L'histoire suisse sinistrée

Cent ans de police politique en Suisse (1889-1989)

Ouvrage collectif

Ass. pour l'Etude de l'Histoire du Mouvement Ouvrier (AEHMO) & Editions d'en bas, 1992

Charles Heimberg “Ces dossiers existent” Quelques aspects de la pratique policière en matière de surveillance du mouvement ouvrier à Genève au début du XXe siècle

L'épisode de la grève générale de 1902 à Genève, connexe à l'affaire des dossiers secrets de la Sûreté “qui ira même jusqu'à provoquer la démission spectaculaire d'un conseiller d'état. Est-il vrai qu'il existe, à a Sûreté, tout un service de dossiers secrets concernant les citoyens qui, à Genève, s'occupent peu ou prou de politique? Est-il vrai que ces dossiers contiennent, soigneusement annotés, les moindres faits et gestes de la vie publique et privée des citoyens qui ont “l'honneur” d'être sous surveillance de la haute police? Est-vrai que ces dossiers fourmillent de renseignements d'ordre absolument intimes dont un grand nombre sont fondamentalement faux et diffamatoires par calcul?”

Survenant en même temps que la brutalisation de ressortissants italiens par un agent de police, le 20 mai 1903, le socialiste Adolphe Moosbrugger dépose une interpellation au Conseil d'Etat, soutenue par le socialisteFritz Châtelain. Le 9 septembre 1903, Edouard Odier qui vient juste de reprendre le Département de Justice et Police, qui affirme que de tels dossiers n'existent pas à sa connaissance.

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“Le 13 mars 1909, Albert Maunoir reconnaît environ 70'000 dossiers, dont certains concernent des anarchistes, conformément aux directives du Ministère public de la Confédération, mais il nie tout caractère abusif à ces dossiers. Peu après, Fritz Châtelain publie la brochure “Un qui a vu les dossiers secrets” au prix de 10 centimes.

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Lors de la manifestation du 5 avril 1901, un groupe de “Défense de la liberté d'opinion” d'anarchistes et d'étudiants russes s'en prennent à la plaque du Consulat russe. “Dans les jours qui suivent, le Conseil fédéral va faire pression sur les autorités genevoises et obtenir des expulsions”

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“Dans quelle mesure cette surveillance policière a-t-elle été subie par la classe ouvrière et ses militants? Quelles ont pu être ses conséquences? Il est bien difficile, dans l'état actuel de nos informations, de répondre à cette question de manière satisfaisante. Soulignons pourtant que, de toute évidente, ce sont d'abord les étrangers qui, premiers visés, ont subi de fait ces pratiques. Certes l'ensemble de la classe ouvrière était concerné, et nous connaissons par la presse des cas de répression qui touché des Suisses et auxquels la police a arfois contribué. Jean Sigg et Luigi Bertoni ont tous deux subi la prison après la grève de 1902, pour n'avoir pas répondu à la mobilisation de la troupe, ou pour incitation à celle des ouvriers”

“Si la justification première de l'activité policière dirigée contre le mouvement ouvrier est en théorie.de défendre la sécurité de l'Etat face aux anarchistes et subversifs, on doit y voir aussi la mise en place d'une stratégie contre les immigrés susceptibles de favoriser l'agitation sociale.

Maheureusement, il n'y a aucune statistique pour avoir une idée de l'ampleur de ces expulsions?


Charles Heimberg. La nouvelle édition du “Chevallaz”: une histoire… contemporaine du seul point de vue des vainqueurs. AEHMO, Cahiers no 8, 1992.

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