![]() |
Le cas Gustloff page16 à 21 |
Page 16
rités n'agissent pas, c'est lui qui devra le faire. La « Volsksstimme» (18, 1. 36) accuse nos autorités fédérales de complicité et de favoritisme à l'égard des organisations nationales-socialistes allemandes en Suisse. Elle réclame à grands cris l'expulsion de Gustloff.
A ce concert de menaces et d'injures parties de Suisse - nous arrêtons ici cette énumération -, il faut ajouter tous les articles parus dans la presse étrangère, spécialement dans les journaux publiés par des expulsés d'Allemagne, à Paris, Prague et Amsterdam. La portée d'une telle campagne peut avoir des conséquences extraordinaires. Diewerge souligne avec raison le rôle très important joué par la presse en Suisse, Sur une population de 4 1/2 millions d'habitants, nous avons plus de quatre cents journaux, ce qui revient à dire que chez nous le journal exerce une profonde influence sur l'opinion publique.
Les accusations contre Gustloff
Grâce à cette violente campagne, Gustloff passa bientôt pour être l'organisateur de toutes les plus extraordinaires entreprises. Son principal crime, remarque Diewerge, était celui d'être NATIONAL-SOCIALISTE. Ses accusateurs, avec une rare inconscience, prenaient d'une part la défense de la démocratie et, d'autre part, refusaient à Gustloff, au nom de cette même démocratie, le droit d'adopter l'opinion politique de son choix. Nous savons que l'on a essayé de prouver que Gustloff cherchait à embrigader et convertir des Suisses au national-socialisme. De toutes ces accusations il n'est rien resté. L'activité politique de la victime de Frankfurter se bornait au cercle de ses concitoyens, D'autres ont affirmé que Gustloff exerçait une véritable terreur sur ses concitoyens, qu'il surveillait les faits et gestes des Allemands voyageant en Suisse et qu'il interdisait à ses concitoyens les hôtels et les établissements tenus par des Juifs.
Page 17
L'autour de la brochure que nous analysons se demande non sans ironie avec quels moyens Gustloff aurait pu exercer cette contrainte. En outre, remarque-t-il, en interdisant la fréquentation d'établissements juifs, il rendait un signalé service à ces derniers qui avaient décidé de boycotter tout ce qui venait d'Allemagne.
L'hôte de Davos aurait encore organisé des « points d'appui» du national-socialisme en Suisse. Diewerge se rit de cette accusation qu'il qualifie avec raison d'enfantine. Avec lui, nous ne voyons en effet pas très bien ces groupes locaux d'hommes armés jusqu'aux dents et attendant un ordre de Berlin pour ouvrir la route aux armées nazies.
La dernière, et peut-être la plus grave accusation, était celle d'espionnage. Le chef des nazis en Suisse était un ESPION! Personne n'a relevé par contre, en Suisse, qu'un agent de cette sorte, pour qui la prudence était de règle, reçut chez lui un soir, en toute confiance, un étranger. Il y a certes dans cet accueil la preuve qu'il faut juger le cas Gustloff sous un point de vue dégagé de toute considération sectaire.
Gustloff était prêt à rendre service, sans défense et de bonne foi. Il a été abattu comme un chien enragé. Son assassin, à notre avis, est un lâche et ceux qui le soutiennent sont des canailles.
La campagne parlementaire
C'est un nommé Moses Nachmann Silberroth qui donna pour ainsi dire le départ à la campagne des parlementaires. Nous estimons que cette personne n'est certainement pas qualifiée! pour agir au nom des citoyens suisses. Peu de temps avant la guerre, elle était encore en Galicie et, au cours de ses déplacements, elle vint à Coire, ensuite à Davos. M. Silberroth a fait état de ses opinions politiques déjà à l'occasion de la grève générale de 1918. Ses opinions marxistes le firent même nommer, momentanément tout au moins, au Grand Conseil du Canton des Grisons. Il est
Page 18
devenu aussi propriétaire de la Villa Créstalta. Il a continué par ailleurs sa propagande communiste et donné, entre autre, une conférence à Rapperswil sous le titre: LE DROIT DE LA FAMILLE EN U. R. S. S. C'est ce Suisse [de] papier, pour reprendre un terme consacré par la pratique, qui a, donné le signal de la campagne contre Gustloff. Il s'arrogea sans autre le droit de défendre le pays de ses pères contre la pénétration germanique. C'est par un journal marxiste de St-Gall, la «Volsksstimme», ou par le Service d'information de l'Agence INSA, de Berne, que nous connaissons son activité littéraire.
L'Agence INSA à Berne est une officine socialiste, au service de l'Internationale!e dès 1927, date de son inscription dans le Registre du Commerce bernois. Le seul membre du Conseil d'administration est l'ex-conseiller d'Etat Léon Nicole, ce qui nous dispense d'examiner davantage les tendances et la portée des renseignements de cette agence politique.
C'est pendant la session du Grand Conseil des Grisons que M. Silberroth déposa une interpellation contre Gustloff où il était dit, entre autres:
Le gouvernement cantonal a-t-il connaissance que W. Gustloff, secrétaire rétribué de l'Observatoire de Davos, en sa qualité de Chef du Parti National-socialiste allemand pour la Suisse, exerce une activité politique de nature à léser les intérêts de l'industrie des étrangers dans les Grisons?
L'interpellateur demandait à l'autorité cantonale quelles mesures elle entendait prendre pour couper court à l'activité politique d'un agent dangereux pour l'ordre public et la sûreté interne de la Suisse.
