L'histoire suisse sinistrée

Cent ans de police politique en Suisse (1889-1989)

Ouvrage collectif

Ass. pour l'Etude de l'Histoire du Mouvement Ouvrier (AEHMO) & Editions d'en bas, 1992

Marc Vuilleumier “La police politique en Suisse 1889-1914”

Un aperçu historique qui débute en 1889, année de l'établissement du Ministère public fédéral à plein temps, pour se terminer au début de la Première Guerre mondiale. Après avoir expliqué les difficultés (en partie dues à la structure fédéraliste de la Suisse)

On apprend qu'il existe un fonds informatisé avec celui “Réfugiés 1849-1881” et qu'on peut consulter une liste des personnes avec référence. Une autre source pour cette période est l'oeuvre de Johannes Langard (1855-1928), journaliste qui publie en 1903 “Die politische Polizei der Eidgenossenschaft” à Berne. “Il semble s'être fait une spécialité de la dénonciation des anarchistes et des socialistes, s'en prenant à l'occasion aux négligences ou à la trop grande tolérance des autorités, cela dans les journaux allemands et autrichiens auxquels il collaborait.”

Allemands fuyant la répression bismarckienne ou attirés par les salaires meilleurs, puis Italiens pour les mêmes raisons, mais les premiers influencés parfois par la social-démocratie, les seconds par l'anarchisme. Marc Vuilleumier remarque que: “D'autres colonies étrangères: les Russes, presque exclusivement étudiants au début; les ressortissants des diverses nationalités de l'empire tsariste: Arméniens, Polonais, Géorgiens, Juifs, etc.; les "Balkaniques" ou "Orientaux", comme on les appelait: Bulgares, Serbes, Macédoniens, Turcs, créeront également des organisations nationalistes ou socialistes. Au cours de cette période, la Confédération compte des représentants de presque tous les mouvements révolutionnaires de l'Europe.”

C'était l'aveuglement des radicaux au pouvoir à cette époque de croire que tous ce qui était anti-royaliste était progressiste, comme la Suisse qui se flattait d'avoir aboli le féodalisme. Cette complicité angélique avec certains qui usaient de la terreur et du meurtre, crimes parfois préparés ou appuyés depuis la Suisse, apportèrent des tensions avec de nombreux états. De plus, ce mouvance déclenchait aussi de tels actes aussi en Suisse. L'auteur rapporte que'“en 1885, une série de lettres anonymes ayant révélé que des anarchistes se préparaient à faire sauter le Palais fédéral, on nomme un procureur et des juges qui menèrent une vaste enquête à travers la Suisse dans les milieux libertaires et avancés. Ils découvrirent sans trop de peine l'auteur des lettres, lequel, bien entendu, avait tout inventé et il se suicida en prison: “Wilhelm Huft, 1856-1885, Coiffeur, Schriftsteller, Anarchist”.” Evidemment Marc Vuilleumier exprime sa sympathie pour cette plaisanterie douteuse. Il en rajoute en mettant quelques lignes après le péril anarchiste entre guillemets, de nombreux assassinats à l'arme blanche (Sissi à Genève, dangereuse vieille dame accompagnée de son garde du corps, déguisée en dame de compagnie, charcutée à mort le 10 septembre 1898, elle avait 60 ans, par le courageux anarchiste italien Luigi Luccheni), le roi Humberto en 1900, au pistolet ou avec des machines infernales…

Divers incidents dont un qui mit en colère Bismarck qui menaça les relations germano-suisses poussèrent le gouvernement à faire votre une nouvelle loi sur le Ministère public de la Confédération le 28 juin 1889: la fonction de procureur devenait permanente et surveiller “la police des étrangers en ce qui concerne les actes qui compromettent la sûreté intérieur ou extérieur de la Suisse.” Cela impliquait une collaboration réelle avec les polices cantonales car le Ministère public n'avait aucun agent, que quelques secrétaires et copistes. Mais les anarchistes, eux, ils en avaient des agents, et souvent des violents. Malgré le déni par l'auteur du “danger anarchiste” (entre guillemets), vols, attentats et meurtres augmentent… Ravachol, la bande à Bonnot, tous des anges qui volent pour tout redonner aux pauvres! Et pour contrer cette violence justifiée par de “belles intentions”, Vuilleumier rapporte la tenue de la “Conférence internationale de Rome pour la défense sociale contre les anarchistes” du 24 novembre au 21 décembre 1898. “Par la suite, les Etats libéraux tels que l'Angleterre et la France réussirent à éviter le caractère trop contraignant que Rome et la Russie auraient voulu imprimer aux résolutions finales.” Et leur caractère hostile à la Suisse. Hélas pour le roi Humberto et le tsar Nicolas II!

Pour terminer un extrait de “Tuer un roi” car il ajoute ce que Marc Vuilleumier oublie, c'est que parfois, c'est la démence qui conduisait à ces meurtres! Restreindre l'analyse de l'anarchie uniquement à la politique, la présenter toujours comme un progrès contre des rois, tous évidemment odieux, c'est faire de la propagande, pas de l'histoire!

“Puis on a assassiné des Rois pour qu'il n'y ait plus de Rois: Humberto d'Italie, Elisabeth d'Autriche, Carlos de Portugal, George de Grèce, Alexandre de Yougoslavie - les hommes qui les tuaient se sacrifaient volontairement à un idéal, à une démence.” Vladimir Volkoff, “Tuer un roi”, Amitiés françaises, janvier 1957

Au lieu d'inclure des données statistiques donnant une idée de l'ampleur de l'asile par la Suisses, Marc Vuilleumier termine sa contribution par un dessin sarcastique ridiculisant la politique d'asile de la Suisse.

droit d'asile

Le procureur général de la Confédération, foulant aux pieds le droit d'asile, salue Helvétia dont l'habillement contient les mots: “espionnage, contrôle policier des réunions, surveillance des anarchistes, police politique, expulsion, extradition des exilés volontaires, servilité face à l'étranger”. Caricature parue dans Der Neue Postillon, Zürich, septembre 1899”

Le droit d'asile est-il total? Des terroristes sanguinaires, des agitateurs excitant la haine sociale, des profiteurs, tous méritent-ils l'asile? Oui clame la gauche, sauf dans les régimes de gauche: combien ont demandé l'asile à l'URSS, à la Corée du Nord ou à Cuba?

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