils s'y lovent dans le conformisme idéologique du '“pop internationalism”, l'internationalisme populiste, pour reprendre la formule de l'économiste Paul Krugman. Leur écho marginal est aussi alimenté par la myopie de maints Gouvernements. Ceux-ci sont plus rompus à polémiquer avec leurs adversaires institutionnels, lors de débats parlementaires, qu'avec une nébuleuse de mouvements oppositionnels qui passe, avec virtuosité, de la vocifération et du “sit-in” illégal sur la voie publique à l'utilisation... mondialisée, forcément, de l'internet.

Conséquence: l'opinion publique des pays du Nord ne perçoit pas avec toute la lucidité voulue la quadruple imposture, politique, économique sociale et rhétorique, des “altermondialistes”. Elle exige une quadruple réplique qui prenne en compte le désarroi des Genevois, des Occidentaux en général. Nombre d'entre eux sont en effet culpabilisés par le développement encore balbutiant d'une partie du tiers monde, lui-même loin d'être impeccable, choqués par des faillites retentissantes, chahutés par une révolution technologique qui fait table rase des rentes de situation, préoccupés par l'avenir de la planète Gaia. Leur première imposture est politique. Ils s'abritent derrière des organisations à la fois opaques et peu démocratiques. Précisément ce qu'ils reprochent à leurs adversaires! A la forme, la réponse des démocrates doit être sans compromis: les “altermondialistes” ne seront dignes du respect dû aux contradicteurs de bonne foi que lorsqu'ils s'appliqueront les principes qu'ils exigent des autres. Ce n'est pas demain la veille: l'Action mondiale des peuples (AMP). un des acteurs de l'anti-G8, revendique (3e principe) “une attitude de confrontation, puisque nous ne pensons pas que le lobbying puisse avoir un impact majeur sur des organisations à tel point partiales et antidémocratiques”, et d'appeler à “l’action directe, à la désobéissance civile” (4e principe): Sur.le fond, davantage d'informations officielles sur les enjeux de la mondialisation ne saurait nuire. Les citoyens en seraient confortés à plébisciter, dans les urnes ou par l'internet..., les partis opposés à une idéologie d'origine marxiste, mâtinée de sa maladie infantile, le gauchisme.

L'anticapitalisme unit ensuite les opposants à la mondialisation dans une haine du profit, et fonde la deuxième imposture, économique, des “altermondialistes”. Ignorant des fondements de cette science, ils font une lecture pour le moins sélective de l'évolution du commerce international, prenant systématiquement le contre exemple partiel pour le tout. Certes, la mondialisation engendre des perdants, mais les gagnants sont plus nombreux, et pas seulement à long terme. Comme l'a montré David Dollar (!) dans La vie économique de janvier 2002, les pays en développement entrés dans ce processus après 1980 se portent non seulement mieux que les pays riches, mais surtout que les pays restés à l'écart.

Enfin, la mondialisation n'augmente pas nécessairement les inégalités sociales parmi les pays qui s'y adonnent. Ce n'est donc pas moins de mondialisation qu'il faut, mais davantage, et pour plus de pays, dès lors qu'elle est civilisée par une amélioration des conditions cadres (formation, alimentation, santé) et par l'action régulatrice de l'OMC. Cette organisation n'a pas hésité à infliger une amende de quatre milliards de dollars aux Etats-Unis pour des pratiques protectionnistes. C'est dire si, à suivre les “altermondialistes” dans leur imposture sociale, les habitants du Nord porteraient une lourde responsabilité dans la perpétuation de conditions de vie inacceptables pour le Sud.

Bref, ces agitateurs d'idées n'ont pas dépassé le stade de l'antimondialisme primaire. Mais, en propagandistes de la “novlangue” orwellienne, ils ont presque réussi, par une ultime imposture rhétorique, à faire oublier ce vilain mot, aussi négatif qu'une antithèse, pour faire accroire une synthèse radieuse. D'où un dernier conseil, de retourner à leurs études. Ils y découvriront que l'économie de marché est - seule - capable de corriger ses propres excès. Et que les institutions politiques des pays démocratiques les prendront au mot en se mondialisant à leur tour. Paradoxalement, cela fournira l'occasion d'une dernière réplique des partisans de la liberté et du progrès: l'une se nourrit du sens de la mesure, l'autre de la conscience des responsabilités. Vaste programme auquel, comme autant de mains invisibles, ils auront involontairement contribué. .

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