Un bon résumé de l'expo réalisé par un article de Swissinfo du 1er mars 2006


Aller et retour entre la Suisse et la Russie

swissinfo, Pierre Lepori, Lausanne (Traduction-adaptation de l'italien, Gemma d'Urso) 1 mars 2006 - 08:18

Sur le même sujet: Domenico Trezzini: l'architecte de Pierre le Grand

CONTEXTE
- «L'année du jubilé 2006» s'est ouverte le 14 février. Elle commémore 190 ans de relations diplomatiques entre la Suisse et la Russie et prévoit une centaine d'évènements.
- L'exposition «Suisse-Russie : des siècles d'amour et d'oubli 1680-2006 » s'est ouverte au Musée historique de Lausanne le 17 février. Elle fermera ses portes le 21 mai prochain.
- Le catalogue a été publié par les éditions «Benteli Verlag», aux bons soins de Laurent Golay et Alexandra Kaourova. Il est disponible en français et en russe.

La présence des Suisses en Russie a des racines historiques originales. A découvrir grâce à une exposition au Musée historique de Lausanne.

Cette présence va au-delà des grands architectes tessinois dans la Russie des tsars. Ils y ont construit de fastueux palais impériaux, la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul et la célèbre perspective Nevsky de Saint-Pétersbourg. La scintillante Russie impériale voulue par Pierre le Grand aurait-elle été la même, avec son luxe et ses contradictions, sans les Suisses? L'exposition de Lausanne tente de répondre à cette question.

Au 18ème siècle, sous le règne de Pierre le Grand et de Catherine II, l'empire atteint son apogée. Il s'étend jusqu'à la Mer Baltique et à la Mer Noire. Et en 1703, il s'attaque à la construction, digne des Pharaons, de Saint-Pétersbourg.
Un amiral de l'empire

C'est précisément un Suisse, François Le Fort, qui a dirigé des conquêtes militaires. Capitaine de l'armée du tsar à partir de 1679, ce Genevois a accompli une véritable escalade sociale pour devenir, en 1696, amiral de l'empire. Le philosophe et écrivain français, Voltaire, l'avait décrit en termes flatteurs.

On apprend également que Frédéric-César de la Harpe, un Lausannois, a été le précepteur personnel du prince Alexandre. Avant d'être renvoyé à cause de ses idées jacobines exprimées dans des pamphlets, le Vaudois a donné un élan déterminant à l'ouverture artistique et culturelle et au bon goût cosmopolite de la cour impériale.

Montres et bijoux

«Auprès des nobles russes, les Suisses étaient réputés pour leur précision et leur sérieux», explique Alexandra Kaourova, curatrice de l'exposition lausannoise. «Ils avaient l'avantage de connaître les langues et leur rigueur calviniste était très appréciée. Ils étaient donc considérés comme les meilleurs précepteurs sur le marché. »

La précision et l'honnêteté ont aussi fait la fortune des horlogers et des bijoutiers. Ainsi, en 1729, Jérôme Pauzié qui était au service d'Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand, réalisa la couronne impériale de Catherine II. Faite d'or et d'argent, elle était sertie de diamants, perles et rubis.

Des miniaturistes

Après Pauzié, Jean-Pierre Ador (1716-1799) ainsi que les horlogers Jean et Marc-Conrad Fazy, Philippe Dubois, Abraham-Louis Bréguet ou encore Antoine-Norbert de Patek ont fait de Saint-Pétersbourg, un des bastions de leur gloire internationale. A leurs côtés, oeuvraient plusieurs miniaturistes genevois dont les magnifiques tabatières et les ivoires peints peuvent être admirés à Lausanne.

Au 19ème siècle, les manufactures de François Birbaum et de Carl Fabergé contribuent à un développement extraordinaire de l'art appliqué dans l'aristocratie russe et les autres cours européennes.

Grandeur et décadence

Le paysage serait incomplet si l'on omettait de mentionner l'apport des scientifiques. Ainsi, la «Kunstkamera» - édifiée par le Bâlois N.-F. Härbel - où siégeait, en 1725, l'Académie des Sciences, pullulait de génies helvétiques comme le mathématicien Jacob Hermann ou le physicien Leonhard Euler.

Le Musée lausannois évoque aussi le rôle des ouvriers-esclaves qui travaillaient à la construction spectaculaire de Saint-Pétersbourg.

Il est aussi possible d'y voir les dernières photographies connues de la dynastie des Romanov, prises en avril 1918 par le photographe suisse Pierre Gillard. Il y écrit la coexistence entre autocratie et luxe, entre grandeur et tragédie dans un contexte où le tsar, illuminé et ignare, ne savait rien ou ne voulait rien savoir de la misère noire dans laquelle vivait son peuple.

