Police: l'affaire de la balle marqueuse. L'intimidation des partisans et membres du mouvement anti-G8 s'en donnent à coeur contre la police, contre les gouvernements (GE, VD et le Conseil fédéral) qui sont ridiculisés parce qu'ils voient des dangers où ils n'y auraient pas, les manifestants étant tous "bon enfant". Qu'une ou plusieurs organisations vraiment terroristes (eux en reste pour le terrorisme verbal et pour semer la haine). La pression a réussi puisque c'est le chef de la police de Genève qui doit démissionner: un recul qui sera bien apprécié par les "altermondialistes".

On attend toujours une manifestation de protestation quand un policier est blessé ou tué dans l'exercice de son métier!



Police: l'affaire de la balle marqueuse

Denise Chervet est choquée par les propos de Mme Spoerri
Un épisode dans la politique constante d’intimidation systématique par la critique permanente. Le coup d’envoi du grand show des anti-G8 qui a débouché sur un double flop.

Tribune de Genève, Catherine Focas, Lundi 7 avril 2003


chervet abensur
Photo Pierre Abensur

Denise Chervet, la femme qui a été blessée le samedi 29 mars par la balle colorante, a été satisfaite d’apprendre la démission du chef de la police. Elle n’en veut pas particulièrement à Christian Coquoz mais cette démission prouve, à ses yeux, que la police admet enfin que quelque chose dans toute cette affaire ne s’est pas passé correctement: "Pour moi pourtant, il ne suffit pas d’éjecter un bouc émissaire. Il faudra maintenant aller jusqu’au fond des choses, sinon on ne résoudra pas les problèmes." Par ailleurs, la syndicaliste de Comedia se dit choquée par les propos de Micheline Spoerri, retranscrits dans la presse: "Lorsqu’elle dit que c’est à l’autorité policière de décider si oui ou non il faut encore utiliser ces projectiles, ce n’est pas admissible! Ce sont des décisions trop importantes pour que le politique ne s’en mêle pas. Une conseillère d’Etat ne peut pas s’en laver les mains."

Denise Chervet précise par ailleurs qu’elle est sortie de l’hôpital dimanche: "Les médecins m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas ôter tous les débris incrustés sur mon visage, parce que l’opération était trop dangereuse. Personne ne sait encore quelle est la composition de ces résidus. Je n’ai pas la confirmation qu’il s’agit de bismuth. La police doit me fournir ces renseignements. Le pas suivant sera de voir si le fait de garder cette matière dans la peau est nocif. Ce dernier point me fait très peur..."

La syndicaliste a encore la moitié du visage boursouflé et se sent très fatiguée. La balle en cause, quelqu’un la lui a apportée, et elle la garde précieusement: "Il faut souligner le côté dangereux de tous ces projectiles. Il y a deux ans, un de mes amis a perdu un œil à cause d’une balle en plastique. Il n’y en a pas une qui est inoffensive. Il faut arrêter. Nous ne sommes pas en guerre tout de même."

Nos articles :

Denise Chervet est choquée par les propos de Mme Spoerri (07/04/2003)
Le chef de la police bâillonné (07/04/2003)
De la balle perdue à la crise politique, chronologie des événements (07/04/2003)
Le chef de la police préfère démissionner (07/04/2003)
Le Conseil d’Etat prend l’affaire en main (07/04/2003)
Edito: Un départ qui ne résout pas tout (07/04/2003)
Christian Coquoz, un chef contesté dès sa désignation en 2000 (07/04/2003)
Micheline Spoerri prête à lâcher le chef de la police (05/04/2003)
La “bavure” de la police enflamme le Grand Conseil (04/04/2003)
La police reconstitue les faits pour comprendre sa “bavure” (03/04/2003)
Manifestante touchée par balle: la police reconnaît avoir tiré! (02/04/2003)
Plainte déposée contre la police genevoise (01/04/2003)
5000 manifestants contre l’OMC et la guerre (31/03/2003)


Ne tirez pas sur les policiers! (07/04/2003)

JEAN-FRANCOIS MABUT

Jeudi et vendredi, sur les bancs du Grand Conseil, le ton est rapidement monté entre la droite et la gauche dans un débat qui a finalement tourné au dialogue de sourds. L’Alternative a eu beau jeu de dénoncer l’usage clandestin de l’arme de marquage et le grave cafouillage dans l’information au sommet de la hiérarchie. Déstabilisés devant ces nouveaux dysfonctionnements d’un Département de justice, police et sécurité bien mal en point, les députés de droite ont allumé à la hâte des feux de barrage en accusant la gauche de vouloir casser du flic et de déstabiliser l’institution.

