Le titre commence par un gros mensonge: c'est la contre-manifestation qui dégénère pas le meeting. Et si cela dégénère, c'est la faute à MM. Nicole, Lebet et Tronchet.


9 novembre 1932. Le meeting dégénère. L'armée tire à Plainpalais
Une manifestation autorisée de l'extrême droite provoque la riposte des gauches. C'est l'affolement.
L’armée contrôle la foule, le lendemain de la fusillade. Il n’existe pas d’images de celle-ci, qui éclata dans une quasi-obscurité.

Tribune de Genève Etienne Dumont | 06 Novembre 2007 | 00h00

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Lire également Qu’en a dit à l’époque la «Tribune»?
Pour en savoir plus La page de la Tribune du 11 novembre 1932

Nous sommes le 9 novembre 1932. Tout commence par une affiche, placardée sur les murs de la ville. La jeune Union nationale annonce pour 20 h 30 une réunion à la salle communale de Plainpalais. Le sujet n'a rien d'innocent. Il s'agit de la «mise en accusation des sieurs Nicole et Dicker». Deux socialistes, certes, mais à cette époque le parti ne possède pas la couleur rose pâle d'aujourd'hui. Le second nommé passe en plus pour Russe, et il est juif. L'extrême droite en a d'ailleurs fait dès 1925 des affiches racistes face auxquelles celles de l'actuelle UDC restent du pipi de minet.

Visiblement, le ton monte. Le 7 novembre déjà, le journal Le Travail parlait de «canaille fasciste», tandis qu'un tract anonyme déclarait que «Nicole, Dicker et leur clique préparent la guerre civile». Pour le 9, les socialistes, oubliant qu'ils avaient, eux, monté une mise en accusation du gouvernement (bourgeois) genevois, veulent riposter. Ils troubleront la réunion, «afin de défendre l'honneur de nos camarades». Des sifflets et du poivre «pour lancer dans les yeux des gendarmes» sont prévus.

Autorisation accordée

Le Conseil d'Etat pourrait interdire la manifestation. Il ne le fait pas. Chef du Département de justice et police, Frédéric Martin considère le droit de réunion comme «une chose sacrée.» Mais attention! Le même Conseil demande l'armée en renfort. Le Département fédéral n'est pas chaud. Il juge les recrues mal préparées, puis d'obtempérer. De vraies cartouches remplacent celles à blanc. On explique aux soldats que «la révolution a éclaté à Genève».

A 17 h, la salle communale est fermée. N'y entrent que les partisans d'Oltramare. Une foule hostile ne s'en rapproche pas moins. Des volées de coups sont échangés entre socialistes (ou communistes) et policiers. Les chaînes posées par précaution cèdent. Nicole attise le feu par un discours. Tout reste cependant dans un désordre supportable.

Intervention armée

A 21 h, Frédéric Martin prend peur. Il réclame l'intervention armée. Les officiers se font molester, tandis que les simples soldats se voient appelés à la fraternisation. Des fusils sont brisés sur les trottoirs. La troupe reçoit l'ordre de se replier. Elle se retrouve adossée au Palais des Expositions, à la place de l'actuel Uni Mail, face à environ 150 personnes. «Elles nous invectivaient», déclarera Raymond Burnat, qui commandait la compagnie. Il demandera l'autorisation de tirer après sommations.

Pourquoi cette demande? «J'ai pensé que l'honneur de l'armée était en jeu», déclarera l'homme en 1977 à la TV. Il faut dire qu'il ne s'agit pas à l'époque d'une plaisanterie. La preuve. A 21 h 34, les soldats tirent pour de bon. La foule n'a pas compris l'idée de sommation. Le feu dure douze secondes. Les gens se dispersent, sauf les 200 ou 300 communistes et anarchistes partis chanter -L'Internationale dans les rues. On voit des corps sous la lumière des lampadaires. Il y en a dix, dont de simples passants. Trois des 65 blessés mourront par la suite.

Rumeurs

Pendant toute la journée du 10 courent les rumeurs. Peu d'articles ont paru. Très contrastés, ils sont pour le 11, comme à la Tribune, qui se veut neutre (1), voire le 12, où Le Drapeau rouge écrit «le gouvernement genevois fait massacrer les ouvriers». En attendant, la troupe garde les bâtiments officiels. On parle bien sûr de «responsabilités». Deux thèses s'affrontent. Léon Nicole (1) a lui été arrêté dès le 10 au matin. Dans sa salle de bains. Ordre de -Frédéric Martin.

(1) Voir «Léon Nicole, Le franc-tireur de la Gauche suisse, 1887-1965» d'André Reuber, aux Editions Slatkine, 2007

réactions 3 commentairesToutes les réactions
Durutti partisan de l'UDC | Stady | 07.11.07 | 12H15
Nan mais t'en as pas marre de mettre un mot critique sur l'UDC ds chacun de tes commentaires? D'abord sur les rom's, ensuite sur les jeunes qui se sont tués, ensuite les grevistes ensuite sur une histoire qui date de 1932.....

Je vais finir par croire que tu es un partisan pur et dur de l'UDC!

On ne t'a jamais appris cette vieille règle?:
"Rien de mieux qu'une mauvaise publicité pour + en parler" ???????''

Ca te rappelle pas des p'tits moutons??? ou Paris Hilton? (qui fait des truc débils pour qu'on en parle et ca marche!) CA ne t'a toujours pas prouvé que cette vieille règle était belle et bien vrai??

Durruti, l'UDC a déjà assez de succès arrête de lui en faire encore c'est trop gentil!
Encore une menace | Durruti | 06.11.07 | 09H46
Il s'agit d'une tragédie qu'il ne faut pas oublier. Afin que cela ne se répète pas.

L'extrême-droite est revenue en force en Suisse avec l'UDC en tête. L'armée et la police dans de telles mains risquent de déraper. On est donc pas à l'abris.

En ce qui concerne l'extrême-gauche en revanche, elle est plutôt en voie de disparition. Et lorsqu'il y a des manifestations à Genève et qu'il y a des casseurs, ces derniers ne sont que minoritaires et il s'agit souvent de jeunes paumés et révoltés sans idées politiques précises.

De plus, je vous rappelle que le droit de manifester librement à Genève a été supprimé. Il est désormais interdit de le faire sans recevoir une autorisation de l'Etat! Il s'agit donc d'une régression grave des droits démocratiques à Genève. SANS BLAGUE
Dommage | Dixit | 06.11.07 | 08H04
Quand bien même l'évocation de faits historiques est utile voire nécessaire, je déplore à chaque fois que l'on cite les événements de 1932 - et ce par des politiques de tous bords - pour nous mettre en garde contre la contribution de l'armée dans les problèmes sécuritaires en Suisse, et notamment à Genève. Or, que serait la Genève Internationale sans le concourt de notre armée ? Il en sera de même pour l'Euro 2008. Manifestement les forces de police sont insuffisantes pour y faire face. Il faut enfin admettre dans certains esprits à l'étroit qu'en 75 ans, nos institutions ont évolué et que l'armée n'est plus une menace pour le citoyen.

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