Lénine élève d'un Neuchâtelois

Autre découverte possible: Les clichés monumentaux et les illustrations géantes du pionnier tessinois de la photographie, Ivan Bianchi. Ces photos - véritables joyaux artistiques - ont été retrouvés il y a quelques années dans les archives de la Bibliothèque cantonale de Lugano.

Au Musée de Lausanne, elles sont complétées par des aspects moins aristocratiques. Preuve en est, l'évocation des viticulteurs vaudois ou celle du précepteur neuchâtelois Jacques-Alexis Lambert qui enseignait dans un lycée sibérien.
Il y avait comme élève un certain Vladimir Ilitch Oulianov, passé à l'histoire sous le nom de Lénine.

Des Russes en Suisse

Si les Suisses ont été nombreux à émigrer en Russie où ils ont laissé des traces indélébiles, dès le 19ème siècle, les Russes sont arrivés à leur tour dans notre pays.

«Nicolas Karamzin a écrit des pages merveilleuses sur la réalité helvétique, dans la ligne des idées transmises par Jean-Jacques Rousseau», explique Laurent Golay, directeur du Musée historique de Lausanne.

«Mais ce ne sont pas seulement des touristes qui sont arrivés en Suisse. Au 19ème siècle, des étudiants en médecine par exemple se sont installés, en grand nombre, à Zurich pour y fréquenter l'université.»

Les exilés et les révolutionnaires aussi se sont établi en Suisse. Parmi eux se trouvaient plusieurs artistes. Ainsi, l'exposition retrace la collaboration entre l'écrivain vaudois Pierre-Ferdinand Ramuz et le musicien russe Igor Stravinsky, le séjour genevois du physicien soviétique André Sakharov, Prix Nobel de la Paix en 1975 et de sa femme Elena Bonner, celui des peintres du groupe « Die grosse Bär » à Ascona (TI).

De Nabokov à Sakharov

Elle présente aussi quelques portraits de l'écrivain Vladimir Nabokov (1899-1977), inoubliable auteur de «Lolita» (1955).
Les photos avaient été réalisées par le photographe allemand Horst Tappe (1938-2005) à Montreux où l'auteur polyglotte qui avait fui la Russie à la révolution s'était installé en 1961.

L'exposition propose aussi une étonnante collection de papillons capturés par Nabokov entre Lenzerheide (Grisons) et le Léman.

L'histoire retracée à Lausanne survole les siècles et les arts. C'est l'histoire des rapports entre la Suisse et la Russie, une histoire aux multiples facettes.


Domenico Trezzini: l’architecte de Pierre le Grand

swissinfo, Daniele Papacella, (Traduction: Jean-Didier Revoin), 4 juillet 2003 - 14:32

Légende photo: Le premier Palais d'hiver conçu par Domenico Trezzini en 1711. 

Du Malcantone à St-Pétersbourg: l’histoire de l’architecte tessinois qui a donné naissance à la ville de la Neva. Sa main a déterminé le style baroque tardif qui caractérise, aujourd’hui encore, l’ancienne capitale de l’empire russe.

Parmi les grandes figures célébrées par le jubilé de St-Pétersbourg, Domenico Trezzini (1670-1734) est incontournable. Exerçant le métier d’architecte au Danemark, c’est à lui que Pierre le Grand fit appel en 1703 pour réaliser son rêve: donner à l’empire russe une nouvelle capitale, dans le plus pur style européen.

Fils d’architecte, Domenico Trezzini prit en charge la gestion des travaux. Sous ses ordres, une armée de maçons, de décorateurs et d’urbanistes. Quelques bâtiments clés du paysage de St-Pétersbourg portent sa griffe. La forteresse Pierre et Paul, la cathédrale éponyme, et le palais d’été. Mais la ville lui doit aussi le traçé des grandes avenues et d’innombrables projets de parcs et de palais. Ses créations se distinguent par la sobriété de style du baroque tardif. Un travail imprégné de spiritualité nordique, en dépit de ses origines transalpines. Et après sa mort, son fils Pietro Antonio perpétua son œuvre.

Les mains oubliées

La ville est née sur le delta de la Neva. Un terrain hostile pour construire palais et monuments faits pour survivre à l’enchaînement des siècles et illustrer le règne des souverains qui en sont à l’origine. Comme ce fut le cas pour Venise, St-Pétersbourg repose sur des millions de troncs d’arbres enfoncés dans les sables du fleuve. Des myriades d’esclaves et de serfs de la glèbe ont ainsi permis au génie d’architectes comme Trezzini de faire sortir des eaux un miracle que l’on peut contempler aujourd’hui encore.

En cette année de festivités, le Tessin et la ville de St-Pétersbourg portent une attention particulière au maître-artisan de la matérialisation du rêve de Pierre le Grand.

Au mois de juillet en Russie et cet automne au Tessin, une exposition sera entièrement dédiée au premier directeur des travaux qui a laissé une trace indélébile sur les rives de la Neva.

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