Relevons ici que cette interpellation, discutée le 1er décembre 1933, fut nettement écartée. Le gouvernement et ses représentants constatèrent que la conduite de Gustloff ne pouvait pas donner lieu à une plainte et qu'il n'y avait aucune raison de considérer l'attitude de Gustloff comme étant contraire au droit d'association. Silberroth essaya
Page 19
de se tirer d'affaires en déclarant qu'il possédait un matériel à charge de Gustloff qu'il aurait l'occasion de remettre à l'autorité cantonale. Ce matériel n'a jamais été présenté.
Il est intéressant de remarquer ici que c'est un Juif qui a commencé la campagne parlementaire d'excitation contre Gustloff, qu'un Juif l'a assassiné, que les Juifs enfin insultent la mémoire du disparu et défendent le meurtrier.
Il n'est pas douteux, d'après tout ce que l'on sait sur la solidarité qui existe entre les Juifs, que cette attitude pouvait avoir une grande influence dans les milieux israélites. On peut se demander déjà si, de cette campagne menée systématiquement, n'est pas sortie l'arme qui devait donner la: mort à Gustloff, dans les conditions que nous connaissons.
Nous avons vu plus haut que le nommé Silberroth n'avait jamais présenté le matériel à charge qu'il se faisait fort de réunir. Il le passa probablement au conseiller national Casova qui déposa, le 3 avril 1935, une interpellation sur l'activité de Gustloff en Suisse. Il demandait notamment si le Conseil fédéral était au courant que:
1. Le ressortissant allemand W. Gustloff, ancien employé de l'Institut météorologique de Davos, actuellement Chef du P.N.S.O.A., développe une activité qui, pour les Suisses démocrates, est une grossière provocation et qui est ressentie comme un outrage par les autres étrangers?
2. Gustloff a établi en Suisse des points d'appui d'un caractère militaire et oblige les dirigeants de prêter serment au nom de Hitler?
3. Gustloff fait des cérémonies d'inauguration de drapeaux hitlériens où les participants apparaissent en uniforme national-socialiste?
4. Les autorités cantonales et communales, aussi bien celles de la Police que celles de l'Administration, ne
Page 20
font rien contre cette façon de procéder et même la tolèrent avec bienveillance?
Le Conseil fédéral n'est-il pas d'avis que l'activité de Gustloff constitue une violation du droit d'asile suisse et qu'il est grand temps d'écarter cet homme ainsi que ses complices du territoire de la Confédération?
Le conseiller fédéral Baumann, Chef du Département de Justice et Police, répondit dans la séance du 26 septembre 1935, de façon à poser le problème sur son véritable terrain.
Le caractère de l'interpellation étant nettement politique, M. Baumann releva que ce furent précisément les journaux communistes et socialistes qui attaquèrent violemment Gustloff, suivis aussi par des journaux bourgeois e!t des politiciens.
Le procureur général de la Confédération avait déjà eu l'occasion de faire un rapport sur les faits et gestes du Parti national-socialiste en Suisse en 1932, au moment où ce Parti se trouvait en pleine lutte pour la conquête du pouvoir. Il ressort de ce rapport que déjà en 1932 des mesures avaient été prises pour donner à Gustloff, qui habitait depuis quinze ans en Suisse, la mission d'un homme de confiance du parti. A cette occasion, l'organe responsable du Reich avait précisé que, seuls des ressortissants allemands ou autrichiens pouvaient appartenir au Parti et que tous les membres domiciliés à l'étranger devaient se soumettre entièrement aux lois du pays dont il étaient les hôtes.
Gustloff avait mis à la disposition de la Police de Davos toute sa correspondance et ses livres et il avait exposé dans sa circulaire No 1 l'obligation pour tous les membres du Part de se soumettre entièrement aux lois du pays où ils étaient domiciliés. Dans la suite, le Parti National-socialiste prit le pouvoir en Allemagne et les nazis se trouvèrent dans la même situation que les fascistes italiens ou les communistes en Russie. Leur parti était devenu le
Page 21
seul représentant du régime. Remarquons encore, au sujet de la Russie, que le système russe avait créé l'Internationale communiste qui préconise la révolution mondiale, c'est-à-dire le renversement par la force des Etats et de la société existants.
M. Baumann constata qu'il n'avait pas pu trouver de preuves de relations de Gustloff avec les fascistes suisses ou avec les membres de partis similaires. Des relations entre des nationaux-socialistes et des Suisses de mêmes idées n'ont pas non plus pu être établies. Quant à l'annexion de la Suisse à la Grande Allemagne, elle repose sur une base plutôt idéaliste qui avait été fixée par le programme du parti en 1925. Il s'agissait de la Grande Allemagne et de la conception qu'on se faisait au sujet de la réunion de tous les Allemands sous un même drapeau. En 1934, Rudolf Hess déclara à un journaliste suisse que le Parti nationaux-socialiste ne pensait pas à annexer les parties de la Suisse, de la Hollande ou de la Belgique et à troubler l'indépendance d'autres Etats. Enfin, en 1935, le Chancelier Hitler a fait des déclarations devant le Reichstag qui sont de nature à écarter complètement l'idée d'un Anschluss quelconque.
Au sujet de l'organisation du Parti national-socialiste en Suisse, le conseiller fédéral Baumann donna les indications nécessaires. S'il a été fait mention de groupements locaux, de points d'appuis et de cellules, c'est pour établir la différence conformément au nombre plus ou moins élevé de membres qui se trouvent dans chaque région. Parler d'un point d'appui au point de vue militaire n'a donc aucun sens. Au sujet de l'assermentation des membres, la cérémonie ne présente aucun caractère de nature à inspirer une crainte quelconque. Le serment est purement allemand. Il est le suivant:
« Je jure fidélité et obéissance absolues à Adolf Hitler ainsi qu'aux Chefs qu'il a lui-même désignés.»
Toutes ces mesures ont été publiées ouvertement dans le journal des Allemands en Suisse. Elles ne constituent donc aucun secret pour personne.