Un révisionnisme total pour occulter les vrais responsables de la tragégie. Dans la même version frelatée de l'histoire: Vive la Révolution d'Octobre!
Et bravo à MM. Charles Heimberg, Jean-François Fayet et Michel Caillat, qui ont participé à cette révision totale de l'histoire, gage de la haute honnêteté intellectuelle de leurs travaux d'historiens. Quand un commerçant trompe sur sa marchandise, il est pénalement condamnable, mais pas des historiens!
GENEVE - IL Y A 75 ANS, L'ARMEE TIRAIT SUR LA FOULE
Mémoire vive: Un colloque sur la fusillade du 9 novembre 1932 se tenait mercredi à Saint-Gervais.
No 45 / 9 novembre 2007
http://www.gauchebdo.ch/article.php3?id_article=1356, Hebdomadaire du Parti suisse du Travail-POP
DANS CE NUMERO :
L'exclusion, prélude à la répression
Nous risquons d'être en cessation de paiement » - Entretien
L'homme nouveau n'est pas arrivé
No Pasaran !
Mauvais génie génétique
Vive la Révolution d'Octobre !
La répression étatique sous la loupe
La révolution inachevée
Septante-cinq ans après la fusillade de Plainpalais, qui tua treize manifestants et en blessa plus de soixante autres le 9 novembre 1932, le souvenir de cette date funeste reste vivace. En témoignent notamment les nombreux articles parus ces derniers temps. Mais, alors que les principaux témoins des événements ont disparu, perpétuer le travail de mémoire n'en est pas moins indispensable pour qu'on ne revive « plus jamais ça », comme il est inscrit sur la dalle commémorative, située près du lieu où les victimes sont tombées sous les balles de l'armée.
A l'instigation de l'Association pour l'étude l'histoire du monde ouvrier et avec la collaboration du Collège du Travail, le Théâtre de Saint-Gervais accueillait mercredi un colloque sous l'intitulé « Mourir en manifestant. La fusillade de Genève parmi d'autres répressions sociales dans les démocraties européennes ». L'occasion tout d'abord, en présence de lycéens, d'instruire les jeunes générations sur les faits eux-mêmes, en utilisant divers supports (projection d'un film, lecture de témoignages). Puis, l'historien Charles Heimberg a rappelé l'enjeu de lutte qu'a constitué la lecture des événements et que constitue encore la construction du récit mémoriel : « Les questions du passé sont toujours des questions du présent ! ».
Ainsi, après la fusillade de Plainpalais, « un récit faussé des événements a été élaboré pour s'attaquer à Léon Nicole ». En effet, dès le 10 novembre, le président du Parti socialiste genevois est emprisonné sur ordre du Conseil d'Etat, composé de radicaux, de libéraux et d'un représentant de l'Union nationale (UN). Pour avoir appelé à défiler contre sa « mise en accusation publique » par l'UN à la Salle communale de Plainpalais, Nicole est désigné par ses adversaires comme seul et unique responsable de l'issue tragique de cette manifestation. A l'inverse, la gauche accuse l'UN et la complaisance des autorités vis-à-vis de ses démonstrations de haine : le PS n'avait-il pas demandé que soit interdite la réunion de l'UN à Plainpalais ? Du reste, n'est-ce pas le Conseil d'Etat qui a fait donner la troupe ? Avec la répression qui s'abat sur les militants de gauche au lendemain de la tuerie, la question des responsabilités gouvernementales ne sera pourtant jamais officiellement posée. Léon Nicole et six camarades seront condamnés, alors qu'aucun membre du Conseil d'Etat, de l'armée ou de l'Union nationale ne sera inquiété.
Pour Charles Heimberg, l'« antifascisme introuvable de la droite genevoise », c'est-à-dire la complaisance des partis bourgeois à l'égard de Georges Oltramare et l'UN, s'explique notamment par l'anticommunisme viscéral qui les réunit. L'exposé suivant s'attelle justement à « la cristallisation du mythe du complot communiste ». « Pour une grande majorité des partis et des journaux, le 9 novembre 1932 est une tentative de renversement de l'ordre établi, raconte Jean-François Fayet. C'est aussi l'avis de Georges Oltramare, accusant Léon Nicole et Jacques Dicker d'être téléguidés par l'étranger. » On évoque alors un « plan meurtrier de Moscou » et une « insurrection orchestrée par Staline » - cette version restera d'ailleurs longtemps dominante. On sait aujourd'hui que le Kremlin n'envisageait en aucune façon un soulèvement sur notre sol ; en témoigne par exemple « le peu de crédit accordé par la IIIe Internationale au PC suisse, en particulier ses sections romandes », comme l'explique Michel Caillat. Il ajoute : « C'est par un article de l'Humanité du 10 novembre que les Soviétiques découvrent les faits qui leur sont imputés. » L'étude historique montrera par la suite l'absence de conditions prérévolutionnaires à cette époque en Suisse. Ainsi, « les communistes ne sont de loin pas aussi nombreux et organisés qu'on le prétend, continue Michel Caillat. Il ne peut dès lors être question d'actions révolutionnaires communes entre les diverses factions, très divisées entre elles ». Pour paranoïaque qu'elle soit, la théorie du complot, souvent teintée d'antisémitisme (on parle alors de « complot judéo-bolchévique »), sera aussi utile à la classe dirigeante. « Ce mythe construit remplit la fonction d'exutoire à la faillite de la Banque de Genève et de justification de la violence, de la xénophobie », dit encore l'historien.
Arnaud Crevoisier