La zizanie entre les membres du Conseil d'Etat, certains comme Charles Beer soutenant les altermondialistes qui intervient contre l'action de la police. Les soubresauts du G8 plongent Genève dans une crise policière et politique (Le Temps 4.06.03)
Le saccage du Conseil d'Etat
Le Temps 4.06.03 Première page
DISCORDANCES . Micheline Spoerri sème la querelle au sein du Conseil d'Etat et reçoit le soutien de la police. Les soubresauts du G8 plongent Genève dans une crise policière et politique
A l'issue d'une réunion de crise tenue mardi en début d'après-midi, le Conseil d'Etat genevois a interdit tout rassemblement et invité la population à éviter les attroupements. Une décision qui fait écho à la colère des policiers: réunis en assemblée syndicale, ces derniers ont décidé dans des termes qui fleurent l'insubordination de ne plus rien laisser passer et de ne plus en référer aux politiciens qui avaient entravé leur travail.. Ils ont immédiatement passé aux actes, traquant dans les rues un petit groupe de manifestants récalcitrants. Les policiers gardent toutefois leur confiance à Micheline Spoerri qui, de son côté, n'a pas hésité, au mépris de la collégialité, à accuser publiquement son collègue Charles Beer, intervenu la veille pour apaiser un affrontement entre policiers et manifestants. Même si le Conseil d'Etat a ensuite fait bloc et refusé de s'exprimer sur ces propos, la crise est installée au sein des institutions genevoises. Comme au coeur de la police, qui a fait savoir qu'elle ne communiquerait plus avec l'extérieur en raison d'une crise majeure au sein des troupes.
EDITORIAL, Le saccage du Conseil d'Etat, Par Jean-Jacques Roth
En quarante-huit heures, une poignée de casseurs aura eu raison du Conseil d'Etat genevois. Les événements qui se sont succédé mardi dans la République ont atteint un degré de gravité politique inédit.
Car c'est une chose que de changer de tactique policière au gré des échauffourées, et chacun peut comprendre les difficultés de la tâche aussi criantes quaient été certaines bévues. Mais démontrer une telle incapacité à la gestion collective en des circonstances qui engagent clairement la responsabilité du gouvernement tout entier, y ajouter une rupture de collégialité d'une violence inouïe, subir sans réaction les propos inacceptables de responsables policiers décrétant qu'ils étaient désormais seuls maîtres de leur doctrine d'engagement, c'est encaisser un saccage politique.
Le risque n'est pas exclu que le durcissement de l'attitude policière décidé mardi soit aussi disproportionné que le fut l'absence des forces de l'ordre dans la nuit de samedi à dimanche, prélude aux débordements ultérieurs. Le comble de l'absurde serait atteint si les policiers, emportés par leur légitime désarroi, provoquaient à présent les excitations qu'ils n'ont pas pu calmer jusque-là.
Mais les dégâts politiques sont plus inquiétants. Impuissante à communiquer un sentiment de cohérence à son action, crispée sur une conception présidentielle de sa fonction, préférant la défense de son corps de police à l'exigence de solidarité gouvernementale, la conseillère d'Etat libérale en porte la responsabilité déterminante.
Elle n'est pourtant pas seule dans ce naufrage. Le gouvernement dans son ensemble sort terriblement affaibli de n'avoir pas su prévenir ni contenir ses propres tête-à-queue. Le fonctionnement et l'autorité du Conseil d'Etat sont en jeu désormais: d'une manière ou d'une autre, il faudra crever l'abcès avant que la vie politique genevoise soit durablement gagnée par l'infection. Ces folles journées de casse montrent que le mal peut courir vite.