Le Comité du Mouvement de la Fédération des Socialistes religieux de Suisse s'indigne

9 novembre 1932 à GENEVE

En 1933, le Comité du Mouvement de la Fédération des Socialistes religieux de Suisse, le prédécesseur de la fédération romande des socialistes chrétiens publie une brochure en 1933 en précisant que "Le fait qu’elle paraît pendant le procès Nicole devant les Assises fédérales est un pur hasard". Après avoir réitéré moultes fois que c'était pour la recherche de la vérité, il est affirmé que "La justice militaire, à Genève, a échoué dans sa mission" alors que le procès n'est pas terminé. Et tout cela sent la manipulation de commande!

En 2008, la fédération romande des socialistes chrétiens célèbre encore Jules Humbert-Droz, agent de Staline qui ne s'est jamais indigné (sa femme Jenny non plus) des millions de vies brisées par l'horreur soviétique alors que tous deux connaissaient l'horreur sévissant en URSS.

Néanmoins, on peut quand même mettre en doute la justice rendue par les Chambres fédérales. En effet, pour avoir causé 13 morts et 65 blessés, Nicole et ses comparses s'en tirent trop bien. En URSS, la justice militaire aurait fait fusiller tous les accusés, et cela dans les 48 heures suivant la fin du procès! Abattez-les comme des chiens, hurlait Vichinsky…

La Fédération des Socialistes religieux de Suisse n'a jamais protesté contre la sanglante répression contre les croyants en URSS. Curieux!

9 novembre 1932 à GENEVE
Cette brochure contient un plan qui prouve que c'est l'émeute organisée par Nicole, Fust et Tronchet qui a mis les soldats en danger, et qu'une fois regroupé, face aux agressions des provocateurs, une sommation ayant été faite, l'officier, en désespoir de cause, a dû ordonner le tir funeste MAIS ESPERE PAR Nicole et Lebet pour provoquer une grève nationale !


* Le 9 novembre 1932 à GENEVE *

Télécharger A la Recherche de la Vérité, Edité par la Fédération suisse des Socialistes religieux, 1933

9 novembre 1932 à GENEVE Préface

Les événements qui se sont déroulés à Genève, le 9 novembre, sont d’une telle gravité, qu’ils auraient dû éveiller dans notre peuple entier, sans distinction de parti, une profonde horreur, et provoquer en chacun un sérieux examen de conscience. Dès le début, au contraire, il apparut qu’ils allaient être exploités à des fins politiques. Les faits furent exposés de façon tendancieuse devant le peuple, puis, sur la base d’une enquête militaire — enquête qui ne saurait se donner elle-même pour impartiale — les Chambres fédérales furent renseignées de même façon sur ce qui s’était passé. Plus tard, les faits furent officiellement présentés sous le même jour à tout le personnel fédéral. Il était clair, dès lors, pour tous ceux qui voulaient bien ouvrir les yeux, que cette façon d’agir devait puissamment contribuer à augmenter l’inquiétude déjà existante et créer une atmosphère des plus menaçantes pour notre paix intérieure.

Cette situation inquiéta très sérieusement aussi le groupe au sein duquel s’élabora cette brochure. Les nombreux faits et documents qui parvinrent à sa connaissance contredisaient formellement, sur les points les plus importants, les déclarations officielles relatives au 9 novembre. Dans ces circonstances, il fut décidé de donner des événements de Genève une relation impartiale, plus conforme à la vérité. Quelques membres du groupe préparèrent ce travail qui fut rédigé par l’un-d’entre eux.

L’étude approfondie des faits, le travail consciencieux auquel se livrèrent l’auteur de ce document et ses collaborateurs,
9 novembre 1932 à GENEVE d’autres facteurs encore, ont retardé cette publication. Mais — nous voudrions pouvoir dire : malheureusement — il arrive encore à temps, car la situation s’est aggravée, dès lors ; les mouvements que — d’après l’exemple de l’Allemagne et de l’Italie — certains aimeraient à créer chez nous, s’appuient volontiers sur cette interprétation faussée des événements du 9 novembre. C’est donc accomplir une œuvre urgente que de remettre en lumière la VERITE.

C’est au nom du Comité du Mouvement de la Fédération des Socialistes religieux de Suisse que paraît cette brochure. Elle expose leur attitude et leur point de vue. Le nom de celui qui, plus particulièrement, s’est chargé de la mettre au point importe peu. Soulignons seulement qu’il n’appartient à aucun parti et ne fait pas de politique. Le comité, composé des soussignés, prend la responsabilité de cette publication, après en avoir soigneusement examiné les documents et l’argumentation. Dans son ensemble, abstraction faite de quelques réserves personnelles, cette brochure doit donc être considérée non comme l’œuvre d’une seule personnalité, mais comme le témoignage de tout un groupe et de tout un mouvement.

Nous la publions avec la conviction qu’elle a une grande tâche à accomplir [1]. Que celui qu’elle convaincra nous aide à la répandre. Elle doit atteindre tous les milieux. Qui œuvre avec nous travaille à empêcher la guerre civile, ouverte ou latente, et à bannir le danger grave qui menace l’existence de la Suisse.

LE COMITÉ DE LA FEDERATION SUISSE DES SOCIALISTES RELIGIEUX

Aucune faute, aucune erreur n’est irréparable, à condition qu’on soit vrai. C’est pourquoi nous devons revenir sur les événements qui se sont déroulés à Genève le 9 novembre 1932.