Une bien piètre défense qui marque un changement inquiétant des mœurs politiques genevoises. D’autant que, durant cette même session parlementaire, le président du Grand Conseil et plusieurs députés libéraux s’en sont pris à une photoreporter, voulant lui arracher son appareil et interdire la publication d’une photo où l’on voit un innocent Pinocchio remis en cadeau à la conseillère d’Etat Spoerri. Une scène à oublier très vite, qui rappelle les pratiques des pires dictatures et justifierait des excuses.

Des excuses, la police ferait bien d’en adresser également aux manifestants du 29 mars. Ce jour-là, la brigade d’intervention encadra le défilé des anti-OMC et des pacifistes à moins de trois mètres, alors que les organisateurs avaient convenu le 14 mars avec la hiérarchie de la police que la présence de la force publique serait discrète.

Pourquoi la police a-t-elle ignoré cet accord, prenant le risque d’une grave détérioration des relations de confiance entre les organisateurs de manifestation et les autorités? De la réponse à cette question dépendra l’avenir d’une politique de sécurité publique, conduite tout en douceur et dont Genève peut se féliciter depuis des années.

Dans cette affaire, ce sont moins les gendarmes pris individuellement qui sont en cause que l’encadrement à qui on a laissé une trop grande liberté de manœuvre. Une philosophie de conduite dont Christian Coquoz a hérité.



Le chef de la police préfère démissionner (07/04/2003)

Testé à Cornavin samedi 29 mars, le programme des balles marqueuses a été jeté aux oubliettes.
VALÉRIE DUBY

Photo Laurent Guiraud

Les balles marqueuses tirées samedi 29 mars ont fait une nouvelle "victime": le chef de la police. "Suite à la polémique suscitée par l’affaire de Cornavin, Christian Coquoz a donné sa démission au président du Conseil d’Etat", a-t-on pu lire dans un communiqué de la police diffusé samedi soir. Les difficultés nées de cette affaire rendent déraisonnable la poursuite des relations de travail fondées sur la confiance. L’intérêt supérieur de la police, à la veille d’une échéance extraordinairement lourde d’enjeux, imposait cette décision rapide afin de ramener la sérénité au sein de la police."

Une semaine jour pour jour après que Denise Charvet, 45 ans, secrétaire syndicale à Comedia, a été blessée à la tempe, le programme des balles marqueuses a été jeté aux oubliettes. Et le chef de la police a préféré se retirer. Le Conseil d’Etat l’a libéré de ses fonctions avec "effet immédiat". Fustigé par la gauche au Grand Conseil, Christian Grobet demandant sa suspension immédiate, il n’avait en fait que peu d’issue. Car le chef de groupe de l’Alliance de gauche n’était de loin pas le seul à réclamer sa tête.

Au sein même de la "grande maison", comme on l’appelle, des policiers sous couvert de l’anonymat estimaient depuis longtemps qu’il n’était plus possible de continuer ainsi. "Cette affaire a mis en évidence un certain nombre de dysfonctionnements", analyse le président du Syndicat de la police judiciaire (SPJ), Laurent Canel. Enfin, comme nous vous l’indiquions dans nos éditions du week-end, Micheline Spoerri, présidente du Département de justice, police et sécurité (DJPS), se montrait prête à lâcher Christian Coquoz. Rappelons que cet ancien substitut du procureur a succédé à Laurent Walpen au mois d’octobre 2000, sous l’ère de Gérard Ramseyer.

Soutien à Micheline Spoerri
Retour A moins de deux mois du G8, la police se retrouve donc sans chef. Elle reste toutefois optimiste. Car avec Micheline Spoerri, les relations sont qualifiées "d’excellentes" par les syndicats. "Nous sommes d’ailleurs sûrs qu’elle ne savait rien de cette affaire. En tant que syndicat, la présidente a su nous écouter. Nous avons réussi à avoir un dialogue constructif", remarque Laurent Canel, président du Syndicat de la police judiciaire. "Madame Spoerri a tout notre soutien", renchérit Jean-Marc Widmer, président de l’Union du personnel du corps de police.

En attendant de retrouver un chef, c’est donc la magistrate libérale qui assurera la présidence du Conseil de direction (CD) de la police. Selon nos informations, Micheline Spoerri avait décidé depuis longtemps déjà de reprendre les rênes de ce CD, ce qui montre bien les rapports tendus qu’elle entretenait avec Christian Coquoz. La nomination du successeur de M. Coquoz ne devrait pas intervenir avant le G8. Au sein de la "grande maison", les paris sont déjà ouverts! Aujourd’hui, la présidente du DJPS a rendez-vous avec le CD et le service de presse de la police. Elle l’a promis: elle n’a "pas l’intention de laisser passer cela. Il faut rapidement trouver des solutions."

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