Les services secrets suisses, expression qui fait rire les imbéciles, alors que tout état doit avoir des moyens de ce défendre contre la subversion pour autant que l'on reste dans le cadre de la loi, ces services auraient infiltrer une taupe au Centre islamique de Genève.
Des articles paraissent dans différents média pour se focaliser, peu à peu, sur Christophe Blocher, responsable des services secrets suisses.
1) La taupe a réussi car son nom va s'étaler dans les journaux, suite à une article de la Tribune socialiste de Genève faussement nommée Tribune de Genève qui narre la confession . Claude Covassi, fausse taupe, vrai affabulateur
2) Une fable qui occulte les questions de fond
Claude Covassi, fausse taupe, vrai affabulateur
Centre islamique de Genève: la «taupe» a agi en toute légalité
ESPIONNAGE. L'informateur de la police fédérale qui avait pour mission de surveiller le centre dirigé par Hani Ramadan aurait agi dans le cadre de la loi. L'enjeu est politique plus que légal.
SUISSE, Le Temps Valérie de Graffenried et Ron Hochuli, Mardi 28 février 2006
Une taupe au Centre islamique des Eaux-Vives à Genève (CIG). C'est par ce biais que le Service d'analyse et de prévention (SAP), les services de renseignement intérieurs suisses, a mis Hani Ramadan sous surveillance depuis début 2004. Une taupe de 35 ans qui a trompé ses employeurs puisque l'homme en question, qui avait fait de la prison pour escroquerie, a fini par dévoiler sa mission à Hani Ramadan ainsi qu'à la Tribune de Genève. Le journal a recueilli son témoignage la semaine dernière.
Une histoire pour le moins cocasse: la taupe a décidé de se convertir à l'islam deux mois seulement après le début de son mandat baptisé «Memphis». Et l'homme, qui avait apparemment un grand besoin de parler, n'a pas hésité à donner le numéro de son contact au SAP aux journalistes.
Outre les interrogations autour du recrutement des taupes par le SAP se pose la question de la légalité d'une telle action. Sur ce point, l'Office fédéral de la police est catégorique: l'opération est parfaitement légale. La loi sur le maintien de la sûreté intérieure (LMSI) autorise «l'acquisition d'informations par des informateurs», a souligné, à la presse dominicale, son patron Jean-Luc Vez, injoignable lundi pour cause de vacances. Une loi spécifique encadre d'ailleurs les activités de ce type: la loi sur l'investigation secrète, entrée en vigueur le 1er janvier 2005.
Une investigation secrète peut être ordonnée «si des soupçons reposant sur des faits déterminés indiquent que des infractions particulièrement graves ont été commises ou pourraient vraisemblablement l'être», souligne-t-elle. La loi précise aussi que «le commandement de la police peut garantir à l'agent infiltré que sa vraie identité ne sera pas dévoilée» et que la décision désignant l'agent infiltré, «dûment motivée et accompagnée des pièces nécessaires», doit, pour les autorités de la Confédération, être transmise au président de la Chambre d'accusation du Tribunal fédéral. Mais comme la taupe du CIG aurait commencé ses activités d'indicateur en 2004 déjà, cette loi ne peut pas être invoquée dans le cas précis.
Hans Hofmann, président de la Délégation des commissions de gestion, organisme à qui il incombe de surveiller les services de renseignement (lire le portrait ci-dessous), n'est pas choqué par la révélation de l'existence de la taupe. «Nous évoquerons toutefois cette affaire lors de notre prochaine réunion qui aura lieu fin mars, pour établir si tout s'est bel et bien déroulé conformément aux dispositions légales», souligne le conseiller aux Etats UDC. Le Zurichois estime en fait presque plus dommageable qu'il y ait eu une indiscrétion de plus à propos des espions suisses. Des interventions parlementaires à ce propos ne manqueront pas de tomber lors de la prochaine session des Chambres fédérales qui débute lundi.
«Une petite panne, rien de plus»: voilà comment un spécialiste du renseignement qualifie de son côté «l'affaire». Il la juge parfaitement légale, «dans la mesure où la taupe en question n'était pas un agent infiltré opérant sous une fausse identité». Toujours selon cette source, il ne s'agissait pas non plus d'un «agent provocateur», comme il peut y en avoir dans des affaires de stupéfiants où un agent peut se déguiser en dealer, par exemple. L'observateur juge enfin que le Centre islamique de Genève «mérite que l'on s'intéresse à ses activités». Hani Ramadan, frère de Tariq Ramadan, a notamment fait parler de lui en 2002, en justifiant la lapidation des femmes adultères dans une tribune libre du Monde.
