Marcel Aymé a été victime des «des petits idéocrates à lanathème facile, mais à la plume stérile et servile» parce qu'il a osé apporter «son soutien, à la libération, à lécrivain et collaborateur Robert Brasillach». Ces petits idéocrates, c'était le Comité national des écrivains, organe malgré ses dénégations du PCF, lui-même filiale de Moscou, parti qui avait été le premier collabo entre septembre 1939 et juin 1941 quand Hilter et Staline étaient alliés. L'ouvrage Le confort intellectuel est cité dans Le Bulletin du Centre national d'information No 143, juillet 1965, page 2
Autres livres de Marcel Aymé: Les contes du chat perché, Uranus, etc
Marcel Aymé Le confort intellectuel
Le Livre de Poche - Biblio 2002
Littérature et bourgeoisie par Vianney Delourme. Mis en ligne le 12/11/2002
http://www.parutions.com/pages/1-1-121-3287.html
Il est affreusement banal de présenter un auteur comme «rebelle à son temps», la posture de la rupture étant un des artifices littéraires les plus usités. Ceci étant dit, qualifier en 1949 les fidèles groupies de lexistentialisme de petits marquis poudrés tout droit sortis des Précieuses Ridicules nest pas précisément anodin. Tel est pourtant lesprit et le cadre de ce roman.
Deux personnages, qui ont préféré abandonner Paris libéré, se rencontrent dans lhôtel dun village dIle-de-France. Lambiance météorologique dun morne automne pèse sur eux tout autant que lamoncellement de menaces sur la liberté desprit et sur la liberté tout court loccupant ayant à peine tourné les talons. Uranus, le roman de Marcel Aymé sur lépuration, nest pas loin. Il faut dire quAymé a connu quelques soucis pour avoir apporté son soutien, à la libération, à lécrivain et collaborateur Robert Brasillach. Il sait donc de quoi est capable un comité dépuration dintellectuels, et connaît sans doute par coeur les Fouquier-Tinville poussés près de Saint-Germain des Prés ou dans la «ceinture rouge» de Paris.
Depuis leur retraite, les deux personnages donnent très vite à leurs conversations de coin du feu, la tournure dune dispute littéraire. Lun des deux «proscrits», ou prostrés peut-être, se livre à une digression qui confine au soliloque - sur le snobisme intellectuel des bourgeois. Ces derniers, leur intelligence aveuglée par la volonté de passer pour des hommes sensibles, éclairés, ouverts, etc. mépriseraient tout ce qui magnifie ou provient de leur classe sociale. Notre sceptique brocarde plus avant lauto-dénigrement, passion «bourgeoisissime» nourrie de référents soi-disant avant-gardistes. Et par delà laffaiblissement dune classe à laquelle il ne rougit pas dappartenir, il croit voir la cause de laffadissement littéraire des élites française.
Les deux hommes dynamitent également la galaxie littéraire de lépoque, lun joyeusement, le second presque à son corps défendant ; sil se résigne à grand-peine à accepter la conclusion de ses réflexions, leffet en est pareillement dévastateur. Et ce duo souvent contradictoire (qui pourrait représenter tant la pensée que les doutes dAymé) se raccorde généralement à lheure des bilans. En prennent subséquemment pour leur grade les écrivains qui privilégient leffet au détriment du principe de réalité, bref, qui «font du sentiment» en pourrissant la clarté de la langue française. Faut-il préciser quils sont légion et souvent très respectés ?
Ainsi, cible élevée au rang dexemple, Baudelaire apparaît sous le peu reluisant jour dune idole pour midinettes. La démonstration dAymé, à grand renfort de citations baudelairiennes, devient même cruellement comique. Cela tient-il uniquement à ladresse du rhéteur ? Il nest pas certain que vous puissiez économiser un sourire, une fois refermé ce livre, à lévocation de lauteur du Spleen de Paris.
Mais la charge vitriolée contre Baudelaire à laquelle Marcel Aymé a visiblement pris plaisir vise dabord le symbole dun romantisme déclaré mal du siècle. Ce courant de pensée est dénoncé comme responsable dun affaiblissement de la littérature, qui cèderait à une idéologie du mièvre, du flou dit «artistique» et à des passions vaporeuses, incertaines et vaines...
Aymé contre Baudelaire peint comme ultime avatar dun romantisme de vieille fille ; Philippe Muray contre un Victor Hugo représentant un socialisme pompier et inspiré par un érotisme balourd (Le 19ème siècle à travers les âges) ; ou encore François Ricard «cartonnant» la vertigineuse insanité de La génération lyrique, caractérisée par «ce sentiment dinnocence et dabsolue confiance en ses désirs et ses pouvoirs» (Isabelle Daunais à propos de loeuvre de François Ricard in LAtelier du Roman, La Table ronde, mai 2002), et qui en conséquence produit une vision du monde brumeuse et dévastatrice, ainsi que lont par ailleurs analysé Jean-Louis Harouel (Culture et contre-Culture) et Gilles Lipovetsky (Lère du vide)
combien ont, malgré la facilité dun dénigrement parfois systématique, admirablement décrit le cancer du mot, folle prolifération qui lui fait perdre tout attachement au réel et donc tout pouvoir dévocation !?
Ces gardiens du verbe sont parfois rasoirs et contestables, mais on ne pourra nier limportance de leur rappel : la langue est une matière délicate. Certains de ces essayistes tentent de construire tout un système de réfutation, une architecture de déni du «littérairement correct». Aymé dit plus simplement son ennui devant lindigence - nullement inoffensive par ailleurs des petits idéocrates à lanathème facile mais à la plume stérile et servile. Cest contre eux quil défend son Confort intellectuel, dans un livre à lesprit jubilatoire et merveilleusement bien écrit ce qui est, bien sûr, la moindre des choses