Marco Gregori flatte un fasciste!


«On a cru que c`était des balles à blanc»

MARCO GREGORI, Paru le Vendredi 08 Novembre 2002
http://www.lecourrier.ch/modules.php?op=modload&name=NewsPaper&file=article&sid=1921

«A l'époque j'habitais à la rue Pictet-de-Bock juste à côté du lieu de la manifestation. Il y avait une foule importante 6000 ou 7000 personnes. Je me souviens que Lucien Tronchet (un syndicaliste à l'époque encore anarchiste ndlr) venait d'entamer son discours lorsqu'on a entendu des coups de feu. On a d'abord cru que c`était des balles à blanc. Mais quelques secondes plus tard Melchior Allemann mon meilleur ami me tombait dans les bras mort d'une balle dans la tête» relate André Bösiger. Il ajoute: «Jamais nous n'aurions imaginé que l'armée aurait pu utiliser des balles réelles.»

«Plus de 100 blessés»

Le bilan officiel de cette intervention militaire fait état outre les 13 morts de 65 blessés. André Bösiger conteste vigoureusement ce chiffre: «C'est une blague. Il y a eu plus de 100 blessés peut-être même 200. On oublie de parler de tous ceux qui n'ont rien dit qui ne sont pas allés à l'hôpital ou dans des cliniques. J'en ai vu des copains blessés.»

Les historiens racontent que la manifestation réprimée par l'armée avait avant tout comme but de contester «la mise en accusation des sieurs Nicole et Dicker» deux dirigeants socialistes proclamée par l'Union nationale le mouvement fasciste dirigé par Georges Oltramare. Le Conseil d'Etat avait en effet autorisé la tenue de ce meeting dans l'ancien Palais des expositions.

C'EST NOUVEAU CETTE AUTORISATION!

Pour André Bösiger la contre-manifestation de la gauche avait également une vocation syndicaliste à la fois pour défendre les droits des travailleurs et pour recruter des nouveaux syndiqués. «N'oublions pas qu`il y avait un très important taux de chômage beaucoup plus élevé que maintenant.»

N'oublions pas non plus pourrait-on ajouter que le syndicalisme en ce temps-là c'était une autre paire de manches. En tant qu'ouvrier dans le bâtiment André Bösiger militait au syndicat FOBB et à ce que l'on peut définir comme son bras armé la LAB (Ligue d'action du bâtiment) dont la principale tâche était de faire respecter la Convention collective de travail en vigueur depuis 1928.
C'EST LA JUSTICE QUI DOIT FAIRE RESPECTER LA CCT, PAS UNE SECTION D'ASSAUT FASCISTE!

Elle n'avait pas froid aux yeux. Si après un avertissement les patrons récalcitrants n'obtempéraient pas place à l'action directe. «Il existait un chantier tout le long de la route Suisse de Genève à Versoix. On a tout démoli. Les ouvriers faisaient des heures supplémentaires qu'ils n'avaient pas à faire».

«Méchant par obligation»

Face au fascisme André Bösiger et ses acolytes adoptaient une même attitude intransigeante EN FAIT LA LAB, BOSIGER ET TRONCHET ETAIENT DES FASCISTES. Les batailles dans la rue n'étaient pas rares. On sortait en rembourrant les vestes de papier journal pour amortir les coups au cas où. André Bösiger: «J'étais assez costaud et je savais être méchant par obligation.»

De cette période troublée naît un formidable espoir. Celui qui porte Léon Nicole et trois de ses camarades socialistes au Conseil d'Etat en 1933. André Bösiger a 20 ans. C'est la première fois de sa vie qu'il vote. La dernière aussi. «Léon Nicole m'a tellement déçu. Il est devenu un imbécile. Il est passé d'un parti à l'autre il est devenu un bolchevique. Il n'a pas su travailler avec les organisations syndicales et avec le mouvement ouvrier. A la fin plus personne ne voulait de lui

André Bösiger qui a retracé son parcours de vie dans Souvenirs d'un rebelle n'a jamais renié ses convictions libertaires pour défendre la classe ouvrière. «Autrefois nous luttions pour supprimer le salariat et le patronat. Maintenant plus personne ne parle de ça.»

Lénine qualifait les gens comme André Bösiger d'«idiots utiles».

Retour