Pour le spécialiste du renseignement, pas question non plus de parler d'«erreur de casting» à propos du recrutement de la taupe: «Un repris de justice n'est pas forcément le mauvais profil. Car dans un bon nombre de cas, ce statut offre des moyens de pression à l'employeur.» D'autres centres islamiques de Suisse sont très vraisemblablement aussi infiltrés. Ces centres sont particulièrement surveillés depuis les attentats de Londres de juillet 2005.
Rien d'illégal, donc. Du moins, pas en surface. En revanche, s'il s'avérait que la taupe avait reçu l'ordre d'introduire des documents compromettants dans le Centre islamique de Genève dans le seul but de nuire à son directeur Hani Ramadan, voilà qui deviendrait problématique. Un tel fait resterait toutefois difficile à prouver. Contactée lundi, la police fédérale n'a pas répondu à nos questions.
Hans Hofmann, UDC libre dans sa tête, élu à l'ancienne mais indémodable
Le conseiller aux Etats préside l'organe de surveillance des renseignements.
Ron Hochuli, Berne
Sénateur et UDC zurichois? Sous l'angle de la connotation sémantique, ces deux étiquettes paraissent inconciliables. La première renvoie à la noblesse, à la réflexion, au dialogue, à la nuance. La seconde évoque le populisme, le dogme, le combat, le «Neinsagerisme». Et pourtant, sous la oupole, un homme parvient à les porter. Même si Hans Hofmann a, depuis longtemps, choisi son camp: «Je privilégie mes propres idées. Conseiller aux Etats, je défends davantage les intérêts de mon canton que ceux du parti. D'ailleurs, je pense qu'un membre de la ligne dure de l'UDC n'aurait aucune chance de se faire élire à ma succession.» Portrait, donc, d'un sénateur UDC zurichois qui cédera sa place à la fin de la législature, en 2007.
Au sommet de ses valeurs politiques? La collégialité, qu'il a pratiquée durant douze ans au Département de police et des affaires militaires et à celui des Travaux publics du gouvernement cantonal zurichois. L'esprit d'équipe est chez lui une seconde nature, acquise dès son plus jeune âge dans les clubs de water-polo de la campagne zurichoise et de Lausanne, où il s'établira à tout juste 20 ans avec son épouse. Et depuis son accession à la Chambre des cantons, il continue de jouer «collectif». «Parce que ce n'est pas la gloriole personnelle qui compte, mais bien le résultat final.»
«Une enquête sérieuse»
Hans Hofmann a conservé «les bonnes vieilles recettes»: en cas de problème, si un dossier n'avance pas dans la direction souhaitée, il ne va pas s'en plaindre à la hiérarchie de son parti ou faire appel aux médias. Dans pareil cas, cet homme de l'ombre préfère en découdre directement avec de hauts responsables de l'administration ou d'autres spécialistes afin de trouver une solution. Lui qui à l'exception de sa toute première candidature à l'exécutif communal de Horgen (ZH), a toujours franchi les obstacles électoraux avec une déconcertante facilité, ne s'émeut guère des «chamailleries» de la politique politicienne. «Nous sommes élus pour faire aboutir des projets», répète-t-il à l'envi. Et, de sa bouche, le truisme revêt tout son sens.
Ces derniers mois, Hans Hofmann s'est notamment distingué au sein de la Délégation des commissions de gestion, qu'il préside depuis janvier. Après avoir contribué à mettre en lumière les ratés de l'affaire Achraf (ce présumé terroriste que la Suisse avait failli refouler par erreur), il a fait l'objet de nombreuses critiques dans sa gestion des survols suspects de la CIA. Sans esquiver ni se justifier, il défend: «Nous avons mené une investigation sérieuse, auditionné tous les acteurs impliqués, reçu les analyses portant sur des dizaines de vols suspects et nous n'avons rien trouvé. Dès lors, si vous me demandez si je pense que la CIA a effectivement survolé la Suisse avec des détenus, je vous répondrai que oui, je le crois. Mais je ne suis pas en mesure d'apporter des preuves.»
