Christiane Pasteur, Tribune de Genève, profère 8 contre-vérités dans 13 paragraphes!

Quand André Bösiger était un fasciste!

1) Une milice privée: "Ligue d’action du bâtiment, sorte de bras armé du syndicat FOBB".

2) "action directe" comme la maffia!

3) "Le Parti socialiste convoque une contre-manifestation" illégale car non-autorisée!

4) "Seuls les partisans de l’Union Nationale peuvent pénétrer dans la salle communale. " Faux, quelques uns qui ont virés manu militari!

5) "Bientôt, des barrages seront enfoncés", c'était le but: déborder la police!

6) "Des soldats sont bousculés, dix-huit désarmés". Que deviennent les armes?

7) "La plupart des victimes furent des sympathisants, des badauds ou des curieux qui se tenaient en arrière de la manifestation, sans y tenir un rôle actif". Mais certains émeutiers sont blessés dont certain mortellement.

8) "Les autorités font endosser à la gauche l’entière responsabilité de la tragédie et c'est Léon Nicole est emprisonné durant six mois." Et la condamnation par un tribunal en 1933?

9) "En guise de revanche, le peuple lui donnera une majorité socialiste au Conseil d’Etat, en novembre 1933." Mais le peuple le mettra à la porte à la première occasion!


Quand André Bösiger revit ce 9 novembre-là

mardi 9 novembre 2004, par Christiane Pasteur, Tribune de Genève

En 1932, l’armée tuait treize manifestants. Témoignage.

« Il s’agit d’une sacrée histoire! La période est alors révolutionnaire, la lutte des classes une réalité », souffle André Bösiger. Nous avons retrouvé le libertaire jurassien dans son appartement carougeois. Aujourd’hui âgé de 91 ans, il se remémore la fusillade du 9 novembre 1932 à Plainpalais. Ce soir-là, à 21 h 34 exactement, l’armée tire sur la foule venue manifester contre l’extrême droite. Le bilan officiel fait état de treize morts et 65 blessés.

André Bösiger est alors engagé dans la Ligue d’action du bâtiment, sorte de bras armé du syndicat FOBB. Aux côtés de l’anarchosyndicaliste Lucien Tronchet, il pratique l’action directe, soit le sabotage des chantiers sur lesquels les patrons ne respectent pas la convention collective de travail.

La situation sociale est tendue. Conséquence de la crise économique de 1929, Genève compte 8000 chômeurs pour 180 000 habitants. Au niveau politique, Mussolini règne sur l’Italie depuis dix ans, Staline préside à la destinée de l’URSS, tandis que Hitler se prépare à prendre le pouvoir, le 30 janvier 1933.

Les sympathisants de l’Union nationale, parti fasciste dirigé par Georges Oltramare, choisissent de se rassembler le 9 novembre à la Salle communale de Plainpalais pour une « Mise en accusation publique des sieurs Nicole et Dicker ». Le Parti socialiste convoque une contre-manifestation.

Craignant des troubles, le Conseil d’E tat fait appel à l’armée. Le Département militaire fédéral lui envoie 610 soldats, des Genevois et des Valaisans en caserne à Lausanne. Aux jeunes recrues, on fait croire que la révolution a éclaté à Genève. Les cartouches à blanc sont remplacées par des balles réelles. Les soldats susceptibles de fraterniser avec les manifestants écartés.

Dès la fin de l’après-midi, la police barre la rue de Carouge avec des chaînes. Les trams cessent leur course au rond-point de Plainpalais. Seuls les partisans de l’Union Nationale peuvent pénétrer dans la salle communale. Dès 19 h, les contre-manifestants prennent position dans les rues et cafés avoisinants. Trois cents sifflets sont distribués. On chante L’Internationale. Léon Nicole invite à « tenir la rue ». Bientôt, des barrages seront enfoncés. La tension monte. Si bien que les forces de l’ordre appellent la troupe en renfort. La 1re Compagnie, soit 108 hommes, se déplace du boulevard du Pont d’Arve vers la rue de Carouge. Des soldats sont bousculés, dix-huit désarmés.

« A un moment, les soldats vinrent se mélanger à la foule, à la file indienne, le fusil à l’épaule au lieu d’avoir la baïonnette au canon. Certains d’entre eux se virent confisquer leur fusil, d’autres le donnèrent même volontairement pour qu’on le brise sur le trottoir », raconte André Bösiger, dans sa biographie (*).

« Soudain, un coup de clairon retentit pour faire revenir la troupe et on la fit mettre en rang devant le Palais des Expositions, les uns couchés, les suivants à genoux, puis les derniers debout, tous fusils pointés. Brusquement, on leur donna l’ordre de tirer et ce fut le massacre, provoquant treize morts et cent blessés », ajoute le vieux militant.

La troupe, rassemblée dos au mur du Palais des expositions, s’est sentie menacée: 150 coups sont tirés en l’espace de douze secondes. « La plupart des victimes furent des sympathisants, des badauds ou des curieux qui se tenaient en arrière de la manifestation, sans y tenir un rôle actif. Mon copain Melchior Alleman m’est resté dans les mains », s’émeut André Bösiger.

Les Genevois sont ébranlés. Giuseppe Motta, président de la Confédération, parle de « légitime défense » dans la Tribune de Genève du 11 novembre 1932. Les autorités font endosser à la gauche l’entière responsabilité de la tragédie et Léon Nicole est emprisonné durant six mois. En guise de revanche, le peuple lui donnera une majorité socialiste au Conseil d’Etat, en novembre 1933. « Les Genevois n’ont pas accepté tous ces morts. Que la troupe tire sur le peuple désarmé », conclut André Bösiger.

(*) « Souvenirs d’un rebelle, 60 ans de luttes d’un libertaire jurassien », André Bösiger, 1998.

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