Marco Gregori, occulte la réalité, mélange tout. Pitoyable texte qui fait regretter le Courrier de Genève des années 1930!
"Quotidien suisse d'information et d'opinion édité à Genève. Le Courrier n'a pas de capital, mais il a une richesse: son lectorat". ET AUSSI DES SUBVENTIONS?
La symbolique du 9 novembre
Genève/Editorial, Le Courrier, Marco Gregori, Paru le Samedi 09 Novembre 2002
Le 9 novembre 1932 est vraisemblablement la date la plus tragique de l'histoire moderne de Genève. Peut-être pas en nombre de victimes mais pour ce qu'elle représente. Ce jour-là deux officiers donnent l'ordre à la troupe de tirer sur la foule. Bilan: treize morts et des dizaines de blessés. Un événement sans précédent dans l'histoire du canton qui quatre-vingt-six ans plus tôt avait réussi à mener une révolution presque sans recourir aux armes. Symboliquement cela signifie que lorsque la population se révolte elle le fait pacifiquement. Lorsque le pouvoir en place sent ses privilèges menacés, il tue.
Certes aujourd'hui police et armée n'utilisent que rarement des balles réelles préférant les gaz lacrymogènes et les canons à eau. Toutefois un doute nous assaille: les temps ont-ils réellement changé?
En 1932 le chômage était particulièrement élevé la pauvreté largement répandue alors que la sécurité sociale était embryonnaire. En outre la faillite de la Banque de Genève avait d'un seul coup dépossédé de leurs économies de nombreux petits épargnants. Ajoutons à ce tableau la peur bleue des élites bourgeoises face à tout ce qui avait un caractère révolutionnaire et leur antisémitisme plus ou moins larvé et l'on comprendra à quel point l'atmosphère était explosive.
En 2002 le climat social n'est pas aussi délétère que septante ans plus tôt. Néanmoins il ne cesse de se dégrader. Les patrons du bâtiment n'ont même plus honte de renier la parole donnée. Les partis bourgeois partent à l'assaut de l`assurance-chômage en voulant nous faire croire qu'ils agissent au nom de l'intérêt général.
L'Union démocratique du centre n'hésite pas à proposer une loi sur l'asile contraire aux droits de la personne humaine. Le Conseil fédéral invite à la rejeter mais il en reprend l'esprit dans ses propres propositions législatives. La peur du juif s`est transformée en peur du pauvre venu d'ailleurs. Enfin les scandales financiers se multiplient.
La différence entre 1932 et notre époque? En Suisse elle tient peut-être dans le fait qu'aujourd'hui une plus grande partie de la population jouit d`un relatif confort matériel. La classe dominante s'arrange pour qu'il n'y ait pas «trop» de pauvres. De même elle condescend - pas toujours - à fournir à ceux-ci un minimum vital. Elle en profite alors pour se donner une image ouverte et généreuse. Mais ne nous y trompons pas la défense de ses privilèges constitue toujours le moteur de son action. Qu'elle se sente menacée et elle n'hésitera pas à faire usage de la violence ou à crier au terrorisme devant toute forme de contestation énergique.
En Suisse et dans le monde lorsque des mouvements d'opposition préparent des défilés de masse le pouvoir en place développe une rhétorique violente en jetant la responsabilité des possibles débordements sur les organisateurs. Ce qui justifie a priori d'éventuels coups de matraque policiers ou militaires. Les autorités genevoises avaient employé le même discours à la veille du 9 novembre 1932.
Le hasard du calendrier veut d'ailleurs que aujourd'hui 9 novembre 2002 Florence accueille une imposante manifestation organisée par le Forum social européen. Et le Gouvernement italien dirigé par Silvio Berlusconi n'a pas hésité à criminaliser le mouvement contestataire. Comme il l'avait fait il y a un an et demi avant le sommet du G8 à Gênes préparant ainsi le terrain qui a permis aux forces policières de se livrer aux pires exactions.
La symbolique du 9 novembre demeure décidément très forte.