Le comité d'Olten, et l'agitation bolchévique en 1918

Cet article permet à Vassily Sukhomlin d'exprimer le point de vue du parti socialiste révolutionnaire. Ce député à la Constituante russe décrit assez lucidement la situation, exprimant les espoirs de que “La Russie finira par se tranformer en une démocratie agraire de la petite bourgeoisie”, objectif du parti socialiste révolutionnaire. Sukhomlin ne voit pas à quel point Lénine et ses lieutenants n'hésiteront jamais à imposer par la force et la cruauté leur régime anti-ouvrier et anti-paysan. Ayant pu se maintenir en noyant dans le sang toute force de résistance, le dernier soviet libre de Kronstat bientôt également détruit, l'imposition évidemment par la tromperie et la force de la collectivisation en 1929, réintroduction d'un servage bien pire que celui aboli en 1861, empêchera la réalisation de cette “démocratie agraire”. Evidemment les socialistes-révolutionnaires seront détruits impitoyablement pour qu'une tyrannie totale s'instaure pour des décennies, tyrannie maintenue par une répression quotidienne avec un conditionnement par une propagande tout aussi quotidienne!

Journal de Genève du 9 avril 1919. La situation en Russie

Les propos de Vassily Sukhomlin, député à la Constituante russe (dissoute par les bolchéviques en janvier) et membre suppléant de la direction du parti socialiste révolutionnaire. A la question “Le bolchévisme a-t-il accompli quelque réforme destinée à durer?” Sukhomlin répondit: “Il n'a rien fait de durable: il a fait des décrets sans nombres, mais seulement sur le pied; dans les faits il n'a réussi à instaurer le communisme ni dans les villes ni dans les campagnes, le régime de la propriété individuelle s'est consolidé; dans les villes, le seul résultat a été de détruire complètement l'industrie. Les ouvriers ne veulent plus travailler, ils croient avoir atteint leur émancipation seulement pour avoir le droit de ne plus rien faire: à l'ivresse des premiers jours de la révolution a succédé une étrange paresse, une indifférence générale.

Pourtant le bolchévisme reste, et il n'y a aucun signe de sa prochaine disparition. Il est difficile de faire comprendre cette situation aux occidentaux. Mon ami Rossanol a eu recours à une comparaison; il dit que l'Etat occidental est comme un organisme supérieur; il suffit de le frapper à la tête pour l'abattre; la Russie, au contraire, ressemble à un de ces animaux inférieurs qu'on peut frapper dans toutes les parties sans que la vie et le mouvement des autres parties cessent.

Il n'est pas difficile aux bolchévistes de se procurer de l'argent pour payer la garde rouge, c'est une simple question d'imprimerie, de papier, on en trouve toujours pour fabriquer les billets avec lesquels ils maintiennent debout une armée très bien organisée. A la différence de Kerenski qui voulait gouverner par la persuasion, Trotsky comprit tout de suite qu'il fallait avant tout s'apuyer sur la force armée; mais, sans cela, le bolchévisme n'est que du désordre; il n'est pas une force de création, et l'on ne peut pas dire qu'il soit une force de déstruction. C'est l'écroulement d'un monde; c'est comme un abcès qui, à la coupure, jette au dehors avant tout son pus; mais la partie saine restera, et sa partie saine c'est la campagne. La Russie finira par se tranformer en une démocratie agraire de la petite bourgeoisie.

Actuellement l'Entente, en intervenant en Russie, ne ferait que servir les intérêts contre-révolutionnaires, et provoquer de la méfiance dans les masses rurales, et aussi parmi les socialistes patriotes, qui verraien dans l'intervention de l'Entente une menace à l'intégrité…

comité d'Olten, et l'agitation bolchévique en 1918
Journal de Genève du 9 avril 1919


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