Ce qui est passé est passé, dira-t-on, c’est un droit, un devoir même, de n’en plus parler. Pourquoi ne pas laisser dormir le passé douloureux ? Voulez-vous peut-être en tirer profit ? Certes non, mais on ne peut tourner la page sur une faute avant que pleine lumière ait été faite et de justes sanctions prises. Une injustice non reconnue s’attache à nos pas comme une malédiction. Pour assurer l’avenir, débarrassons le passé des mensonges qui l’empoisonnent.

Etait-il nécessaire que le sang coulait à Genève ? Pourquoi ? Cette question est d’une importance capitale pour notre peuple. Tant qu’elle ne sera pas éclaircie, une ombre planera sur notre vie politique, sur l’armée suisse, sur notre appareil judiciaire, sur notre christianisme, sur toute notre vie nationale et sociale. Cette tache réapparaîtra toujours et ira grandissant.

Dans l’évolution des événements qui constituent l’histoire, les faits doivent être enregistrés tels qu’ils se sont passés. Les morts de Genève ont le droit d’exiger la vérité et nous ne devons pas les dépouiller de ce droit.

Quand la justice militaire française accusa injustement le capitaine Dreyfus de haute trahison, le déclara coupable et l’exila à l’île du Diable, les grands Français de ce temps-là, Zola, Jaurès, n’eurent pas de repos jusqu’à ce que la lumière eût été faite et la vérité reconnue. Dans cette lutte, ils n’ont pas craint de bouleverser la conscience publique. A Genève, il ne s’agit pas d’un exilé, mais de treize morts. Devons-nous nous taire ? [ET LES MILLIONS DE MORTS EN URSS, A QUAND UNE BROCHURE?]

La justice militaire, à Genève, a échoué dans sa mission.

La lumière n’est pas faite sur les événements de Genève. Et pourtant la justice a parlé. C’est précisément parce qu’elle a parlé que la lumière n’est pas faite !

La tâche de la Justice, au sens profond de ce mot, est si grande qu’elle en est émouvante. La Justice n’est pas l’éducatrice de la société seulement, mais son médecin, sans lequel le corps social serait rongé de maux sans nombre. Son action présuppose la passion de la Vérité et de l’Equité. Sa dignité, c’est cette objectivité qui est son principe même, si bien qu’on insulte la Justice lorsqu’on lui demande d’être objective, puisqu’elle doit l’être par définition.

Or la justice qui a fonctionné à Genève, la justice militaire, a trahi d’indigne façon ce principe de toute justice.

C’est là une grave accusation. Adoucissons-la en accordant que l’objectivité n’était guère possible aux personnalités en cause.

Qui était compétent pour juger le tragique conflit qui a mis aux prises la population civile de Genève et les autorités militaires ?

D’après la loi et la décision expresse du Conseil fédéral, c’était la justice militaire ; compétente officiellement, elle n’était pas — c’est le moins qu’on en puisse dire — compétente moralement. Soulignons une fois de plus ce fait illogique : il s’agit d’un grave conflit entre civils et militaires, conflit qui excite les passions les plus vives, et l’enquête sera confiée exclusivement à la justice militaire ! Nous ne pouvons discuter ici les principes qui sont à la base du Code pénal militaire et d’après lesquels, en cas de conflit entre des civils et des militaires en service actif, c’est la justice militaire qui seule est compétente, mais ce principe aboutit pratiquement non à la justice, mais à une dictature qui n’est responsable que vis-à-vis d’elle-même.

Dans son discours au Conseil national, M. Minger, conseiller fédéral, a repoussé avec indignation l’idée qu’en Suisse, on puisse mettre en doute l’impartialité de la justice militaire. Or, quand nous affirmons qu’il est difficile à des juristes en uniforme de juger objectivement et impartialement un conflit entre civils et militaires, nous ne songeons pas à suspecter la bonne foi des juges, mais nous constatons un fait psychologique. On pourrait aussi bien, dans un conflit entre grévistes et « kroumirs », compter sur l’impartialité d’un jury composé de patrons. L’esprit de corps de la troupe, la solidarité entre officiers se feront sentir avec une telle puissance que, selon toute vraisemblance, le jugement d’un officier en sera plus ou moins influencé. Au cours de ces dernières décades, nous avons constaté souvent l’emprise qu’a l’armée sur ceux qui la servent et qu’elle nourrit. Seule, une très forte personnalité peut échapper à la psychose créée par l’uniforme. Nous n’accusons personne d’être partial consciemment, mais nous tenons, en principe, l’objectivité de la justice militaire pour improbable, voire même pour impossible.

Or, c’est à la justice militaire qu’est échue la noble tâche de faire la lumière et la vérité sur les événements de Genève, tâche d’une telle envergure que les juges en ont rarement de pareille : établir qui doit porter la responsabilité des treize morts et des soixante-dix blessés de cette catastrophe, où l’on a vu des citoyens sous l’uniforme faire couler le sang de leurs concitoyens, de leurs frères. Jamais encore, dans l’histoire de la Suisse moderne, massacre pareil ne s’était vu. Des soldats ont été obligés de tuer. Une brèche a été faite dans la digue que la loi divine et la conscience humaine ont élevée devant nos instincts brutaux pour faire respecter le caractère sacré de la vie. L’ordre public

[1] Le fait qu’elle paraît pendant le procès Nicole devant les Assises fédérales est un pur hasard. Un délai n’est pourtant pas possible, le procès devant durer plusieurs semaines ; il ne serait du reste pas justifié, puisque cette enquête met en discussion le point de vue de la justice militaire, depuis longtemps fixé et rendu public.

Ed. La fédération suisse des socialites chétiens, brochure 75 pages - 1933

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