Seul bémol formulé par Hans Hofmann: le Conseil fédéral «aurait pu se montrer plus actif» au chapitre de la communication. A ce titre, il diverge de son parti. Mais c'est presque une habitude chez celui qui a souvent été désigné, y compris par des radicaux, comme «un membre du PRD à qui il ne manque que la carte de membre». Sans doute une des raisons pour lesquelles Christoph Blocher, à l'époque président de l'UDC zurichoise, lui avait demandé de s'engager dans la course aux Etats. Il savait que son poulain aurait toutes les chances, précisément parce qu'il n'appartient pas à sa propre ligne.
Les deux hommes se respectent. Mais toute tentative de chercher des points communs dans leur style politique se révélerait infructueuse. Sur le plan des idées, le bilan est mitigé. Certes, Hans Hofmann a lui aussi rejeté l'adhésion à l'EEE en 1992. Mais il se montre bien plus ouvert que les siens, notamment sur le dossier européen. S'il refuse d'envisager une adhésion à l'UE aujourd'hui, il n'est pas homme à dire «jamais». Il faut «constamment réévaluer la situation», prône-t-il, et juger «en fonction de critères pragmatiques et non idéologiques».
Pas la carrure pour le Conseil fédéral
Exceptions? Des domaines qui touchent à l'éthique ou à la morale. Croyant «même si je me rends rarement au culte» , il a notamment refusé le régime des délais dans l'avortement. Serait-ce la foi qui lui confère sérénité et humilité? Il dit n'avoir jamais été tenté par le Conseil fédéral. «Certes, la période la plus passionnante fut celle au sein du gouvernement zurichois. Mais pour le Conseil fédéral je n'ai pas la carrure. Il faut accepter ses limites, et ne pas trop vouloir les dépasser.»
Une des raisons pour lesquelles Hans Hofmann, 66 ans, prendra congé du Palais fédéral en 2007. Avec lui, ce sera sans doute un des derniers parlementaires dont le numéro de portable reste gardé comme un secret d'Etat qui s'en ira. «Pour donner le meilleur dans les débats, en plénum ou en commission, il faut afficher une présence totale. Et ma femme m'avise en cas d'urgence. Si j'ai toujours rempli moi-même mes tâches de secrétariat, je dispose d'un excellent service de renseignement. Qui fait suivre les informations...»
Claude Covassi, fausse taupe, vrai affabulateur
MANIPULATION. Les services secrets se sont intéressés à Hani Ramadan, mais sans violer la loi. Le rapport parlementaire sur l'affaire est pourtant sévère. La police genevoise est critiquée, les médias aussi.
SUISSE, Le Temps Denis Masmejan, Berne, Samedi 26 mai 2007
Claude Covassi, la taupe soi-disant chargée d'infiltrer le Centre islamique de Genève, n'était finalement qu'un manipulateur non dénué de talent. Il y avait du vrai dans ce qu'il a raconté aux médias, mais beaucoup de faux. La délégation des commissions de gestion du parlement, l'organe de surveillance des services secrets, a livré vendredi son rapport, très attendu, sur une affaire qui tient en haleine les médias depuis plus d'un an. Elle n'a pas trouvé «un seul indice sérieux susceptible d'étayer les graves accusations» du Genevois contre les divers organes du renseignement suisse.
Contrairement à ce qu'il a affirmé urbi et orbi, Claude Covassi n'a jamais reçu la mission des services secrets de compromettre Hani Ramadan, le directeur du Centre islamique de Genève, que ce soit en introduisant des documents accusateurs dans les locaux du centre ou de toute autre manière. Jamais non plus il ne lui a été demandé de se convertir à l'islam pour approcher plus facilement sa cible.
Les enregistrements numériques qu'il prétendait détenir, et qui auraient prouvé les turpitudes du Service d'analyse et de prévention (SAP), le renseignement intérieur suisse, n'existent pas. La délégation a fait expertiser par l'EPFL les documents informatiques fournis par Claude Covassi. Aucune trace d'un enregistrement n'y a été découverte.
Il est exact en revanche que le Genevois a reçu du SAP la mission de livrer des informations «sur les personnes gravitant autour de [Hani Ramadan] et sur les événements qui se déroulaient au centre islamique», indique le rapport. Mais il fréquentait déjà régulièrement le Centre islamique lorsqu'il a été approché par le SAP, et les missions qui lui ont été confiées sont restées dans le cadre de la loi, juge la délégation.
Claude Covassi n'avait en effet nullement la fonction d'un agent infiltré comme il l'a prétendu, auquel les services secrets ne sont pour l'heure pas autorisés à recourir. C'est en tant qu'informateur qu'il a travaillé pour les services de renseignement intérieur et extérieur (le SAP et le SRS, rattachés respectivement au Département de justice et police et à celui de la Défense).
La rédaction du rapport aura fait l'objet d'âpres tractations, les services de renseignement s'étant montrés hostiles dans un premier temps à ce qu'autant de détails soient rendus publics. En divulguant non seulement l'existence mais aussi les contours d'une de leur mission, «nous sommes allés très loin», a admis le président de la délégation, le conseiller national UDC zurichois Hans Hofmann, qui se retrouvait en l'occurrence opposé aux services supervisés par son camarade de parti Christoph Blocher.
Interrogé pour savoir si la délégation jugeait justifiée l'observation d'un centre religieux par les services secrets, Hans Hofmann a déclaré qu'il «ne la condamnait pas». Il n'a pas révélé si d'autres interventions du même genre avaient été effectuées aux fins de lutte contre le terrorisme.
La délégation a eu en réalité connaissance dès 2004 de l'opération du SAP, baptisée «Memphis» visant à récolter des renseignements sur le Centre islamique. La délégation est en effet tenue informée de ce type d'investigations dans le cadre de sa mission de surveillance des services secrets. L'opération a été autorisée en toute régularité par le chef du SAP, Urs von Däniken, et portée à la connaissance, à l'époque, du chef du département.
Les parlementaires n'en adressent pas moins de sévères critiques aux services de renseignement. Ils reprochent au SAP l'amateurisme avec lequel il a recruté un homme aussi peu fiable que Claude Covassi. Ils déplorent que le SAP et le SRS aient pu collaborer sans le savoir avec le même informateur, et y voit une nouvelle preuve de la nécessité de rapprocher les deux services pour qu'ils collaborent mieux.
Mais la police genevoise, plus particulièrement la Brigade des investigations spéciales (BRIS), est également lourdement mise en cause par le rapport. C'est l'un de ses agents en effet qui a proposé au renseignement fédéral d'engager Covassi comme informateur, et le même inspecteur a interféré de manière inadéquate dans la conduite de la source au moment où Covassi aurait dû être géré exclusivement par le SAP.
C'est toujours le même policier genevois qui a transmis à Covassi, en toute illégalité, un document provenant de la police judiciaire fédérale attestant des préparatifs d'un attentat contre un avion d'El Al en Suisse. Claude Covassi devait ensuite exploiter cette information auprès des médias, dont le rôle est sérieusement mis en cause par la délégation. Claude Covassi n'a jamais joué le moindre rôle, ce n'est pas lui qui a permis de déjouer l'attentat.
Enfin, le rapport constate que la BRIS genevoise semble «entretenir des relations avec des autorités étrangères qui vont bien au-delà de ce que prévoit la loi». Il s'agit en l'occurrence des services secrets français. La délégation invite le département de Christoph Blocher à «rappeler aux cantons le cadre et les limites» légaux, et à réaffirmer «la responsabilité de la Confédération dans la direction des tâches de protection de l'Etat».
Une fable qui occulte les questions de fond
Commentaire.
Denis Masmejan
Il faut se rendre à l'évidence: l'homme qui a tenu en haleine les médias pendant plus d'une année n'avait pas le début d'une preuve de ce qu'il avançait. On est fondé à penser aujourd'hui qu'il a mené son monde en bateau dès le départ. Pour une fois, les parlementaires n'ont peut-être pas tout à fait tort de questionner la facilité avec laquelle les médias ont répercuté quelques-unes des hypothèses les moins vraisemblables colportées par un personnage abracadabrant.
Cette fable risque pourtant d'occulter des questions de fond. La première consiste évidemment à se demander s'il est légitime que les services secrets s'intéressent à un centre religieux. La réponse indirectement apportée par la délégation parlementaire semble être oui. Mais on devine que la conclusion ne s'est pas imposée d'elle-même.
La seconde tient à l'extrême fragilité du renseignement en Suisse que semble révéler cette affaire. Le moins rassurant est de constater que les services concernés n'ont pas trouvé le moyen d'éviter les nuisances occasionnées par une source dont le choix et le contrôle n'ont pas été maîtrisés. A juste titre, la délégation parlementaire demande que des mesures soient prises pour remédier à des manquements flagrants dans la coordination et le professionnalisme des différentes unités du renseignement.